VII
Les autres sacrements
Mariage, réconciliation, sacrement des malades, l’ordre
Nous allons donc ce soir, pour notre dernière rencontre voir ce qu’il en est des quatre sacrements qui complètent les trois sacrements de l’initiation. Comme pour ces sacrements, nous regarderons ce qui le concerne comme réalité de la vie humaine, ce qu’en dit la bible, son histoire et les signes ou symboles qui le concernent.
1/ Le mariage :
* Une réalité de la vie humaine
« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu , il les créa, homme et femme, il les créa » (Gn 1,27). L’être humain est sexué et le fait d’être sexué est la trace en chacun d’un manque fondamental qui traduit un besoin psychologique, amis aussi un désir spirituel de rechercher sa «moitié » comme on dit. Certes, dans un mouvement premier, nous sommes entraînés à rechercher comme notre double, semblable à nous, avec les mêmes goûts, les mêmes sentiments, dans un désir de fusion catastrophique qui fera perdre son identité. La Genèse fait dire à Adam, lors de la création de la femme : « Pour le coup, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair » (Gn 2,23). En fait, le travail symbolique consistera à accepter une différence qui permet à tous deux de s’accomplir, en parvenant à une union : « Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et ils deviennent une seule chair » (Gn 2,24). Cette union est une Alliance, une réalité qui parcourt toute la Bible et, en particulier, l’Ancien Testament.
* Une alliance
L’alliance nous révèle un visage de Dieu. Dans toute alliance, il y a des partenaires, comme dans le mariage. Une des hardiesses de la tradition biblique est d’envisager qu’un tel partenariat puisse être possible entre Dieu et l’homme. Et, là, deux mots particulièrement importants apparaissent : fidélité et réciprocité. Dans l’alliance entre Dieu et son peuple, Dieu le premier est fidèle. En réciprocité les prophètes ne cessent d’appeler le peuple à vivre lui aussi dans la fidélité. On voit là apparaître le pardon, car il n’y a de durée dans l’alliance qui si chacun des partenaires refuse d’enfermer l’autre dans un passé parfois trop lourd à porter. Le pardon va plus loin que le don. Il est le don sans cesse renouvelé. Or l’alliance de l’homme et de la femme est fragile. Mais, parce que le couple humain est à l’image de Dieu et à sa ressemblance, il est appelé à vivre dans la fidélité, et Dieu sait que c’est difficile au point qu’on a parlé de «folie ». Les apôtres l’avaient bien compris. Dans l’évangile de Matthieu, lorsque Jésus affirme qu’il n’est pas permis à l’homme de répudier sa femme, ils s’écrient : « Si telle est la condition de l’homme envers sa femme, il n’y a pas intérêt à se marier » (Mt 19,10-11).
En ce qui concerne la réciprocité, elle est difficile à admettre entre Dieu et son peuple. Il n’y a aucune mesure entre les deux. Dieu est le Maître qui commande, on ne peut dans ces conditions parler de partenaires. Et, de fait, dans beaucoup de civilisations, l’homme est considéré comme un dieu dans sa famille. On ne s’étonnera pas si on rencontre peu de civilisations où hommes et femmes jouissent de droits égaux. Généralement, le mariage soit un contrat conclu au service de l’homme et de son clan.
* Un peu d’histoire
A l’origine, le mariage a été d’abord l’objet d’un arrangement entre familles, entre clans, en évitant les liens du sang pour éviter l’enfermement (interdiction de l’inceste) et préférer des liens d’alliance hors de la parenté. En effet, deux soucis se manifestaient : s’assurer une descendance et transmettre un patrimoine ; grâce à l’alliance, on cherchait à augmenter et consolider celui-ci (l’origine de la dot).
Jusqu’au 3è siècle, le mariage, dans la société romaine, était assez bien organisé juridiquement et sur le plan de la cérémonie pour que les chrétiens ne cherchent pas à le célébrer autrement.
Mais petit à petit, on se mit à demander une bénédiction nuptiale, en particulier pour les clercs qui mariaient leurs enfants. Une des premières bénédictions nuptiales que nous connaissions date du 4è siècle et provient du lecteur Julien, futur évêque et fils de l’évêque de Bénévent avec la fille de l’évêque de Capoue !
Ainsi progresse le sens du sérieux du mariage en même temps que le sens de la liberté de la personne dans son choix (en réaction contre les mariages d’intérêt entre clans ou familles).
A partir du Moyen-Age, sous l’influence de l’Eglise, chargée de la tenue de l’Etat civil, l’échange des consentements libres des époux devient la règle. Du reste, dès cette époque, l’absence de consentement d’un des époux ou le consentement forcé devient une cause d’annulation.
Ce sera le Concile de Trente qui imposera officiellement, sous peine d’invalidité, le passage des époux devant leur curé pour l’échange des consentements.
* Dans la Bible
On se souvient de la phrase du début du livre de la Genèse que je citais plus haut (Gn 1,27 et 2,24). Jésus la reprendra lors d’une discussion avec les pharisiens (Mc 10,2-12) pour réaffirmer que le couple monogamique est voulu par Dieu depuis les origines et il déclare : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ».
Il faut noter aussi que Jésus remet en cause certaines dérives dans le rapport homme/femme : la domination de l’homme, l’arbitraire de la répudiation unilatérale par les hommes, le traitement réservé aux femmes adultères par les hommes qui s’arrogent l’impunité (Jn8,2-11), le cantonnement des femmes dans les tâches ménagères et leur exclusion de l’enseignement. IL accueillera les pécheresses, il acceptera des femmes-disciples et les enseignera (Marie).
* Les rites et symboles
- L’échange des consentements : Cet échange devant témoins est symbolique au sens fort du terme, car ces consentements sont prononcés devant témoins, dans un cadre rituel. Ce cadre scelle cet échange et fait exister l’homme et la femme comme époux de manière publique et officielle. Le prêtre, au nom de la communauté chrétienne, de l’Eglise, se contente de ratifier ces consentements.
- L’échange des alliances : ce sont des objets symboliques, rappels permanents et visibles du lien du mariage.
- La bénédiction nuptiale : c’est l’élément le plus ancien du rituel et, en Orient, elle est considérée comme l’élément essentiel ; elle invite à inscrire ce nouveau couple dans le plan de Dieu et signifie la sainteté du mariage.
2/ La réconciliation
Ce mot n’apparaît pas dans l’Evangile. Il nous vient de St Paul. Il a l’avantage de marquer la relation mutuelle entre deux partenaires et d’indiquer que le pardon est au bout d’un processus qui évoque la paix retrouvée. Il signifie un changement d’attitude aussi bien vis-à-vis des autres que vis-à-vis de Dieu. Elle concerne l’homme dans toutes ses activités dans toutes ses relations :
- vis-à-vis de soi-même, c’est une question de relation avec soi-même,
- vis-à-vis des autres, c’est une question de relations au monde et aux autres
* vis-à-vis de soi-même
Ce point met en cause deux mots que l’on prend souvent l’un pour l’autre : responsabilité et culpabilité.
La responsabilité, c’est la capacité de répondre de ses actions. On a une part réelle dans leur accomplissement, mais on peut aussi être responsable d’actes commis par ceux qui sont sous nos ordres ou avec qui nous sommes liés (les chefs, ou les parents vis-à-vis de leurs enfants).
La culpabilité, c’est se reconnaître responsable d’une faute, une action mauvaise dans laquelle notre conscience et notre liberté sont engagés. Il y a dans cette affaire de culpabilité deux tendances contradictoires : soit on cherche à évacuer la culpabilité en expliquant que la faute en revient à notre hérédité, à notre éducation, à notre environnement, aux ordres de nos supérieurs, toutes choses qui montrent que nous n’étions pas libres. Soit on exagère sa culpabilité et ce sentiment de culpabilité peut nous détruire, c’est alors que le pardon peut nous sauver et nous relever. C’est pourquoi la pastorale de la réconciliation doit apprendre à se regarder avec sincérité, sans fausse complaisance ni sévérité masochiste. Il faut reconnaître sa responsabilité et accepter d’être sauvé.
Nous avons à poser sur les autres un regard semblable à celui de Dieu : il condamne l’acte mauvais, mais jamais la personne du pécheur. Il faut prendre le parti de l’homme et non celui de son péché. Il faut ouvrir un avenir.
Pensons au récit de la femme adultère (Jn 8,1-11). Le scénario a une grande valeur symbolique. La femme se trouve au milieu du cercle de ses accusateurs, c’est un cercle de mort. Elle est enfermée dans sa faute, il n’y a plus d’avenir pour elle. Jésus ne nie pas la faute, il ne cherche même pas des excuses à cette femme. Il brise ce cercle de mort, il lui ouvre un avenir « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Alors ils s’en vont, ce qui a changé, c’est le regard qu’ils portent sur eux-mêmes et par voie de conséquence sur l’autre. Jésus peut alors pardonner, « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus ».
* Vis-à-vis des autres
Il ne faut surtout pas confondre conflit et péché. On sait bien que sans conflit, il n’y a pas de vie ; sans conflits, on n’avance pas. Les conflits sont douloureux, mais inévitables dans toute société, y compris dans la plus petite unité sociale comme le couple.
Chaque génération connaît des conflits différents. La difficulté de vivre ensemble dépend de multiples facteurs historiques, géographiques, psychologiques, culturels. Les exemples abondent aujourd’hui. Sans compter notre participation aux «structures de péché » comme dit Jean-Paul II dans son encyclique sur les ‘problèmes de société’ (déc. 87).
La question qui se pose alors : le conflit va-t-il engendrer l’exclusion ou même la mort ou bien un nouveau départ, une nouvelle naissance est-elle possible ? C’est là tout l’enjeu de la démarche de réconciliation et ce n’est pas facile car le conflit entraîne habituellement à nier l’autre. Elle doit passer par trois étapes :
- Découvrir que l’autre existe comme quelqu’un, une entité qui a une vie propre avec ses exigences et ses valeurs. En fait, dans le conflit, bien souvent nous avons tendance à nier l’autre (voir le recours au terrorisme, comme l’ultime moyen de prouver son existence).
- Découvrir l’autre comme différent de soi. On peut tuer véritablement l’autre en niant son identité propre, en le voulant semblable à soi. Il n’y a alors plus « d’autre ».
- Il faut enfin découvrir la différence non seulement comme réelle, mais aussi comme une richesse. C’est très difficile et, cependant il ne peut y avoir réconciliation, donc communion que dans l’acceptation de l’altérité et de la complémentarité.
Pour nous chrétiens, nous nous rappelons que Dieu a créé l’homme, tous les hommes quels qu’ils soient, à son image et à sa ressemblance, c’est la source du respect de l’autre et la diversité des hommes n’est qu’une image de la richesse de Dieu. Notre Dieu, nous le disions plus haut est le Dieu de l’Alliance et qui dit alliance dit partenariat. Et l’alliance est le lieu de la réconciliation. Dieu est aussi celui de Jésus-Christ, le juste souffrant, celui qui a tué la haine. Car la haine entraîne la haine, la violence engendre la violence, dans l’enchaînement de la vengeance. Cet enchaînement, il faut le casser. C’est ce qu’a fait Jésus-Christ sur la croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».
* Dans la Bible, le péché
Il n’y a de péché que par rapport à Dieu, que contre la révélation de l’amour de Dieu. Mais, a priori, Dieu nous fait confiance. Au commencement, il y a toujours l’amour de Dieu et non le péché de l’homme. Le péché est devancé par la grâce ; en quelque sorte la grâce est toujours «disponible », pour peu que nous nous convertissions.
Les erreurs se corrigent, les crimes, délits et fautes vis-à-vis de la loi sont passibles de jugements et de peines. Mais, du point de vue de la foi, erreurs et fautes ne sont péchés que par rapport à quelqu’un qui nous aime. « Contre toi et contre toi seul, j’ai péché », dit David après que Nathan lui eut révélé que son crime était une rupture d’alliance avec Dieu. Seul celui dont nous avons trahi la confiance peut nous la redonner en nous pardonnant.
Par ailleurs le péché est souvent à double dimension. David a trahi la confiance de Dieu en prenant la femme d’Urie, puis en le faisant mourir. Me détourner de Dieu, c’est aller à ma propre perte, c’est aussi briser les liens avec d’autres.
Enfin, je voudrais insister sur le fait que le combat de Jésus s’est manifesté souvent sur le mode pastoral : celui du compagnonnage fraternel avec les pécheurs. Au lieu de les condamner au nom de principes ou de lois morales, il s’est rendu proche d’eux, a mangé avec eux, leur a fait bon accueil. Il les a exhorté à se relever, à aller ; il leur a toujours redonné confiance et dignité. A Pierre, il a dit que le pardon devait être accordé sans limites. D’ailleurs, c’est à ce même Pierre, si faillible puisqu’il l’a renié, qu’il va confier la charge d’affermir ses frères.
* Un peu d’histoire
Dans l’Evangile, Jésus donne à ses apôtres le pouvoir de lier et de délier. Dans les Actes des apôtres, il est question dès le début de pénitence et de conversion : « Convertissez-vous et que chacun se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour obtenir le pardon de ses péchés ».
Dans les premiers siècles, un problème se pose à l’Eglise : que fait-on d’un chrétien qui commet une faute grave après son baptême ? L’Eglise reconnaîtra la possibilité d’une autre rémission, mais qui ne pourra avoir lieu qu’une fois, « le second baptême ». Le chrétien en faisait l’aveu en secret à l’évêque qui le mettait « en pénitence ». Il était exclu de la communauté eucharistique, et ne participait qu’à la liturgie de la Parole, à genoux, au fond de l’église, d’où le nom de «pénitence publique ». Lorsque l’évêque jugeait que le pénitent avait vraiment manifesté son désir de changer de vie, il était réintroduit dans la communauté au cours d’une célébration le jeudi saint. Mais cette pénitence était si dure (et cela ne pouvait avoir lieu qu’une fois) que les pécheurs attendaient souvent d’être à l’article de la mort pour y recourir.
Au haut Moyen-Age, l’aveu reste secret, mais la pénitence le devient aussi. Cette pénitence est réitérable, autant de fois que nécessaire. La pénitence reste lourde, mais l ‘absolution est donnée avant que la pénitence soit accomplie, pour ne pas faire trop attendre le pardon.
Au 12è siècle, la communion est devenue très rare, aussi le concile du Latran, en 1215, impose de communier au moins une fois l’an, avec une confession, elle aussi obligatoire. Le Concile de Trente imposera la confession et la communion obligatoire à Pâques, une confession individuelle et secrète, à tel point qu’on mettra une grille dans les confessionnaux.
Le concile Vatican II prescrira trois orientations :
- reprendre l’ancien nom pour désigner ce sacrement,
- restaurer une proclamation de l’Ecriture dans la célébration,
- diversifier les célébrations, tout en souhaitant que chaque fois que «le rituel du lieu comporte une célébration commune, avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci doit l’emporter sur la célébration individuelle et quasi privée ».
Aujourd’hui donc, le rituel propose :
- la confession individuelle qui manifeste mieux la rencontre personnelle avec Dieu. Il est des moments de la vie où la démarche de conversion ne peut être qu’individuelle.
- Les célébrations communes font mieux apparaître l’aspect ecclésial. On comprend mieux alors qu’il ne suffit pas de demander à Dieu son pardon, mais aussi qu’il faut aussi pardonner à ses frères et s’efforcer de créer un monde de réconciliation. La forme habituelle comporte l’absolution individuelle. A Vatican II, le rituel prévoyait aussi, pour des cas précis le recours à l’absolution «collective », mais cela a été supprimé.
3/ Le sacrement des malades
* Le problème de la souffrance
Cela pose d’abord le problème de la souffrance. La souffrance est un non-sens, un mal qu’il fa ut absolument combattre. Et l’on y réussit souvent maintenant. Il n’empêche que la maladie et la mort sont inévitables. Souffrance et mort, ce sont des arguments fréquents pour accuser ou nier Dieu : comment s’il est Tout Puissant permet-il cela ? On peut tout dire à ce propos : que l’homme est le premier responsable du mal qu’il subit, qu’il s’agit d’une expiation pour nos fautes ou nos péchés, que c’est la faute à la méchanceté humaine, …Mais comment comprendre la mort elle-même, les catastrophes naturelles qui blessent et tuent, comment comprendre que des enfants naissent handicapés ? …
En fait, la Bible n’explique pas le mal, n’explique rien. Mais elle nous fait côtoyer des témoins, des hommes souffrants et néanmoins témoins de Dieu, qui crient à Dieu leur détresse, dont les plaintes sont à la limite du blasphème. Alors on ne peut que penser à la croix, au mystère de ce Dieu qui permet la souffrance et qui se fait homme et la subit. Nous n’avons pas fini d’explorer la vie et de découvrir comment elle ne se donne qu’en se perdant. Et le sang qui vivifie coule d’une blessure au cœur de l’homme. Jésus est le grand témoin de ce Dieu qui s’est fait homme comme nous pour faire surgir la vie de la mort qu’il subit et accepte. La souffrance n’est pas étrangère à Dieu, C’est tout ce que l’on peut dire.
* Dans l’Evangile
Prenez seulement l’évangile de Marc, le plus court des quatre. Enlevez tous les passages où il est question de la rencontre de Jésus avec des malades, je vous promets que vous serez très étonnés de l’importance des coupes que vous devrez faire.
Prenez le début de l’évangile de Luc et lisez le passage où les envoyés de Jean-Baptiste viennent demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ? » et voyez sa réponse (Lc 7, 18-23). Dans l’évangile de Matthieu, on peut lire les orientations qu’il donne à ses apôtres lorsqu’il les envoie prêcher deux par deux : Jésus leur donna autorité sur les esprits impurs pour qu’ils les chassent et qu’ils guérissent toute maladie et toute infirmité.
* La célébration
Dans l’Evangile, lorsque Jésus envoie les douze en mission, il leur prescrit de faire des onctions d’huile (Mc 6,12) ou des impositions des mains (Mc 16,18) aux malades.
A l’origine, on trouve ce passage de l’épître de Jacques : « Si l’un de vous est malade, qu’il appelle ceux qui exercent dans l’Eglise la fonction d’Anciens : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. Cette prière inspirée par la foi sauvera le malade ; le Seigneur le relèvera et s’il a commis des péchés, il recevra le pardon » (5,13-16). On faisait l’onction sur la tête du malade, mais aussi sur les plaies et on pouvait même boire de cette huile comme une boisson de santé.
A partir du 7è siècle, on ne met plus tellement l’accent sur la guérison, mais plutôt sur le coté pénitentiel du sacrement. Cela provoque le report du sacrement au moment le plus proche de la mort. L’onction des malades devient alors l’extrême-onction. L’onction d’huile se fait sur le front et sur les mains du malade.
La réforme liturgique issue de Vatican II rétablira le sens et les pratiques de l’Eglise ancienne :
- Une onction des malades destinée à tous ceux qui sont atteints d’une maladie grave ou de vieillesse (et on une extrême onction à la veille de la mort)
- La réintroduction de l’imposition des mains
- La restauration de la place de l’onction au cours d’une eucharistie (qui peut être célébrée au pied du lit du malade). C’est l’antique viatique.
4/ Le sacrement de l’Ordre
* Signification du ministère ordonné
Dès les origines, un signe a marqué l’existence de certains ministères, celui de l’imposition des mains en vue du don de l’Esprit. C’est la racine de la célébration actuelle du sacrement de l’Ordre.
Seul le Christ est prêtre,(c’est-à-dire intermédiaire entre Dieu et les hommes) et tous les chrétiens sont «prêtres, prophètes et rois », comme le dit l’épître de St Pierre. Le ministre est signe que l’initiative vient de Dieu par le Christ, il manifeste que l’assemblée n’est pas propriétaire du geste qu’elle accomplit, qu’elle n’est pas maîtresse de l’eucharistie en particulier : elle la reçoit d’un Autre, le Christ vivant dans son Eglise. Dans la communauté, il y a donc un groupe d’hommes à qui a été confié un service particulier, celui du ministère sacerdotal. On peut noter trois rôles des ministres :
A – Le service de la communion. C’est le premier rôle de l’évêque chargé de rassembler l’Eglise locale et d’en faire un corps. Le collège épiscopal, en union avec le pape, porte le souci de créer la communion entre les Eglises locales.
B – Le témoignage apostolique. La communion entre les chrétiens se fait autour de la foi dans le Seigneur ressuscité. Cette foi repose sur le témoignage du groupe des Douze qui ont été les premiers témoins de la résurrection. Ce témoignage se transmet, au cours de l’histoire, de génération en génération, par le collège des évêques qui ont reçu la charge de la tradition apostolique.
C – L’action au nom du Christ. Quand la communauté est rassemblée, elle n’agit pas en son propre nom, mais au nom du Seigneur. C’est le rôle du ministère de présidence de manifester la prière de tous comme l’unique prière du seigneur. De même, lors de la célébration des sacrements, ils sont célébrés au nom du Christ, mais un rôle particulier est réservé à celui qui assume le service de la présidence. Un seul prononce les paroles de la consécration, un seul donne l’absolution, etc., mais il le fait au nom du Christ.
* Un peu d’histoire.
A l’origine, on ne trouve pas un type d’organisation unique pour tous les groupes de chrétiens. Il y a d’abord le choix fait par le Christ de ses apôtres. Ils sont douze et leur nom même est symbolique, ils sont comme les douze tribus du nouvel Israël, ils témoignent ainsi de l’universalité de l’Eglise. En fait, le titre d’apôtre n’a pas toujours été réservé aux douze, Paul le revendique pour lui, par exemple.
Puis les Douze éprouvèrent le besoin de s’adjoindre des collaborateurs. Ce fut le choix des sept (Cf Ac 6, 1-7). De ceux-là viennent les diacres dont le nom est signalé plusieurs fois dans les Actes et les épîtres.
Les Anciens apparaissent très tôt. Les communautés juives avaient des anciens à leur tête, des sages, des notables, des conseillés. Ce n’est pas une dignité personnelle, mais l’appartenance à un groupe, à un «collège » dont les membres semblent être solidairement chargés de diriger la vie de la communauté. Ancien se dit en grec «presbytéraux », dont vient notre mot ‘prêtre’. Dans les épîtres, on voit des anciens présider l’assemblée liturgique, d’autres chargés de la prédication, d’autres enfin faire une onction d’huile aux malades.
A coté des anciens, on voit apparaître les épiscopes. Il semble qu’il y en ait un par communauté et qu’il soit choisi parmi les anciens.
Puis, dans les deux ou trois premiers siècles, on voit se mettre en place une organisation hiérarchique :
- les trois degrés du «ministère ordonné » : l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat
- la hiérarchisation des évêques entre eux. Cinq villes vont être reconnues comme prééminentes, quatre parce que fondées par un des Douze (Jérusalem, Antioche, Rome et Alexandrie, les sièges des patriarcat) et une en raison de son importance politique, Constantinople. Dès ce moment-là, Rome a une place particulière «qui préside à la charité des Eglises ».
En 313, l’empereur Constantin accorde la liberté à l’Eglise, puis son successeur, Théodose en fait la religion officielle de l’empire. L’Eglise s’organise alors sur le modèle de l’administration impériale, les conversions se multiplient, les prêtres deviennent rémunérés, donc privilégiés, etc.
Une première période de réforme aura lieu au 11è siècle contre la soumission du pouvoir spirituel au pouvoir temporel, entre les abus provenant du lien entre argent et ministères, contre le relâchement des mœurs du clergé.
Le concile de Trente sera une seconde grande période de reprise en main de l’Eglise, contre la Réforme de Luther, contre l’abus des «bénéfices », contre les mœurs du clergé, contre l’ignorance des fidèles, etc
Enfin, Vatican II commence par réhabiliter le sacerdoce des baptisés. Ensuite seulement, il définit le sacerdoce ministériel et indique son rapport au premier :
- il donne une participation spéciale au sacerdoce de l’unique prêtre, Jésus-Christ, configuration au Christ, tête de son corps
- il met les ministres au service du sacerdoce de tous les baptisés
- la prédication de l’Evangile est la première tâche des évêques et des prêtres, puis, ensuite, la sanctification et le gouvernement des fidèles
-Il y a diversité de ministères dans l’Eglise.
* Les rites et symboles
- l’imposition des mains, au futur prêtre par tous les évêques et les prêtres présents, leurs collaborateurs. L’évêque seul impose les mains au diacre, en effet, ce dernier ne fait pas partie du conseil presbytéral et n’exerce pas avec lui la charge pastorale. C’est un geste de bénédiction.
- l’onction du Saint-Chrême sur la tête de l’évêque pour qu’il soit pénétré de la grâce de Dieu et que soit fécond son ministère ,
sur la paume des mains du prêtre : par elles, il va sanctifier le peuple chrétien et offrir le sacrifice eucharistique
- remise de l’évangéliaire à l’évêque : qu’il prèche la parole de Dieu avec patience et le souci d’instruire.
au diacre : celui-ci annonce l’Evangile et peut prononcer l’homélie
- la remise de différents objets, à l’évêque : l’anneau, signe de fidélité à l’Eglise, épouse de Dieu, la mitre, pour que brille en lui l’éclat de la sainteté, le Bâton pastoral, signe de sa charge de prendre soin de son peuple et de bien le gouverner.
Au prêtre on remet les vêtements liturgiques et le pain et le vin qui sont l’offrande du peuple qu’il doit présenter à Dieu.
Au diacre on remet le vêtement liturgique, l’étole.