VI
Les sacrements de l’initiation
Baptême, confirmation, eucharistie
Ces trois sacrements sont dits sacrements de l’initiation chrétienne parce que, dans les premiers siècles de l’Église, ils étaient célébrés à la suite lors du baptême des catéchumènes. Nous en étudierons les rites et surtout les symboles qui les définissent et sont en même temps une catéchèse.
1/ Le baptême
* Le rappel de l’Exode. Vous le savez bien, le Nouveau Testament est souvent reprise et rappel de l’Ancien. Le plus ancien texte biblique qui parle du baptême est la première lettre de St Paul aux Corinthiens (1 Co 10,1ss). Il compare le baptême à l’Exode, c’est-à-dire à la sortie d’Égypte du peuple hébreu, sous la conduite de Moïse, sa libération de l’esclavage et sa marche vers un pays nouveau et une vie nouvelle. Pour les Israélites, c’était l’événement fondateur, dont ils fêtaient le souvenir lors de la Pâque.
Pour nous, chrétiens, l’événement fondateur est la Pâque vécue par le Christ, c’est-à-dire sa mort et sa résurrection, le passage vers une vie nouvelle. Par le baptême, donc, nous sommes associés à sa mort et à sa résurrection. St Paul l’exprime ainsi dans l’épître aux Romains (6,1ss) :
« Ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du père, nous vivions, nous aussi, une vie nouvelle ».
* Origine et histoire du baptême. Le mot baptême vient du mot grec «baptizein » qui veut dire : plonger, immerger. En effet, les baptistères des premiers siècles étaient des cuves assez grandes, souvent en forme de croix. Le catéchumène descendait d’un côté par un escalier de quelques marches, il était plongé dans l’eau et il ressortait de l’autre côté. On comprenait mieux alors comment le baptême est à la fois :
- une plongée dans la mort du Christ et une résurrection,
- un passage, comme celui des hébreux dans la mer lors de leur sortie d’Égypte.
On voit bien ainsi comment le rite figure bien une nouvelle naissance, une vie nouvelle avec le Christ, comme Jésus l’a expliqué à Nicodème (. Jn 3,1-9). Et St Paul écrit : « Par le baptême ; en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions, nous aussi, une vie nouvelle » (Rm 6,4)
Ceci dit, il convient de ne pas confondre le baptême chrétien avec le baptême de Jean-Baptiste. Le rite accompli par Jean était un «baptême de conversion pour le pardon des péchés ». Les évangiles soulignent tous la différence en mettant la phrase suivante dans la bouche de Jean : « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi, je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’eau et le feu » (Mt 3,11).
Durant les premiers siècles de l’Église, le baptême n’était conféré qu’aux adultes, du fait de la situation des chrétiens soumis à de multiples persécutions. Il était, précédé d’une longue préparation, puis immédiatement avant le baptême, le catéchumène proclamait sa foi et sa renonciation au démon, il recevait une onction d’huile prébaptismale, signe de force en vue du combat. Puis venait la prière sur l’eau que disait l’évêque et enfin le baptême proprement dit, c’est-à-dire la descente de la piscine. Le geste du baptême consistait à plonger trois fois le baptisé dans l’eau jusqu’à en perdre le souffle comme s’il mourait. Puis, en retrouvant son souffle en sortant de l’eau, comme s’il naissait avec le Christ à une vie nouvelle. Il recevait alors une nouvelle onction d’huile sainte en signe de consécration, l’évêque lui imposait les mains pour le don de l’Esprit (notre confirmation), on lui remettait un vêtement blanc qu’il portait pendant une semaine. Enfin la cérémonie se terminait par l’eucharistie.
Petit à petit, à mesure que le christianisme devenait une religion officielle, on prit l’habitude de baptiser des enfants de plus en plus jeunes. Le parrain n’est plus le garant de la fidélité du baptisé, mais celui qui parle à sa place lors de la célébration Au Moyen-Age, avec les grandes épidémies, on se met à baptiser les nouveaux nés. On ne fait donc plus de préparation et on abandonne le baptême par immersion. Dès le 13è siècle, on prend l’habitude de retarder la première communion jusqu’à l’âge de raison, ainsi que la confirmation, afin de pouvoir faire une catéchèse aux enfants.
* Rites et symboles.
* Le signe de croix : C’est le symbole essentiel des chrétiens. Au baptême, le prêtre, les parents, les parrains et marraines «marquent le baptisé du signe de la croix, signe du Christ notre sauveur », dit le texte de la liturgie. En effet, par le baptême, la personne va appartenir au Christ et sera rendue semblable à lui.
On peut aussi faire le signe de croix sur ses oreilles «pour qu’il entende ce que dit Jésus », sur ses yeux »pour qu’il voie ce que fait Jésus », sur ses lèvres «pour qu’il sache répondre à Jésus qui lui parle », sur son cœur «pour qu’il sache accueillir Jésus dans son cœur », sur ses épaules «pour qu’il ait en lui la force de Jésus ». C’est toute sa personne qui est accueillie et transformée.
* La profession de foi : au cœur de toute action symbolique, je vous le rappelle, il y a un engagement, un pacte, une foi commune. Le baptême comporte d’abord la triple renonciation à Satan comme Jésus au désert dit trois fois non au tentateur. Puis la triple profession de foi en Dieu le Père, en Jésus-Christ et en l’Esprit saint. Tout cela basé sur le credo qui est la base de la catéchèse des catéchumènes.
Les juifs, eux, récitent le «shéma Israël »(Écoute Israël) qui est la profession de foi qui les accompagnent toute leur vie et les rendent conscients d’appartenir au peuple d’Israël. Il est centré sur la Loi reçue au Sinaï.
Notre credo, lui, n’est pas un résumé des vérités à croire, mais une évocation des manières dont Dieu s’est manifesté à nous comme créateur et Père, comme sauveur en Jésus-Christ, comme donateur de son esprit, comme source de l’Église, comme pardon des péchés et puissance de résurrection.
* L’eau : l’eau représente dans toutes les religions un symbole très fort. On peut en signaler quatre dimensions principales : l’eau, source de vie, l’eau médicale, pensez aux sources miraculeuses, l’eau baptismale qui signifie une mort symbolique pour donne naissance à une personne nouvelle, l’eau diluviale, celle du déluge qui signifie la régénération du genre humain Tout cela est d’ailleurs exprimé dans la Bible. Pensons au baptême de Jésus, à Cana où Jésus change l’eau en vin, au passage avec Nicodème où Jésus dit : « à moins de naître d’eau et d’esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu », le lavement des pieds et, enfin, le coup de lance dans le coté de Jésus à la croix, la blessure dont il sort du sang et de l’eau.
Comme je l’ai dit, pour des raisons de commodité, on a abandonné ce rite d’immersion, pour se contenter de l’aspersion qui évoque plutôt le pardon des péchés, du péché originel. Depuis le Concile, on peut redécouvrir ce geste d’immersion : le jeune ou l’adulte plonge sa tête trois fois dans l’eau.
* Le vêtement : cet élément a lui aussi des significations symboliques variées : pudeur, présentation de soi, appartenance à une communauté particulière, rang social, fonction ou métier, signe de deuil, …
Dans la Bible, on voit que Adam et Ève étaient nus. Après la faute, Dieu leur fait des tuniques de peau, c’est-à-dire qu’il ne les abandonne pas. Pensez aussi au fils prodigue, le père lui fait revêtir la plus belle robe et lui fait mettre des sandales aux pieds, car seuls les esclaves allaient les pieds nus. Dans l’évangile de Matthieu, la parabole du festin nuptial (Le Royaume des cieux est semblable à …) décrit un roi qui invite à un festin pour les noces de son fils. Les invités se récusent, alors il envoie chercher des gens dans tous les chemins et il les fait revêtir d’un ‘vêtement de noce’ (Mt 22,1-14). Et St Paul, pour sa part, écrit : « Tous, vous êtes par la foi fils de Dieu en Jésus-Christ. Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ». (Ga 3,27). Lors du baptême par immersion, le baptisé se mettait nu, nu comme au jour de sa naissance, signe qu’on abandonne sa vie d’avant. Puis, au sortir de la piscine, on lui passait un vêtement blanc, signe de pureté et d’innocence.
* La lumière : dans toutes les religions, la lumière a été associée au divin. Dans la Bible, la lumière est omniprésente. A la création, Dieu commence par la création de la lumière, puis «les luminaires au firmament du ciel » pour marquer le jour et la nuit et les saisons. Entre autres, un psaume dit : « Fais lever sur nous la lumière de ton visage ». Dans l’évangile de Jean, après que le prologue l’a qualifié de lumière des hommes, Jésus dit de lui-même : « Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Matthieu qualifie les chrétiens eux-mêmes de «lumière du monde » et St Paul écrit : « Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent, par la foi, vous êtes lumière dans le Seigneur ; vivez en enfants de lumière » (Eph 5,8).
Aux premiers siècles, les baptistères étaient appelés «illuminatoires », les lieux où l’on était illuminé. Et, lors de la célébration, le catéchumène renonçait au mal, tourné vers l’Occident où le soleil se couche et se retournait vers l’Orient d’où jaillit la lumière pour la profession de foi et la descente vers le bain appelé ‘illumination’. Aujourd’hui vous savez que le baptisé reçoit la lumière du Christ quand on lui remet un cierge allumé au cierge pascal.
2 La confirmation
Le baptême marque en quelque sorte la naissance à la foi, l’entrée dans la communauté des croyants. La confirmation, elle, marque l’entrée dans l’âge adulte de la foi. Dans les sociétés traditionnelles, le passage de l’enfance au monde des adultes ou l’entrée de nouveaux adeptes dans la religion de la communauté donnait lieu à des rites d’initiation souvent très développés : de longs stages comportant épreuves et expériences symboliques, et, enfin, l’agrégation des nouveaux initiés dans la communauté en présence de tous.
A l’origine, il n’y avait qu’un sacrement qui englobait baptême et confirmation. En fait, ce sont comme deux démarches complémentaires, deux temps d’un même élan qui correspondent bien à ce qui est vécu. Après avoir pris le chemin du Christ dans sa mort et sa résurrection, il faut accueillir l’Esprit, pour s’ouvrir à une vie nouvelle et avoir le courage d’annoncer au monde la joie que Dieu nous donne. Les Apôtres ont vécu la Pâque du Seigneur, mais c’est la Pentecôte qui leur révèle leur véritable dimension de disciples. Ils franchissent là une étape. L’Esprit les habite pour annoncer la Bonne Nouvelle. La confirmation célèbre donc le mystère de la Pentecôte. Par l’Esprit chacun est intégré à l’Église. Chacun reçoit le don de l’Esprit pour le service de tous.
Les grands symboles de la confirmation sont donc l’imposition des mains, l’onction d’huile et le feu du cierge. C’est ainsi qu’on est marqué de l’Esprit Saint, l’Esprit de Pentecôte.
* L’huile : Il s’agit d’un élément symbolique important dans la vie religieuse d’Israël. Elle témoigne de l’abondance de la bénédiction de Dieu qui a donné à son peuple une terre féconde. On la répand sur l’autel des sacrifices où elle sert à pétrir le pain offert. Par ailleurs, parfumée, elle est utilisée pour l’onction et la consécration des rois et des prêtres.
Lors de la célébration, appelée «messe chrismale », célébrée le jeudi saint, où assistent tous les prêtres du diocèse, l’évêque consacre le «saint chrême » et l’huile des malades. C’est ainsi un symbole majeur de l’unité des Églises locales autour de l’évêque et de son presbytérium. Les prières de cette célébration soulignent que le «saint chrême » est symbole de vigueur, de réconfort, d’intelligence et d’énergie, c’est le symbole de tous les dons de l’Esprit .
Celui qui confirme fait donc une onction (un signe de croix) avec le saint chrème en disant «sois marqué de l’Esprit saint, le don de Dieu ». Par la confirmation, le baptisé reçoit la marque d’un Autre, de l’Esprit du Père et du Fils. Cette marque est comme la trace indélébile qui exprime et imprime le don que Dieu fait au baptisé de sa propre vie, de son propre Esprit, de sa puissance d’amour et de vie. Nous sommes faits fils et filles de Dieu, habités par son Esprit. L’huile parfumée fait du confirmant «la bonne odeur du Christ » comme dit St Paul. Ainsi la confirmation est comme le déploiement du baptême par le don de l’Esprit en plénitude, cet Esprit qui donne la force et la joie de témoigner.
* L’imposition des mains : pratiqué par Jésus, ce geste était un geste de guérison, dans certains cas, il signifiait le don du Royaume. Dans les Actes des Apôtres c’est un geste qui signifie le don de l’Esprit au baptême, mais ce peut être aussi également un geste de guérison ou un envoi en mission.
* Le feu : il est énergie, mouvement, chaleur. Il brûle et détruit, mais il suscite aussi la vie car il réchauffe, purifie et régénère. Dans la plupart des religions, il est divinisé à l’image de Dieu et associé à sa présence. Pensez au feu du buisson ardent qu’Abraham vit lorsqu’il faisait paître les moutons de son beau-père, Jéthro. Pensez aussi à la marche des Israélites dans le désert après leur sortie d’Egypte : « Le Seigneur lui-même marchait à leur tête : colonne de nuée le jour pour leur ouvrir la route, colonne de feu la nuit pour les éclairer ; ils pouvaient ainsi marcher jour et nuit »(Ex 13,21). Enfin, pensez aux langues de feu qui se posent sur les apôtres à la Pentecôte, l’Esprit qui descend sur eux et les envoie proclamer les merveilles de Dieu dans toutes les langues. C’est le cierge qui, lui aussi évoque ce feu, comme à la veillée pascale, chacun reçoit la flamme et la communique aux autres, dans le geste de partager le feu.
3/ L’eucharistie
Nous avons eu un WE pour approfondir ce sacrement. Je voudrais donc seulement éclairer la signification de certains symboles et de notions qui souvent restent obscure. Je voudrais également faire allusion à ce que nous a apporté le dernier concile dans la célébration de l’eucharistie.
* La grâce. Vous avez sans doute entendu dire que les sacrements produisent, augmentent la grâce, donnent des grâces. Alors qu’est-ce que la grâce ?
Autrefois, on considérait la grâce comme "quelque chose de plus" garantissant le salut, un remède ou un vaccin protégeant contre un destin maléfique, un fortifiant pour la lutte contre le mal, …La grâce était considérée comme un avoir, une valeur que l'exécution correcte des rites du sacrement par le ministre légitime conférait de façon quasi mécanique et automatique. A l'opposé, la non-réception, par exemple du baptême pour les enfants mourant à la naissance ou du sacrement des malades, laissait planer un doute sur la possibilité d'être sauvé.
Or, dans le langage courant, la grâce n’est pas une chose produite mais une qualité de relation, de communication. On dit : « Grâce à toi … exercer son droit de grâce …crier grâce, … ». La grâce signifie donc un don, un cadeau, une bienveillance. Elle instaure une relation gratuite, sans calcul, elle est pur don et non échange. Des cadeaux, souvent sans valeur marchande font plus de plaisir qu'un objet de valeur. C'est la gratuité du don.
La grâce est ce qui relève de la communication, de la reconnaissance mutuelle, le don qui n'attend rien d'autre en retour qu'un merci, un "rendre grâce". Par exemple, dans le mariage, ce n'est pas ce que les conjoints apportent en dot ou en revenus de leur métier qui importe, mais la gratuité du don que l'homme et la femme se font de leur personne. Dans la justice, le droit de grâce du président de la République, c'est le droit de transgresser une décision de justice, il écoute la voix du cœur, de la miséricorde. Sa logique est autre que celle du calcul et de la mesure, la grâce est toujours surabondante (un condamné gracié !).
Notre expérience humaine de la grâce, c’est le don de la vie aux enfants, le don de notre temps et de nous-mêmes dans l’amour et dans l’amitié, c’est le partage de nos biens, …On donne par pure grâce, pour rien d’autre que la joie de donner, de faire plaisir, sans rien attendre en retour. La vie, l’amour, comme tant d’autres gestes d’humanité, sont des dons gratuits. Ils ne sont pas (en principe) objets de calcul, de commerce. Tout cela peut nous aider à découvrir ce qu'est la grâce de Dieu.
Mais la grâce est aussi une épreuve. Tout d'abord, la grâce comporte la prise de conscience d'un don déjà reçu, d'une dépendance qui implique une dette. On reçoit sa propre existence, on éprouve de la dépendance par rapport à la faim, la soif, le froid, …On reçoit de l'amour, de l'amitié de ceux qui nous entourent. On reçoit plus que l'on donne, et avant de donner. On ne doit pas qu'à soi-même ce que l'on est, contrairement à ce que certains pensent ou voudraient.
L'aptitude à recevoir sans se demander ce qu'il faudra offrir en retour, ce qu'il faudra payer, est l'indice sûr d'un état de grâce entre les personnes. Mais existe-t-il quelqu'un qui soit capable de donner de manière totalement gratuite ? Ce serait être capable de grâce ! Recevoir est du même ordre ; il fait de nous des débiteurs et vivre sous le régime de la dette est difficile même si l'on vous a dit qu'elle n'était pas à rembourser !
La demande est nécessaire chez celui qui reçoit pour que le don qu'on lui fait s'épanouisse en grâce. S'il n'y a pas demande réelle, attente manifestée ou ressentie, la réception du don risque d'être faussée ; le don ne débouche pas sur la reconnaissance, ne nourrit pas la relation et l'action de grâce.
C’est pour toutes ces raisons que la grâce est une qualité de Dieu par excellence. Il n’y a, en effet, en lui que le don total et désintéressé de lui-même, et le pardon sans limites.
* Le sacrifice. C’est un mot que l’on n’aime guère aujourd’hui. On le comprend comme privation vécue pour elle-même. Plus on se prive, plus on a de mérites. Autrefois, on a souvent présenté le sacrifice du Christ de façon doloriste et négative. Un cantique de Noël disait que les souffrances du Christ ont apaisé le courroux de Dieu.
Le concept de sacrifice est hérité de l’Ancien Testament. Et cependant, les prophètes ont lutté pour une notion du sacrifice plus spirituelle : « C’est l’amour qui me plaît, dit Dieu et non les sacrifices ; la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes », écrit le prophète Osée. En fait, au retour de l’exil, au Temple de Jérusalem, la coutume s’impose d’accompagner l’offrande par une action de grâce, une proclamation de l’œuvre de salut de Dieu, c’est le cas en particulier pour le sacrifice dit ‘de louange’.
En fait, nos vies sont remplies de sacrifices qui sont positifs dès lors qu’ils sont faits par amour, comme des dons. Pensons aux sacrifices que l’on fait pour ses enfants. Dans le cas du Christ, il fait le don suprême, le don de sa vie pour les hommes, pour notre salut.
* Le mot Eucharistie. Ce terme vient du mot grec ‘eucharistein’ qui signifie tout simplement ‘merci’. Eu veut dire bon, bien, et charis, le don. Dire eucharistie , c’est donc dire : le don que tu m’as fait est bon, c’est une louange à Dieu pour ses dons. L’usage de ce mot vient de la liturgie du Temple de Jérusalem, voir ci-dessus (et texte).
L’eucharistie est donc action de grâces dans ces deux dimensions : nous apportons du pain et du vin, fruits de la terre et du travail des hommes, nous bénissons celui qui nous les donne. Et notre offrande est une grâce que Dieu nous fait en même temps, c’est le corps et le sang du Christ qui nous sont donnés.
Lors de son dernier repas, Jésus lui-même rendit grâce. Il n’a pas rendu grâce pour la vie qu’il avait menée, il ne s’est pas tourné vers le passé, mais vers l’avenir. Il engage sa vie dans le ‘passage’ vers son Père, il célèbre sa mort et sa résurrection, les deux sont inséparables. En effet, le sacrifice du Christ n’est pas dans sa mort. S’il n’avait fait que mourir pour témoigner de la vérité, cela aurait été admirable certes, mais pas plus que le sacrifice de nombreux témoins de l’histoire. Son sacrifice est dans le passage, dans sa Pâque, il n’a de sens que dans la Résurrection. Le vrai sacrifice, nous le disions plus haut, n’est pas dans la privation, mais dans le don. « Qui garde sa vie la perd, mais qui donne sa vie la trouve »
* Faire mémoire. « Faites cela en mémoire de moi », nous a dit Jésus à la cène et St Paul ajoute : « Toutes les fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11,23-25).
L’eucharistie se comprend comme un « faire mémoire », un « ne pas oublier », qui est très symbolique. Le temps s’écoule inexorablement. Le moment présent est celui des événements qui surviennent, il se situe entre ce qui vient d’arriver, ce qui s’est passé et ce qui n’est pas encore arrivé. Or c’est à partir des souvenirs que nous avons du passé que nous pouvons donner sens au présent qui survient. Faire mémoire, ce peut être compris comme l’évocation d’un événement passé, d’un être disparu. On commémore la personne, l’ancien temps, on les regrette pou on les déteste …Or Pour les juifs et pour les chrétiens, c’est différent. Il ne s’agit pas d’évoquer le passé, mais de faire mémoire des actions par lesquelles Dieu a fait alliance avec nous, nous a libérés, sauvés et, en même temps, promis bonheur et fidélité pour l’avenir. Quand nous faisons mémoire de l’Alliance, elle est toujours offerte aujourd’hui ; quand nous faisons mémoire du salut, il est à l’œuvre aujourd’hui («mon Père travaille et, moi aussi, je travaille »), il est présent dans notre histoire. Il est déjà donné, il est à vivre au présent, et, en même temps, il est encore à venir. Nous faisons mémoire de la promesse de Dieu, mémoire de l’avenir qu’elle nous ouvre.
Ainsi l’œuvre de Dieu est actualisée par le fait de faire mémoire et surtout par le fait de demander, au début de la prière eucharistique, l’action de l’Esprit Saint. C’est par sa puissance que nous sommes rendus présents à l’événement du salut que représente la mort et la résurrection du Christ.
* La présence réelle. Depuis longtemps, en Occident, on pense qu’une présence symbolique n’est pas réelle. N’est réel que ce qui est visible, palpable, explicable par la raison et par la science. Cela explique pourquoi les réformés ont nié la présence du Christ à la communion au pain et au vin consacrés. D’où la réaction du Concile de Trente qui, pour affirmer cette présence réelle, a parlé de transsubstantiation. C’est un mot barbare et équivoque. Il est bien évident que le pain et le vin ne changent pas de substance après la consécration.
Nous avons parlé du symbole de l’eau à propos du baptême. Prenons le pain, c’est une nourriture, faite par l’homme à partir du blé. Il représente donc de la nourriture, mais il peut signifier autre chose, par exemple le salaire (gagner son pain), ou la sagesse paysanne, ou le pain de vie, …
A l’eucharistie, le pain reste nourriture et le vin boisson, mais il est aussi corps de Jésus. Le pain acquiert une valeur nouvelle qui provient de la parole de Jésus et aussi de l’accueil qui lui est fait, celui qui reçoit le pain reconnaît qu’il est corps du Christ. Ainsi le pain et le vin eucharistiés sont et ne sont pas le corps de Jésus. Ils sont le corps de Jésus puisque nous le croyons (il n’y a pas foi s’il y a voir), et ils ne sont pas corps de Jésus puisque, matériellement, du point de vue de la vue et de la raison, ils restent du pain et du vin. Ainsi le pain et le vin sont signe de sa présence réelle, comme le sont l’assemblée, la Parole, la communion, …
Il est clair que Jésus ne veut pas donner à manger son corps physique, c’est pourquoi le corps dont il est question ici ne peut être que la réalité – mais une réalité – spirituelle, céleste du Ressuscité.
On peut dire que le symbole de l’eucharistie est le symbole sacramental par excellence. Prenons un exemple, le fiancé qui offre un bouquet de fleurs à sa fiancée symbolise son amour par ce don. Jésus qui nous donne le pain et le vin à manger symbolise son amour, non pas par un don extérieur à lui-même, mais en se donnant lui-même sous forme de nourriture ; il atteint ainsi le niveau le plus profond de la rencontre : en donnant de pain et ce vin, il se donne lui-même.
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