V

Eglise et sacrements

Le but de notre soirée est de mieux comprendre ce que sont les sacrements pour mieux en vivre aujourd’hui. Nous chercherons d’abord à répondre aux questions suivantes : D’où viennent-ils ? Comment ont-ils été vécus dans l’histoire ? Pourquoi sept sacrements ?, etc. Nous verrons ainsi que les sacrements ont toujours été des actes de l’Eglise.

C’est pourquoi, dans un second temps, on soulignera que les sacrements sont des événements de la communauté où Jésus agit par son Esprit. Les sacrements font donc l’Eglise, comme dit le Concile Vatican II

1/ Les sacrements dans l’histoire de l’Eglise

St Léon, qui était pape au 5è siècle et qui est le premier pape à unifier et organiser la liturgie des sacrements, disait : « Ce qui était visible dans notre Sauveur est passé dans les sacrements ».

- Les premiers sacrements

Nous l’avons vu, il y a des sacrements dès la première communauté chrétienne : le baptême et l’Eucharistie, que l’on appelait la fraction du pain. Les premiers chrétiens ont, pour la plupart connu le Christ, celui-ci vient de mourir, mis à mort par les juifs, mais Dieu l’a ressuscité, ils en sont témoins. Finalement il a disparu de leur regard, mais ils veulent poursuivre leur relation avec lui, puisque lui-même leur a dit qu’il restait avec eux. Comment ? Par deux activités différentes, mais complémentaires, l’une tournée vers l’extérieur. Nous en avons des traces dans les Actes des Apôtres, à commencer par le discours de Pierre à la Pentecôte (Ac 2, 14-36). Et l’autre tournée vers l’extérieur, le baptême, ordonné directement par le Christ et qui est le signe de l’adhésion à la communauté, et le repas eucharistique pour faire mémoire du Seigneur Jésus et, en particulier, de son dernier repas. Il s’agit donc d’une part de constituer la communauté et, d’autre part de la faire vivre, c’est là où se révèle la nécessité des sacrements.

* La situation politique et sociale

Mais il faut sans doute beaucoup de conviction et de courage pour les demander, car on risque l'exclusion de son milieu social, voire la persécution ou le martyre. La foi chrétienne passe pour une remise en cause et une contestation de bien des valeurs du monde ambiant. Il dérange et fait peur. Baptême et Eucharistie sont vécus comme expression de la différence chrétienne. Les recevoir n'a rien d'une formalité anodine. Progressivement se met en place un long et exigeant dispositif de préparation pour les catéchumènes.

Baptême et Eucharistie sont les sacrements de l'initiation chrétienne célébrée solennellement en présence de l'évêque et de toute la communauté au cours de la vigile pascale. Initiation qui permet de prendre part à l'assemblée eucharistique dominicale, bien souvent clandestine, dans la maison d'un chrétien ou d'une chrétienne. Le Baptême est considéré comme le sacrement par excellence de l'identité chrétienne et de l'appartenance à l'Église. Deux données confirment le sérieux et la gravité qu'il revêt. Quand des baptisés, ayant abandonné leur foi sous la pression des mentalités païennes ambiantes, regretteront leur faiblesse et demanderont à être réintégrés dans l'Église, celle-ci mettra progressivement en place pour eux un système pénitentiel de rattrapage, considéré presque comme «un second baptême », et ne pouvant être reçu qu'une fois, comme le sacrement du baptême lui-même. La réintégration solennelle des pénitents dans l'Église, le Jeudi saint après un long stage pénitentiel, sera assortie de peines et de mortifications à vie, d'une sévérité redoutable(4). Un autre indice du caractère sérieux du baptême nous est fourni par le fait qu'au IIIe et IVe siècles, beaucoup retarderont pour eux-mêmes ou pour leurs enfants le moment d'être baptisés, attendant que se soit éteint le feu des passions, et qu'ils soient sortis victorieux des attaques païennes contre la foi(5). Aux yeux de certains pères de l’Église, le baptême apparaît presqu'aussi important que le sera plus tard l'entrée dans la vie religieuse.

Ces sacrements impliquent trois éléments : la foi, le rite et le mémorial.

* La foi : évidemment, elle est première. Les baptêmes à la suite du discours de Pierre, par exemple, impliquent la demande, l’adhésion des auditeurs : « Convertissez-vous et que chacun reçoive le baptême». Rappelez-vous le récit des disciples d’Emmaüs que nous avions étudié en novembre ou décembre. Le Christ rompt le pain et, à ce moment-là même, leurs yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent et il disparaît. Alors les deux disciples se disent l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Ecritures ». Croire, c’est évidemment quand on ne voit pas. Et c’est un don de Dieu.

* Le rite : les rites que l’Eglise utilise ne sont pas des inventions de Jésus ou des premiers chrétiens. L’immersion dans l’eau lors du baptême est un rite très ancien et utilisé dans de nombreuses religions. En tous cas, c’est un rite juif bien connu : le baptême des prosélytes (les païens qui se convertissaient au judaïsme) et, bien sûr le baptême de Jean. Quant au repas sacré ou simplement religieux, lui aussi existait dans nombre de religions et, en Israël, qu’on pense seulement au repas de la Pâque (le mémorial de la sortie d’Egypte). Les chrétiens ont donc eu recours à ces deux célébrations rituelles pour signifier leur relation au Seigneur.

* Le mémorial : le mémorial se fonde sur une action passée. Si on reprend, par exemple le repas de la Pâque, on revit un événement ancien salutaire pour en affirmer l’efficacité : Dieu délivre et crée son peuple. En ce qui concerne les chrétiens, ils ont repris donc des actions symboliques pour revivre des moments cruciaux de la vie du Christ et ainsi affirmer leur foi dans la présence et l’action actuelle du Christ invisible, mais présent au milieu d’eux.

A coté de ces deux célébrations bien affirmées, les premières communautés ont éprouvé le besoin d’actions diverses pour affirmer la présence du Christ dans leur vie. On constate des actes de don de l’Esprit, distincts du baptême (Ac 8,17), des actes de prière et d’onction d’huile sur des malades (Jc 5,14), des actes d’exclusion ou de réintégration dans la communauté (Mt 18,15-18), etc.

- Le développement de la vie sacramentaire

* La situation politique et sociale

Avec le baptême de Constantin, empereur de l’empire romain d’Orient, en 313, le christianisme devient l'unique religion à l'exclusion des autres. L’Église alors bénéficie des structures de l'Empire pour s'implanter dans toute l'Europe occidentale dont Rome est la capitale politique et religieuse. Bientôt cet Empire vacille et s'écroule sous les poussées des invasions barbares, et l'Empire carolingien prend le relais. Mais le monde touché et concerné par l'Église est un monde limité. Ce que nous appelons à cette époque l'Eglise, c'est une Église Romaine, implantée dans un monde circonscrit par les frontières de l'Europe occidentale, de plus en plus uniformisée et latinisée.

Le rêve de St Augustin est quasiment réalisé : la cité de Dieu sur la terre. Frontières du monde (au sens que nous venons de préciser) et frontières de l'Église coïncident. Dieu veut que tous soient sauvés ; il faut donc que tous soient baptisés, que tous soient faits citoyens de l'Église, hors de laquelle il n'y a point de salut. Les sacrements changent de signification. Se confondant avec le monde qu'elle régit et domine, l’Eglise tend aussi à se confondre avec l’Empire. Un Royaume enfin réalisé sur la terre comme au ciel. Du coup, elle connaît moins le langage de la proposition à des volontaires convertis que celui de la citoyenneté à laquelle tous sont convoqués. Quitte, à certains moments et dans certains contextes à utiliser la pression, le contrôle, l'obligation. Elle se pense progressivement sur le modèle d'une société dont elle est le ciment, l'âme et aussi le verrou. Les sacrements deviennent les rites qui rythment la vie de l'homme au sein de cette société. Leur fonction sociale tend à prendre le pas sur la foi qu'ils signifient, celle-ci étant supposée acquise et s'exprimant par des observances de pratiques plus que des témoignages éclairés.

Les années passant, la vie de l’Eglise va provoquer la naissance de nouveaux sacrements à partir donc de pratiques diverses et on va éprouver le besoin de codifier tout cela. L’histoire va faire évoluer ces pratiques, on va rechercher un vocabulaire précis pour les désigner et on va éprouver le besoin de les définir d’une part selon leurs fonctions et de l’autre en ce qui concerne leur nombre.

* L’histoire. Prenons des exemples : La confirmation. A l’origine, les communautés se situaient dans les grandes villes, elles étaient peu nombreuses et l’évêque était comme un curé aujourd’hui. Il baptise les catéchumènes dans l’eau et puis il leur impose les mains en appelant l’Esprit et leur fait une onction d’huile. On ne dissociait pas les deux rites. Mais, lorsque, avec Constantin, au 4è siècle, l’Eglise devient officielle et se croit rapidement en nombre. De l’évêque va dépendre un nombre toujours plus grand de communautés. Alors le responsable de la communauté baptisera les catéchumènes et on attendra la venue de l’évêque pour faire l’onction d’huile.

Le mariage : jusqu’au 12è siècle environ, le mariage se fait selon la coutume, l’Eglise n’intervient pas. Mais, petit à petit, l’Eglise intervient de plus en plus souvent pour éviter les mariages forcés et affirmer la nécessité du consentement des époux, en particulier de la femme. Ce n’est qu’au Concile de Trente, au 16è siècle, que l’Eglise rendra le mariage religieux obligatoire et lui donnera sa forme actuelle avec échange des consentements des époux devant le curé.

* Un vocabulaire précis. Peu à peu prêtres et théologiens vont réfléchir aux sacrements, soit parce qu’il faut les expliquer, soit parce que des questions se posent, comme, par exemple, est-il possible de pardonner à ceux qui ont commis un meurtre ou bien un baptême est-il valide s’il est administré par un prêtre indigne, etc.

Pour commencer, on va définir les sacrements non par ce mot, mais par le mot mystère (musterion en grec). Ce mot désignait dans les religions anciennes le rite d’initiation à des cultes souvent secrets. St Paul l’emploiera pour désigner le dessein de Dieu et même le Christ comme révélateur de ce dessein et qui l’accomplit. En employant ce mot les chrétiens veulent signifier que baptême et eucharistie réalisent l’œuvre de salut que Dieu accomplit par le Christ.

Tertullien rejettera ce mot car il craint la confusion avec les cultes ésotériques et lui préférera le mot latin sacramentum (sacrement).

* La définition des sacrements. C’est St Augustin (4è siècle) qui donnera la première définition précise du sacrement. Il dira : « Le sacrement est le signe sensible d’une chose sainte ». Les grands théologiens du Moyen-Age trouveront cette définition insuffisante. En effet, si on peut dire que tout sacrement est bien le signe sensible d’une chose sainte, on ne peut pas dire que tout signe sensible d’une chose sainte soit un sacrement. Par exemple le baptême est bien le signe sensible d’une chose sainte, mais l’eau bénite qui est aussi le signe sensible d’une chose sainte ne peut être comparé au baptême. Ils ajouteront donc que le sacrement est un signe sensible qui doit être efficace quant au salut. Ainsi seront appelés sacrement uniquement sept rites, nos sept sacrements.

* Les sept sacrements.

Les sacrements ne sont pas tous égaux et surtout, ils n’ont pas la même fonction. Alors on peut les considérer sous deux angles différents :

- soit on considère le déroulement de la vie du chrétien. On commencera alors par citer les sacrements dits de «l’initiation chrétienne », à savoir le baptême et la confirmation. Puis les sacrements concernant l’assemblée : l’eucharistie et l’ordre. Enfin les sacrements de la vie sociale : réconciliation, mariage et onction des malades.

- on peut aussi partir de l’eucharistie en considérant que c’est le principal sacrement, non seulement dans la vie du chrétien, mais aussi par son importance parce qu’il est le seul qui concerne directement la personne du Christ. A partir de là, on dira qu’on est baptisé pour être «incorporé » au Christ, qu’on est «ordonné » pour servir le Christ, etc.

- La Réforme et le Concile de Trente

* La situation politique net sociale

Le monde devient un monde planétaire et laïque. La terre est ronde et elle tourne autour du soleil, proclament Copernic puis Galilée. Affirmation qui contredit le discours de l'Eglise et qui est l'indice d’une autonomie revendiquée de plus en plus par les scientifiques vis-à-vis des théologiens, dans leur recherche et leur réflexion. Autonomie qui va déclencher les foudres de l'Inquisition tant il est vrai que les conclusions scientifiques, dans une logique de chrétienté, peuvent passer pour des hérésies. Marco Polo a exploré l'Extrême-Orient au XIIIe siècle, et Christophe Colomb, au XVe découvre les Amériques, nouvelles terres à conquérir puis à évangéliser, et tout autant à «catholiciser », car la civilisation que s'efforcent d'implanter les conquérants est largement catholique et romaine.

Mais d'autres nouveautés et difficultés attendent l'Église : de nouvelles mentalités se manifestent à mesure que naît et se développe ce que l'on peut appeler « la modernité ». Après les scientifiques, philosophes et politiques plaident pour l'autonomie de la raison et des états par rapport à des logiques de droit divin ou ecclésiastique. Agnosticisme et athéisme s'affichent et s'installent. Les Droits de l'homme et du citoyen sont proclamés contre l'Église, qui d'ailleurs les condamne.

L’Eglise est assiégée de l’intérieur du fait des ruptures de la Réforme et par une

société laïque qui se forme et s’affirme en dehors d’elle, sinon contre elle.

* La réaction des réformés

Entre autres choses, Luther et les réformateurs ont profondément modifié la pratique et la pensée de l’Eglise sur les sacrements. Avant de préciser en deux mots en quoi, il faut dire que l’action de Luther a d’abord été provoquée par les abus qui existaient dans l’Eglise (indulgences, messes pour les défunts, vendues …) et qu’une conjonction de réactions dures des autorités ecclésiales et d’interventions des rois et des princes l’a poussé à la rupture et à ses conséquences.

Quoiqu’il en soit, on peut présenter en deux points la réaction des réformés :

1/ Puisque, pour eux, l’Ecriture seule est normative (et non l’Ecriture plus la Tradition), ils ne reconnaissent que les sacrements dont les Ecritures parlent explicitement, cad le baptême et l’eucharistie. Les autres ne sont que des cérémonies. Quant à l’ordre, il ne peut en être question puisque le Christ est le seul prêtre.

2/ Vous savez que, pour eux, on n’est justifié que par la foi seule. C’est la foi donnée par Dieu qui seule justifie, donc le sacrement ne peut être qu’un signe extérieur qui peut tout au plus susciter la foi.

Dans l’Eglise, un élan de renouveau considérable se dessine après le Concile de Trente. Réforme et Contre-Réforme ont coïncidé avec des prises de conscience générales. Le monde évolue, le champ des connaissances s'élargit dans tous les domaines et se diffuse de plus en plus, grâce à la découverte de l'imprimerie. Face à cela, on réalise que la masse des fidèles ainsi que beaucoup de clercs sont marqués par l'analphabétisme et par des représentations religieuses qui n'ont pas grand-chose à voir avec la foi chrétienne. Une nouvelle préoccupation pastorale se fait jour : peut-on être sauvé si l'on a une foi mal éclairée ? Du coup se développent au sein des Églises de vastes mouvements d'évangélisation et de catéchèse.

Au XVIIe siècle chez les catholiques, se mettent en place les Séminaires pour former les futurs prêtres, les Catéchismes pour préparer les enfants à la Première Communion, les Missions et la prédication pour les adultes, le service des pauvres et des malades, les écoles. Naissent partout des congrégations d'hommes et de femmes pour les nouvelles tâches de l'Eglise dans le monde. Se multiplient les pratiques de dévotion : processions, saluts du Saint-Sacrement, mois de Marie. Bref, une période intense de créativité pour l'Église.

Mais pendant tout ce temps, les sacrements n'évoluent guère. Ils constituent comme un sanctuaire inviolable et sont de plus en plus corsetés de rubriques minutieuses. Dans les éphémérides romaines du XIXe siècle, les sujets traités en réponse aux questions posées par les diocèses montrent que les préoccupations qui concernent les sacrements sont bien plus liées aux rubriques qu'au souci pastoral.

* Vatican II

Le Concile de Vatican II aura marqué ce XXe siècle. La liturgie a constitué le premier chantier de ses travaux, et il a jeté les bases dune perspective résolument nouvelle pour une Église invitée à communiquer autrement avec le monde. Il a permis une redécouverte des fonctions de la liturgie, célébrée dans la langue de chaque peuple, avec une plus grande participation de tous. Et aussi la nécessité d’une approche pastorale pour que les sacrements sortent de leur isolement et s'articulent mieux à toutes les dimensions de l'existence, à la prière et la vie spirituelle qui puisent à leur source, à la réflexion théologique dont ils sont la régulation pratique (lex orandi,lex credendi ). La redécouverte de tout cela a mis en relief les exigences nouvelles que nécessitent l'accueil et la préparation de ceux qui les reçoivent, ainsi que la compétence liturgique et pastorale de ceux qui les président et les animent.

 

2/ Les sacrements font l’Eglise

«  Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise …Elles appartiennent au Corps tout entier de l’Eglise, elles le manifestent et elles l’affectent » (Vatican II ).

Il fut un temps pas très lointain où beaucoup de sacrements semblaient être des affaires privées : le baptême, au fond de l’Eglise avec les parents du bébé, l’Extrême Onction au lit du mourant. Pour se confesser ou communier, on ne voyait pas en quoi on aurait eu besoin de la communauté. Le concile Vatican II a fait un énorme travail pour nous faire retrouver le sens de la communauté et le fait qu’une communauté a besoin pour vivre de célébrations, qui soient communautaires. Je voudrais retracer un peu ce sur quoi le concile a insisté.

- C’est l’Eglise qui agit dans les sacrements

* Le peuple de Dieu.

On a dit que le concile avait remis en valeur l’Eglise comme « peuple de Dieu » et, de fait, dans la Constitution sur l’Eglise (Lumen gentium), le premier chapitre porte ce titre pour insister que le fait que l’Eglise est une communauté qui comprend la hiérarchie aussi bien que les laïcs. Ce texte s’appuie principalement sur un passage de la première épître de Pierre qui dit au verset 5 : « Vous êtes la race élue, la communauté sacerdotale royale, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelé des ténèbres à sa merveilleuse lumière ».

Notez l’expression «communauté sacerdotale ». On croyait que le mot sacerdotal désignait uniquement les prêtres. Ici il faut que je fasse une par une petite digression sur la notion de prêtre. Dans l’Ancien Testament, le prêtre est celui qui offre à Dieu les offrandes des fidèles, mais c’est aussi et surtout l’intermédiaire entre Dieu et les hommes, c’est aussi ce qui se passe dans toutes les religions non-chrétiennes. Or le Christ s’est affirmé comme le seul intermédiaire puisqu’il était Dieu et homme («qui me voit voit le Père). Mais, pour diriger les premières communautés chrétiennes, on choisissait, dans la communauté, des personnes de confiance, qu’on a appelé des «anciens », des «presbytre » en grec, c’est l’origine des prêtres de nos communautés. Mais le personnage chargé d’être l’intermédiaire entre Dieu et les hommes s’appelait « sacerdos » en latin, mot qui a aussi été traduit par prêtre, d’où la confusion et la dérive dans la manière de considérer les prêtres et la dérive de ces derniers dans la manière de concevoir leur sacerdoce.

Revenons à l’expression « peuple sacerdotal ». Tout chrétien, par le baptême devient membre du Corps du christ, il participe donc à son sacerdoce. On appelle cela « le sacerdoce baptismal ». Le prêtre aussi, par le sacrement de l’Ordre, participe au sacerdoce du Christ. Mais, dans cette participation au sacerdoce, entre prêtres et laïcs, il n’y a pas confusion ou différence de degrés, mais de fonction.

* Qui fait quoi, qui agit dans le sacrement ?

La réponse est claire, c’est le Christ qui agit par son esprit. On le souligne d’ailleurs dans l’Eucharistie. La prière eucharistique pour les grands rassemblements dit ceci : « Nous te prions, Père tout-puissant, envoie ton Esprit sur ce pain et ce vin, afin que le Christ Jésus réalise au milieu de nous la présence de son corps et de son sang » (cf aussi les Orthodoxes).

Et qui est le Christ aujourd’hui, c’est l’Eglise qui est son Corps. C’est donc l’Eglise qui baptise, l’Eglise qui pardonne, l’Eglise qui consacre. Mais l’Eglise c’est l’ensemble de la communauté, le prêtre et les fidèles. Le prêtre préside les célébrations comme il préside la communauté. Le Corps du Christ est un tout organisé et hiérarchisé, il ne peut y avoir d’Eglise au sens strict sans la présence d’un prêtre, président de l’assemblée, de même qu’il ne peut agir seul sans l’assemblée, il y a complémentarité des deux. Lorsque le prêtre célèbre seul (pour donner le sacrement des malades parfois), il est dit « en attente » d’assemblée, comme les Assemblées sans prêtres sont dite « en attente » de prêtre.

* Le rôle du prêtre

Le prêtre est un ministre ordonné(ministre veut dire serviteur), il est ordonné à la présidence de l’Assemblée. Il n’est plus l’intermédiaire entre le Christ et les membres de l’assemblée, il en fait partie au nom du Christ. Il agit au nom du Christ. Il est au service de l’assemblée pour qu’elle soit le Corps du Christ, il est le signe de la présence du Christ au milieu de l’assemblée, il est le sacrement du Christ. C’est pourquoi, au cœur de la célébration de l’eucharistie, il est celui qui prononce les paroles sacramentelles. Il est chargé de promouvoir l’unité et la communion entre les membres de l’assemblée et avec l’Eglise universelle. Il est enfin le serviteur de la Parole du Christ, comme les laïcs le sont aussi d’ailleurs.

* Les laïcs

Les laïcs ne sont pas seulement ceux qui reçoivent ou qui assistent à la célébration des sacrements au sens passif du terme. Ils assistent, le mot veut aussi dire coopérer. Dans toute célébration liturgique, il y a toujours plusieurs rôles, plusieurs fonctions. Les laïcs ont donc un rôle actif dans la préparation et la célébration des sacrements. Que l’on songe seulement au rôle des laïcs dans le catéchuménat !

-C’est l’Eglise qui vit le sacrement

On l’a déjà dit : l’Eglise se construit grâce aux sacrements. On a dit que «l’Eglise fait les sacrements », on peut aussi bien dire que « les sacrements construisent l’Eglise ». Dans une célébration sacramentelle, le chrétien n’est jamais seul vis-à-vis du prêtre, la communauté l’accompagne, vit le sacrement et non pas y assiste.

* Les sacrements, événements du salut pour toute la communauté

On le voit bien, par exemple dans les célébrations des baptêmes d’adultes depuis qu’on a commencé à les célébrer dans la nuit de Pâques. C’est l’assemblée qui est aussi baptisée avec le fait que la liturgie fait renouveler à tous les promesses du baptême…On voit bien que les baptêmes, les premières communions ou les confirmations, et pas seulement les eucharisties des dimanches, deviennent vraiment des événements de salut pour tous, quand ce sont des célébrations auxquelles toute la communauté participe. Je n’insiste pas , nous le constatons à St Joseph.

* Promouvoir l’aspect ecclésial

Le concile Vatican II, dans la constitution sur la liturgie, insiste sur trois points : préférer chaque fois que cela est possible la célébration commune des sacrements, y faire participer la communauté d’une façon active, et revaloriser les ministères liturgiques, à commencer par la chorale. C’est la seule façon dont les sacrements peuvent être des actions de grâce. D’une manière générale, c’est retrouver l’importance de la liturgie qui est essentielle à la vie d’une communauté. Mais, là aussi, inutile d’insister ici.

Les deux prochaines fois, nous prendrons les sacrements l’un après l’autre pour en étudier la signification, la liturgie avec la signification des rites et des symboles. Nous commencerons par les sacrements de l’initiation chrétienne le baptême et la confirmation.