VILLEBON 4 OCTOBRE 2009
Devant les Conseils Pastoraux de Paris réunis en Décembre 2005, notre archevêque, Mgr Vingt-Trois, disait ceci : « l’Eglise doit être missionnaire ou elle ne sera plus rien en ce monde. Quand je dis cela, je ne pense pas à un simple problème de diffusion ou de recrutement, comme si nous devions nous employer à faire le plein de nos œuvres et de nos églises. Je pense à la réalité de notre foi. (…) Notre foi ne peut être vivante, vivifiante et donc féconde, qui si notre communion avec Dieu, célébrée en Eglise, nous pousse au risque de la rencontre des hommes et des femmes qui nous entourent (…) Comment pourrions-nous être vraiment rattachés à Jésus Christ et à son Evangile, si nous n’étions pas constamment préoccupés de partager la richesse que nous avons reçue ? A quoi bon être chrétiens si notre foi n’a aucun effet sur notre vie ? Et par « notre vie » il faut entendre non seulement chacune de nos existences personnelles mais encore la vie de notre société et de notre monde ».
Dans le même sens, un autre archevêque, celui de Poitiers, écrivait plus récemment : « l’heure n’est plus de compter qui vient à l’Eglise, elle est de savoir vers qui l’Eglise va ».
La loi de l’Eglise concernant la vie paroissiale contient un petit détail méconnu mais que je trouve spirituellement très fort et très beau : vous savez que chaque messe peut être plus particulièrement célébrée à telle ou telle intention. Or, chaque Dimanche, le curé est normalement tenu de célébrer une messe dite pro populo, c’est-à-dire une « messe pour le peuple ». Pas seulement pour le peuple chrétien de la paroisse, mais pour tout le peuple du territoire paroissial, dont le curé est le pasteur, y compris de ceux qui ne viendront sans doute jamais à l’église. Et quand je croise dans la rue des classes des établissements scolaires du quartier qui se rendent au stade ou à la piscine, le nombre ridiculement faible de jeunes que je connais est là pour me rappeler, si besoin était, que nous ne sommes pas sur une terre de chrétienté. Chez nous encore moins qu’ailleurs.
Un exemple : le collège-lycée Balzac compte à peu près 2000 élèves ; 26 viennent à l’aumônerie. Au collège Mallarmé, la proportion est plus forte ( 31 jeunes sur environ 600 ), mais il n’y a pas de quoi crier victoire … Autre exemple : lorsque notre église saint Joseph est pleine ( ce n’est pas tous les Dimanches mais ça arrive ), il faut évidemment se réjouir !, mais aussi ne pas oublier que ça ne fait jamais que 500 personnes. Or, notre quartier compte 34 000 habitants, et les 33 500 autres ne sont pas forcément à la messe ailleurs …
Il faut donc commencer par être lucides. Ce qui ne veut surtout pas dire : désespérés. Lorsque nous disons, dans le « Notre Père » : « ne nous soumets pas à la tentation », demandons notamment au Seigneur la force d’éviter une tentation mortifère : celle de la peau de chagrin, qui fait que moins on est nombreux, et moins on a envie de s’ouvrir aux autres. Si vous préférez une autre image, c’est la tentation du village gaulois d’Astérix, heureux de ce qu’il vit mais complètement barricadé et replié sur lui-même, au motif de résister à l’envahisseur, quel que soit le nom que l’on donne à celui-ci. Tel n’est pas l’appel que nous adresse le Christ : allez, de toutes les nations, faites des disciples. Allez ! Ne restons pas figés, comme paralysés ! Lève-toi et marche !
Être lucides, c’est aussi et peut-être d’abord prendre ou reprendre conscience de la chance que nous avons d’être chrétiens. Or, comme l’écrivait le Cardinal Suenens, « le feu ne se conserve que s’il se communique, sinon il se consume et s’éteint ». Ecoutons encore notre archevêque : « une foi qui ne se propose pas et ne se partage pas est une foi qui se dessèche et qui n’intéresse plus, même les croyants ».
L’an dernier, le diocèse de Paris a organisé des Assises pour la Mission, dont le but était de confronter les expériences et d’élargir l’horizon des catholiques de Paris. La mission reste évidemment et restera toujours d’actualité. Après tout, si le Saint Esprit a été donné aux apôtres au jour de la Pentecôte, ce n’était pas une récompense pour bons et loyaux services, ce n’était pas pour les conforter dans leur piété personnelle, c’était pour les envoyer sur les routes du monde. Le sacrement de confirmation n’a aucun sens s’il n’est pas un sacrement qui nous envoie vers les autres, un sacrement qui fait de nous non seulement des pierres vivantes de l’Eglise, mais aussi des bâtisseurs d’Eglise. Lorsqu’il était professeur au séminaire d’Issy les Moulineaux ( où il m’a supporté comme étudiant ), le P. Vingt Trois ironisait sur ce qu’il appelait la « pastorale du jardin japonais », qui se contente de cultiver soigneusement une toute petite communauté où il n’y a pas de place pour accueillir qui que ce soit. Allonge tes cordages, élargis l’espace de ta tente ! disait déjà le prophète Isaïe.
Être chrétien, c’est être missionnaire. Cela ne veut pas dire brailler « Jésus vous aime » n’importe où et n’importe comment. Cela ne veut pas dire harceler les gens comme le font certains, y compris dans l’église catholique. Cela veut d’abord dire vivre en disciples du Christ, vivre de telle manière que les autres puissent avoir envie de découvrir ce qui nous anime. Jeudi, avec les 4° - 3° de l’aumônerie, nous avons relu ce passage du début de l’Evangile de Jean : Philippe va trouver Nathanaël et lui dit : « celui dont on parle dans la Loi de Moïse et les prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus, le fils de Joseph de Nazareth ». « De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « viens et vois ». Du quartier des Epinettes, peut-il sortir quelque chose de bon ? Bien sûr que oui, mais cela ne se fera pas tout seul, et surtout cela ne se fera pas sans nous. Osons-nous rencontrer, inviter, appeler ? Voilà notre feuille de route, notre bagage, notre défi. Je souhaite que cela soit aussi notre joie.
2. PAROISSES EN MISSION : tel est le titre donné par notre archevêque à un plan pour les 3 années à venir.
Ce plan se décompose ainsi :
2009 – 2010 : de l’eucharistie à la mission. Autrement dit, replacer l’eucharistie et plus particulièrement la messe du Dimanche au centre, au cœur de notre vie chrétienne. Je vais y revenir.
2010 – 2011 : l’accent sera mis sur la famille et les jeunes
2011 – 2012 : priorité aux questions de société, particulièrement aux questions d’éthique et de solidarité.
2/1. La messe du Dimanche.
Samedi dernier, notre archevêque disait aux Conseils Pastoraux de nouveau réunis à Notre Dame : « la première des trois années de Paroisses en mission est tout entière orientée sur une mise en mouvement des participants des messes du Dimanche ( donc, vous, NDLR ! ). Il s’agit d’éveiller les forces potentielles disponibles et de les rendre plus actives pour que la vie de notre Eglise en devienne plus belle et plus attirante ». Autrement dit, vous paroissiens de st Joseph des Epinettes, ne croyez pas que vous en êtes quittes avec votre vocation et votre responsabilité de baptisés en vous contentant de venir à la messe le dimanche – même si c’est très bien ! -, qu’on se le dise ! Venir à la messe n’est pas une fin en soi, c’est un début ! Comment chacune et chacun de nous peut-il être plus actif, plus disponible ?
Ce n’est pas seulement en faisant des choses au sein de la paroisse – même si c’est nécessaire et urgent -, c’est aussi en étant davantage témoins à l’extérieur de la paroisse, en famille, à l’école, au travail, dans l’immeuble, dans des associations diverses, etc. C’est aussi en prenant part aux débats sur les grandes questions de société, en s’informant sur ce qu’en dit l’Eglise et en l’expliquant. On pourrait allonger la liste.
Il s’agit donc cette année de redécouvrir que la messe du dimanche est au centre, au cœur de notre vie chrétienne. Ce n’est pas un devoir à accomplir, j’espère que ce n’est pas non plus une corvée à remplir. Venir à la messe, c’est répondre à l’appel que le Christ nous adresse de le rencontrer dans sa Parole et son Pain partagés. De le rencontrer non pas tout seul mais avec d’autres, que je n’ai pas choisis mais que je suis invité à reconnaître comme frères en Jésus Christ. C’est d’ailleurs le sens du geste de paix, qui n’est pas là pour permettre de dire bonjour aux copains, pas plus que pour se dégourdir les jambes : avant de communier au corps du Christ, nous manifestons notre communion avec ceux qui nous entourent et, à travers eux, avec tous nos frères.
Cette messe du Dimanche à saint Joseph, nous devons nous demander comment nous pouvons encore l’améliorer, la rendre plus belle, plus priante, plus nourrissante, et donc plus attirante. L’améliorer sur le plan liturgique, esthétique et matériel bien sûr, l’améliorer dans la participation active du plus grand nombre bien sûr, mais aussi sur le plan spirituel ; autrement dit, comment la messe dominicale peut-elle davantage devenir pour chacun d’entre nous l’événement où s’enracine et prend sens la semaine qui commence ?
Nous sommes invités à découvrir ou redécouvrir que la messe du Dimanche est le moment privilégié pour raviver notre conscience non pas d’être chrétien, mais d’appartenir à l’Eglise par le biais d’une communauté chrétienne, en l’occurrence celle de saint Joseph. Ecoutons encore notre archevêque : « l’Eucharistie est le lieu d’où découle toute la vitalité de notre Eglise et vers lequel convergent toutes nos activités missionnaires. C’est particulièrement le cas des Eucharisties dominicales qui n’ont pas vocation à être indéfiniment multipliées mais qui doivent, au contraire, rassembler le plus possible la communauté paroissiale qui y trouve son identité ».
Rassemblement de la communauté : cela entre difficilement dans l’esprit des catholiques, surtout à Paris, qui exigent encore trop souvent d’avoir des sacrements à leur disposition au moment où ça les arrange. Comme certains magasins affichent « boissons fraîches à toute heure », certains souhaiteraient que l’on affiche à l’entrée de l’église « sacrements frais à toute heure ». Au printemps dernier, j’ai eu un mal fou à expliquer à une jeune maman qu’il n’était pas envisageable de baptiser son bébé le 14 Juillet vu que cette année ça tombait un Mardi. Elle m’a répondu : « c’est dommage, la date nous arrangeait parce que, vous comprenez, le Dimanche on a autre chose à faire ».
J’avoue avoir assez tristement subi les protestations indignées d’une très bonne paroissienne, très fidèle, qui se plaignait … parce qu’il y avait trop de monde à la messe le jour de Pâques ! « Rendez-vous compte, Mr le curé, du coup la communion a duré un temps fou, vous avez vu à quelle heure on est sortis ? » Cette dame, faut-il le préciser, vit toute seule … Elle était venue pour avoir sa messe. Elle n’a pas encore compris que la messe ( surtout celle du dimanche ) est, par essence, un moment communautaire et non l’expression de la piété individuelle, pour laquelle il existe d’autres moments et d’autres moyens.
Cela veut dire aussi qu’à st Joseph, cela nous amène à remettre en question l’existence de la messe de 9 h du Dimanche, qui est tout sauf un rassemblement communautaire. Posons-nous la question : quel sens cela a-t-il d’avoir une messe dominicale pour 20 ou 25 personnes ( et encore, les bons jours et à l’heure de pointe ! ) alors qu’il existe deux autres messes dominicales sur la paroisse ? Il est temps de sortir d’une mentalité de nantis, qui demandent la messe qui leur convient à l’heure qui les arrange. Il est surtout temps de redécouvrir la dimension communautaire de la messe dominicale, et ce d’autant plus que nous sommes peu nombreux. Une assemblée trop faible n’est ni signifiante ni appelante.
2/2. De l’eucharistie à la mission.
Pour renforcer la conscience des catholiques de Paris d’appartenir à une communauté, notre archevêque demande « à chaque paroisse d’organiser deux assemblées paroissiales au cours de cette année scolaire ». Pour quoi faire ? Ecoutons le P. Vingt-Trois : « l’assemblée paroissiale doit aider les chrétiens fidèles du Dimanche ( vous ! ) à mieux mesurer que leur participation à la messe marque leur vie, les nourrit, les fortifie, entretient en eux l’homme nouveau. Elle doit les aider aussi à découvrir qu’ils sont capables de rendre compte de ce qu’ils reçoivent de l’Eucharistie et qu’ils trouveront de la joie à entendre leurs frères et leurs sœurs partager ce qu’ils reçoivent eux aussi. Tous nous devons réaliser davantage comment notre participation à la messe peut et doit changer quelque chose dans notre manière de vivre ». Ces deux assemblées, pour nous à saint Joseph, auront lieu les samedis 14 Novembre et 13 Mars après-midi. Retenez ces deux dates !
Enfin, vous le savez, notre paroisse va fêter ses 100 ans, puisque la première pierre de l’église a été posée le 19 Mars 1909, l’église ayant été inaugurée le 24 Mai 1910. Ce centenaire est une occasion unique de faire connaître notre communauté chrétienne à ceux qui la connaissent peu ou pas du tout. Un Comité du Centenaire, composé d’une dizaine de personnes, s’est mis au travail depuis le printemps dernier. Les festivités commenceront mi-Mars, avec la venue du Cardinal Vingt-Trois à la messe de 10 h 30 le Dimanche 14 Mars, et se clôtureront fin Mai.
Que va-t-il se passer ? Plein de choses ! Un grand week end de brocante, ce qui fait venir des gens ne connaissant pas la paroisse. Des visites de l’église. Des expositions de photos sur l’histoire de l’église st Joseph et de la paroisse, ainsi que de tableaux réalisés pour l’occasion par des artistes du quartier. Il y aura des concerts, ainsi que des conférences sur l’histoire de notre paroisse dans ce quartier des Epinettes. Un grand rallye, ouvert à tous, nous emmènera à la découverte des autres églises de Paris dédiées à saint Joseph. Un livret de prières à saint Joseph, collectées un peu partout, sera créé, etc, d’autres projets sont encore dans les cartons.
Nous avons évidemment besoin de vous, notamment pour rassembler des documents ( photos ou autres), des informations et des éléments susceptibles d’enrichir les expositions. Je vous invite pour cela à prendre contact avec Agnès BAL, Madeleine GENOLINI et Xavier de ROQUEFEUIL.
Ph. Bernard. Journée de rentrée paroissiale
Villebon s/Yvette Octobre 2009