III

Les premiers chrétiens

 

 

 

La dernière fois, nous avions dit que les sacrements, étant l'accueil de la présence de Dieu avec nous, l'accueil du don de Dieu, de son Esprit, n'étaient pas des rites magiques mais nécessitaient une évolution, un chemin dont nous avions trouvé une sorte de modèle dans le récit des Pèlerins d'Emmaüs. Ceci nous amène naturellement à nous demander si Jésus avait fondé les sacrements et ce que vivaient les premières communautés chrétiennes. Nous verrons successivement ce qui s'est passé dans la toute première communauté chrétienne. Puis, après quelques précisions de vocabulaire, nous examinerons ce qui se passait dans les communautés de Paul, de Matthieu, de Luc et de Jean

Les sacrements dans la toute première communauté chrétienne

C'est la question que l'on se pose toujours d'abord. Dès après la résurrection, les textes nous montrent qu'existaient le baptême et l'eucharistie, en somme le noyau fondateur de la vie sacramentelle de l'Église. A coté d'eux, on constate la présence d'un certain nombre d'actions qui servaient la vie de foi des premières communautés. Mais leur pratique reste floue, sans noms précis pour les désigner, encore moins de notions théologiques pour les rassembler. Commençons par la toute première communauté chrétienne. St Luc nous en fait une description dans les Actes des Apôtres. A la Pentecôte, les douze et d'autres disciples reçoivent l'Esprit Saint et tous les juifs, venus à Jérusalem de toutes sortes de pays pour la fête les entendaient proclamer mes merveilles de Dieu dans sa propre langue. Beaucoup disaient qu'ils étaient "pris de vin doux".

Alors Pierre prend la parole pour annoncer pour la première fois l'Évangile. Il commence par rappeler qu'ils ne sont pas soûls, mais remplis de l'Esprit comme l'avait annoncé le prophète Joêl, puis il fait une courte histoire de Jésus qu'il termine en affirmant sa résurrection et finalement affirme : "Que toute la maison d'Israël le sache avec certitude, Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié". Beaucoup sont touchés par cette parole et demandent ce qu'ils doivent faire et Pierre répond : "Convertissez-vous ; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez l'Esprit Saint". Notons tout de suite ces deux éléments du baptême antique : le pardon des péchés et la réception de l'Esprit.

Puis, les actes disent que ce jour-là, trois mille personnes se joignirent à la communauté. Enfin il y a comme un résumé de la vie de cette communauté où il est dit que tous ses membres "étaient assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières". Notons là l'expression de "fraction du pain", expression qui fut avec "le repas du Seigneur" la manière dont on désignait l'eucharistie.

Donc la toute première communauté chrétienne pratiquait le baptême et l'eucharistie. Nous commencerons donc par ces deux sacrements notre enquête dans le Nouveau Testament sur la pratique de ces deux sacrements dans les premières communautés chrétiennes. Ce faisant, nous chercherons s'il n'y a pas aussi d'autres gestes pratiquées dans ces Églises concernant d'autres réalités de la vie.

Des précisions de vocabulaire

Mais, préalablement, il faudrait que j'éclaircisse un peu le vocabulaire :

L'emploi du mot "sacrement" est attesté dans les premières traductions latines de la Bible grecque, soit au 2è/3è siècle. Le mot grec "mysterion" (mystère) sera traduit par le mot latin "sacramentum"

* Mysterion : ce mot que l'on rencontre souvent dans le Nouveau Testament est employé uniquement dans le sens apocalyptique. Vous savez qu'une apocalypse ne contient pas des prédictions sur l'avenir, mais une révélation. En l'occurrence, un mystère est la révélation de Dieu, de son amour. Dans les religions du monde grec ancien, il existait des "religions à mystère", c'est-à-dire des religions où les postulants devaient passer par des rites secrets d'initiation par exemple, un peu à la manière des francs-maçons d'aujourd'hui. A Pompei, on a retrouvé une maison que l'on appelle "la maison des mystères", car elle est décorée de fresques qui représente des scènes rituelles dont d'ailleurs on comprend mal la signification. Au premier et second siècle donc, le mot mystère servira à désigner le baptême et l'eucharistie. A partir du 4è siècle, on l'emploiera couramment pour désigner le mystère du Christ et les événements du salut auxquels le croyant participe dans et par les rites chrétiens.

* Cependant, déjà on employait le mot sacramentum sous l'influence de Tertullien, un des principaux Pères de l'Église. Pourquoi ce mot ? Tertullien était un juriste romain. Or, ce mot lui était familier car il désignait d'abord le serment que l'on prononçait en entrant dans l'armée ou quand on accédait à une fonction publique ; dans le monde romain, il s'agissait bien d'une consécration de soi-même à une autorité qui avait un caractère divin, l'empereur. Le mot désignait aussi la caution financière apportée au prêtre par un plaignant qui se soumet d'avance au jugement divin qu'il sollicite. Petit à petit, ce mot s'imposera dans le monde latin pour désigner les sacrements alors que le mot mystère restera employé dans le monde grec.

Les sacrements dans les premières communautés chrétiennes

Voyons donc ce qui se passait dans les premières communautés chrétiennes d'après les écrits du Nouveau Testament. Comme il est normal de penser que les pratiques et la signification des sacrements ont pu différer selon les communautés, nous les examinerons les unes après les autres.

1/ Dans les communautés de saint Paul

Nous commencerons par les Églises fondées par St Paul. Sa conversion date de 36 et son premier voyage missionnaire de 40 à 44. Les plus anciens écrits du Nouveau Testament sont les lettres qu'il a adressé aux Églises qu'il a fondées. La plus ancienne de ses épîtres est l'épître aux Thessaloniciens (Thessalonique, port grec en Macédoine), qui date de 51, soit vingt ans après la mort du Christ, alors que le premier évangile, celui de Marc date de 64 ou 65. Paul continuera d'écrire jusqu'en 67, date où il sera mis à mort.

Dans la première lettre aux Corinthiens qui date de 56, Paul parle du baptême (1 Co 1,11-17), mais en critiquant la manière dont les chrétiens de Corinthe le considéraient, faisant de celui qui baptise une sorte de gourou. Cependant, on voit bien dans ce texte qu'il s'agit d'une pratique très répandue dans toutes les premières communautés chrétiennes.

Il en est de même pour l'eucharistie dont nous trouvons, dans la même épître, un récit de l'institution de l'Eucharistie ( 1 Co 11,17-29 et 10,16-18) comme de pratiques déjà bien connues, ils font partie de la vie de l'Église. Il en parle d'ailleurs, non comme des nouveautés, mais parce qu'il constate que les Corinthiens ne célèbrent pas ces sacrements comme ils devraient. Lors des réunions où les chrétiens se réunissent pour le "repas du Seigneur", où ils font mémoire de ce que Jésus dit et fit la nuit où il fut livré, des divisions apparaissent. Apparemment, certains participent à un repas avant la fraction du pain et la coupe de bénédiction, alors que d'autres ("ceux qui n'ont rien") sont exclus et repartent avec leur faim. Peut-être cela fait-il écho à une situation sociale où le besoin de disposer d'un espace suffisant signifie que les réunions eucharistiques se passaient dans la maison d'un riche. Tous les chrétiens, y compris les pauvres et les esclaves, devaient être acceptés pour l'eucharistie dans la grande salle de la maison, mais sans doute le propriétaire n'invitait à sa table, pour le repas avant l'eucharistie, que ses amis aisés et gens de condition. Pour Paul, ou bien tous partagent le repas ou bien chacun mange chez soi. En effet, l'objet de la fraction du pain est bien entendu la communion et non la division.

A part ces deux sacrements fondamentaux, St Paul ne parle que de l'alliance conjugale (Ep 5,25-32). Les maris doivent calquer leur attitude sur celle qu'a eue le Christ, lui qui s'est livré pour son Église jusqu'à la mort. Peut-on dire qu'il s'agisse là d'un sacrement ? Il faut noter le thème de la purification, l'allusion à l'eau et à la parole qui rappellent le baptême. S'il y a sacrement, c'est le sacrement de l'alliance conjugale et non le "mariage", il ne s'agit pas du rite mais de la vie commune. L'amour conjugal, pour Paul, implique donc une certaine identification à Jésus-Christ dans le don de soi qu'il fait à l'Église. D'ailleurs il faudra attendre le 4è siècle pour voir apparaître les premiers éléments d'une cérémonie proprement chrétienne et le Moyen-Âge, pour qu'il y ait véritablement un rite du mariage. Dans l'antiquité, la femme qu'elle soit juive, grecque ou romaine était légalement considérée comme une mineure sinon une esclave. Alors vous pouvez constater que ce texte de Paul constitue un progrès par rapport à la mentalité ambiante, bien que nous ayons tendance à considérer St Paul comme un misogyne.

Pour en revenir au baptême, en fait Paul en parle surtout dans l'épître aux Romains. Il écrit qu'être baptisé, c'est refaire avec le Christ le chemin que lui-même a fait, un chemin vers la vie par le passage par la mort (Rm 6,3-6). Il s'agit alors d'un baptême par immersion, qui était un rite courant dans l'antiquité, le rite du baptême pratiqué par Jean-Baptiste : au-dessus de la surface de l'eau c'est la vie, en dessous c'est l'asphyxie, la mort. Donc dans le baptême chrétien, le baptisé disparaît sous l'eau, il est plongé dans la mort, il remonte de l'eau, il est sauvé, il est dans la lumière de la vie.

Quant à l'eucharistie, comme il le dit dans la même épître aux Corinthiens, c'est l'union du chrétien au corps et au sang du Christ, c'est être associé au Christ vivant sa passion, c'est vivre avec le Christ le mystère pascal. Dans la pensée de St Paul, ces gestes, ces sacrements, expriment ce qui est pour lui la démarche fondamentale : mourir et ressusciter avec le Christ.

On meurt avec le Christ maintenant pour ressusciter plus tard avec lui, mais déjà l'Esprit du Christ est en nous, la vie du Christ est active en nous. C'est ce que les sacrements nous appellent à vivre. Etre persécuté pour l'Évangile, communier aux souffrances du monde, mourir au péché, ce chemin de mort est le chemin qui mène à la vraie vie. Aussi celui qui vit les sacrements proclame aussi, par ce geste, la résurrection du Christ : Jésus est ressuscité et nous sommes appelés à une résurrection semblable à la sienne. Plus que cela d'ailleurs, Paul, dans ses dernières années, découvre que la vie du Ressuscité agit en nous, nous ne sommes plus seuls à nous débattre, nous devenons capables de réaliser ce que nous serions incapables de faire avec nos seules propres forces. C'est cela que nous vivons en vivant du baptême et de l'eucharistie.

* Conclusion : Paul insiste sur le mystère pascal. Il insiste aussi sur le fait qu'il s'agit, au-delà des gestes comme le baptême ou la fraction du pain, de prendre dans la vie de tous les jours le chemin de la vraie vie.

2/ Dans les communautés de St Matthieu

St Paul avait pour objectif, dans ses lettres, d'enseigner et de former les communautés qu'il avait fondées au cours de ses voyages. Les évangélistes, eux, n'ont pas tant pour but d'enseigner mais de témoigner auprès des membres de leur propre communauté et des communautés autour d'elle de ce qu'ils ont vu et entendu du Christ. Ceci dit, il est bien évident qu'ils entendaient aussi répondre aux questions que se posaient les membres de ces communautés.

Pour mémoire, l'évangile de Matthieu date de 80 et a été rédigé par un chrétien d'origine juive, en Syrie et attribué par la suite à l'apôtre Matthieu. L'attribution d'un texte à un personnage connu se faisait souvent en ce temps-là pour donner évidemment plus de poids audit texte. Il avait été précédé d'une collection des "paroles du Seigneur" en araméen, mais l'auteur de l'évangile a repris tout cela et a composé, non pas un récit, mais une synthèse de tout ce qu'on se souvenait du Christ, insérée dans la culture biblique juive et écrite en grec.

En ce qui concerne le baptême, il y a évidemment la phrase du Christ lors de sa dernière apparition : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du fils et du Saint Esprit…" (Mt 28,18-20). Il s'agit bien d'un ordre clair et précis. On peut donc dire vraiment que le baptême a été institué par le Christ. En outre, celui-ci affirme la réalité de sa présence en ajoutant : "Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps".

L'Église primitive reprendra pour célébrer le baptême, le rite du baptême de Jean-Baptiste, mais elle lui donnera une signification nouvelle. C'est ce qui explique l'insistance des quatre évangiles à raconter cet événement en détail. Si on reprend le texte de ce baptême dans l'évangile de Matthieu (Mt 3,11-17), on constate que les récits annoncent le futur baptême dans l'eau "et l'Esprit".

L'eucharistie est racontée en Mt 26,26-29. Il faut noter des différences avec le même récit dans Marc (Mc 14,20-23) et chez St Paul. Mt est le seul à insister sur le "Prenez, mangez …buvez en tous", adressé à tous les disciples, comme un ordre pour toute l'Église. Il est clair qu'il y a ordre de reproduire ce geste, c'est plus que faire mémoire au sens de se souvenir de ; la parole du disparu le rend présent alors même qu'on ne peut plus le voir, ni l'entendre, ni le toucher. L'Evangéliste dit bien que, ainsi, le Christ sera présent pour nous, suivant la phrase de la finale de l'évangile que je rappelais tout à l'heure "je suis avec vous jusqu'à la fin du monde". Là encore il s'agit bien d'un rite que le Seigneur a ordonné de faire.

Prière et pardon (Mt 18,12-35). Deux paraboles encadrent des paroles sur le pardon (celui offert par la communauté et celui offert par le frère offensé et, au centre, l'affirmation de la présence du Christ lors de la prière). Il s'agit bien là de prescriptions adressées à la communauté après la résurrection. Il est clair que le Christ ici ne s'adresse pas à ceux qui l'entourent, car alors il n'aurait pas eu à souligner sa présence. Là encore, il s'agit d'un mandat donné clairement à la communauté : Tout ce que vous lierez…(v 18).

La prière en commun a un caractère sacramentel puisque le Christ est présent, qu'elle est manifestation de cette présence.

Le pardon de la communauté : la pratique du sacrement de réconciliation hier et même aujourd'hui insiste sur le pardon offert par Dieu au pécheur individuel. Il faut noter ici qu'il s'agit d'un acte communautaire, avalisé par Dieu. De même c'est la communauté qui prend l'initiative d'aller rechercher la brebis perdue, c'est toute la communauté qui est concernée et pas seulement le ministre.

Le pardon offert par le frère offensé, est lui aussi un acte sacramentel car il s'agit d'un acte religieux (77fois 7 fois) et signe du pardon de Dieu.

A la fin de cet examen de ce que dit Matthieu, je crois qu'on peut vraiment affirmer que c'est bien le Christ qui a institué ces sacrements. Il faut bien noter aussi que Matthieu insiste sur le caractère communautaire des sacrements, c'est l'Église qui célèbre la présence du Christ. Paul insistait sur le mystère pascal, Matthieu, lui, insiste sur les instructions du Seigneur, sur sa présence à son Église et sur la vie de la communauté.

* Conclusion: Matthieu insiste sur les instructions données par le Seigneur. Baptême, eucharistie et pardon sont liés à la présence du Christ au milieu de son Église.

3/ La vie des communautés chez Luc

Luc est l'auteur de deux ouvrages : l'évangile qui parle de Jésus jusqu'à sa résurrection et les Actes des Apôtres qui part de l'Ascension et va jusqu'à la mort de Paul à Rome en 67. Ils sont à peu près contemporains de l'évangile de Matthieu (80). Les Actes sont une compilation des événements qui ont eu lieu dans diverses communautés locales, d'où Luc tire une certaine vision de l'Église et de la vie de ces premières communautés. Il part de la poignée de chrétiens qui existent à la Pentecôte à Jérusalem, pour terminer, 30 ans plus tard, en décrivant une Église qui s'est répandue sur tout le pourtour de la Méditerranée. On va surtout s'intéresser aux Actes parce que c'est dans ce texte que les sacrements sont insérés dans un contexte de pratiques.

Tout au long des Actes, Luc va donc décrire l'expansion de l'Église et l'adhésion de nouveaux membres aux communautés suivant un déroulement-type tel que celui de la Pentecôte (Ac 2, 14-40) : un phénomène extraordinaire se produit, un des apôtres explique que le prodige est un acte de la puissance divine en relation avec la résurrection du Christ. Les auditeurs convaincus adhèrent au message proclamé et reçoivent les sacrements d'intégration à la communauté, le baptême essentiellement. Vous le voyez, le schéma est simple : se repentir, un geste intérieur du nouveau croyant – se faire baptiser, un geste de la communauté – recevoir l'Esprit Saint, un geste de Dieu. Dieu intervient aux deux bouts de la chaîne.

D'ailleurs, il y a un peu plus loin dans les Actes, lors de la fondation de la communauté de Samarie une scène qui complète le scénario ci-dessus : Ac 8,5-17. Au baptême s'ajoute l'imposition des mains ; Philippe annonce l'Évangile, ses interlocuteurs se convertissent, il les baptise, mais ce seront des apôtres, Pierre et Jean, qui seront envoyés pour imposer les mains aux nouveaux convertis qui reçoivent l'Esprit Saint. Ainsi deux ministères sont exercés, celui de Philippe qui annonce l'Évangile et celui des Apôtres qui confirment ce baptême par l'imposition des mains.

Dans les Actes, on trouve à plusieurs reprises le résumé du culte du culte des premières communautés chrétiennes : Ac 2, 42-47 "Ils étaient assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières… Beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les Apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens pour en partager le pris entre tous selon les besoins de chacun…". Donc la catéchèse, la communion fraternelle, c-a-d le partage, la fraction du pain c-a-d l'eucharistie. Les Actes n'en décrivent pas la liturgie, c'est celle décrite dans le récit des Compagnons d'Emmaüs dans l'évangile du même Luc (24, 13-35), et la prière qui se fait au Temple à Jérusalem ou dans une maison entre disciples du Christ.

* Conclusion : chez Luc, les sacrements, nombreux, font vraiment partie de la vie des communautés chrétiennes, ils découlent de la prédication et inaugurent un nouveau style de vie.

4/ Les sacrements dans l'évangile de Jean

L'évangile de Jean a été écrit, dans une communauté de la province romaine d'Asie mineure, en 90 ou 100, soit plus de 60 ans après la mort et la résurrection du Christ. C'est le plus tardif des écrits du nouveau Testament. Aucun des membres de cette communauté n'a connu Jésus sauf Jean qui est alors un vieillard. Il s'agit de la deuxième génération de chrétiens. Sans doute baptême et eucharistie étaient pratiqués depuis longtemps, aussi cet évangile n'en parle pas. Mais il contient toute une symbolique qui rappelle sans cesse ces deux sacrements et approfondit leur signification :

Pour le baptême : Jésus affirme à Nicodème qu'il faut renaître d'eau et d'Esprit (Jn 3,1-8), l'infirme de la piscine de Bethesda est plongé dans l'eau qui le guérit (Jn5,1-18), l'aveugle-né recouvre la vue après s'être lavé (Jn 9,1-7), à la Samaritaine Jésus promet de l'eau vive (Jn 4,1-30), du coté de Jésus crucifié coule de l'eau et du sang (Jn19,31-34), …

Si on prend par exemple le discours à Nicodème, Jésus présente en quelque sorte le baptême comme faisant vivre au chrétien une naissance d'auprès du Père analogue à son incarnation ("Naître d'en-haut).Et Jean insiste sur la signification du rite : une naissance du haut en bas, du monde divin à la terre, immersion dans la piscine baptismale et remontée à l'air libre, retour vers les cieux. La vie du Christ a été descente par l'incarnation et remontée vers le Père par la mort et la résurrection. Le baptême fait vivre au chrétien un mouvement semblable : naissance à la vie divine qui vient du Père et remontée vers la vie éternelle par la foi au Fils de Dieu.

Pour l'eucharistie : le vin de Cana annonce le vin nouveau de l'eucharistie (Jn 2,1-12), La multiplication des pains est suivie d'un discours sur le pain de vie (Jn 6,22-58). La manne, don de Dieu aux hommes pour les faire vivre est une nourriture qui descendait du ciel. Elle est donc préfiguration du verbe incarné qui est lui-même pain vivant descendu du ciel. En outre, "Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement" (v 51) et plus loin "Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et loi je le ressusciterai au dernier jour"(v 54). Le lavement des pieds (Jn 13,1-16) symbolise la dernière scène, …

* conclusion : pour Jean, la vie du Christ elle-même est un baptême et elle est eucharistie. Les sacrements rendent donc présente la vie divine dont Jésus lui-même était porteur et permettent aux hommes de s'en imprégner.

Ainsi donc, dès les toutes premières communautés chrétiennes était en place le noyau de la vie sacramentelle de l'Église. Ce noyau n'avait pas d'autre nom que celui des deux actes qui le constituaient : le baptême et la fraction du pain. A côté d'eux, nous constatons d'autres actions qui fortifiaient la vie de foi des premières communautés. Mais leur pratique reste floue et elles n'ont pas de noms et aucune notion théologique ne les spécifie.