25 Sept
2011
Allez, en ce jour de rentrée paroissiale où nous
nous sommes levés bien tôt pour un Dimanche, je vous l’accorde et je suis
d’accord avec vous, afin de vous empêcher de vous rendormir tout de suite,
j’aimerais vous poser une question : pour vous, une paroisse,
qu’est-ce que c’est ?
Dans le droit de l’Eglise, qui répond au joli nom de « Droit Canonique », on lit ceci : « la paroisse est une communauté précise de fidèles qui est constituée de manière stable ( … ), et dont la charge pastorale est confiée au curé ( … ) sous l’autorité de l’évêque diocésain ». Le catéchisme de l’Eglise catholique ajoute : « elle est le lieu où tous les fidèles peuvent être rassemblés par la célébration dominicale de l’eucharistie » ( N° 2179 ). Et on lit un peu plus loin : « la paroisse est la communauté eucharistique et le cœur de la vie liturgique des familles chrétiennes ; elle est un lieu privilégié de la catéchèse des enfants et des parents » ( N° 2226 )
Le mot « paroisse » vient d’un mot grec qui signifie « voisinage, réunion d’habitations ». Historiquement, en Gaule, les paroisses n’apparaissent qu’au IV°s, car jusque-là tout se passait au siège du diocèse, la cathédrale ( le mot « cathédrale » venant lui-même du mot « cathèdre » qui désigne le siège ou s’assied l’évêque ). Là, l’évêque baptisait, enseignait, célébrait la messe entouré des autres prêtres et diacres, etc. Peu à peu les évêques nommèrent des prêtres résidents dans des petites villes ou des gros bourgs, premier pas vers le système paroissial. On prit à un moment l’habitude d’emporter dans les autres églises une parcelle de l’hostie consacrée par l’évêque afin de signifier l’unité. Mais c’est seulement le Concile de Trente, au XVI°s, qui imposera aux évêques de diviser systématiquement leur diocèse en paroisses. En France elles furent longtemps liées aux divisions administratives ( 1 commune = une paroisse ). Cela a beaucoup changé et changera encore beaucoup.
C’est le même Concile de Trente qui fixera avec grande précision le rôle du curé. Je vous rappelle ( ou vous apprends ! ) que le terme « curé » vient du latin « cura animarum », qui veut dire « avoir charge d’âmes ». Pas seulement l’âme des catholiques d’ailleurs, puisque pour l’Eglise la responsabilité du curé est le soin spirituel de tous les habitants du territoire paroissial, qu’ils soient chrétiens ou non. Le curé, avec ceux qui l’entourent, a donc la charge et la mission d’annoncer Jésus Christ à tous, et de rassembler en communauté d’Eglise les chrétiens de sa paroisse ( cf. « Théo », encyclopédie catholique, p. 1268 ). Annoncer, rassembler, deux mots qui pourraient nous servir de fil conducteur, en tenant sans cesse les deux.
Par-delà l’aspect
administratif, une belle définition de la paroisse a été donnée par Jean Paul
II, dans un texte datant de 1988. Il écrivait ceci : « la paroisse
n’est pas en premier lieu une structure, un territoire, un édifice. C’est avant
tout la famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme. C’est une maison
de famille fraternelle et accueillante. C’est la communauté des fidèles »
( exhortation apostolique « Christi fideles laïci », 26 )
Ces mots résonnent d’autant plus fort à saint Joseph des Epinettes que, lors de sa création en 1910, notre paroisse a été placée sous le patronage de saint Joseph, père de famille. Le premier journal de la paroisse s’appelait d’ailleurs « En famille ». Et il semble que cela a traversé le temps, car ce qui frappe les gens qui viennent à saint Joseph le Dimanche matin, c’est précisément le côté familial, où les gens semblent heureux d’être là, de se retrouver, et prennent plaisir à se parler, avant la messe un peu, après la messe beaucoup, pendant la messe parfois … Encore faut-il que, aux marges de la communauté, tout le monde puisse se sentir membre de cette famille, et ça, ce n’est jamais gagné ! Encore faut-il que, au cœur de la communauté, tout le monde ait conscience qu’une famille, c’est fait pour s’agrandir, et ça, ce n’est jamais gagné non plus !
Alors, comment se présente cette année 2011 / 2012 pour notre communauté paroissiale ?
- elle est d’abord placée sous le signe de la nouveauté : nouveau vicaire, à mi-temps, David ; nouvelle communauté de Sœurs, Emmanuelle, Catherine et Sherly ; nouvelle secrétaire, Odile. Heureux sommes-nous : une paroisse, comme toute institution, a une tendance naturelle à l’immobilisme, pour ne pas dire à la paralysie. Ces changements sont une chance à saisir, l’occasion de faire bouger des choses, d’apporter un regard neuf et du sang neuf dans notre fonctionnement. L’arrivée de David et celle des Sœurs s’est bien évidemment réalisée grâce à notre Vicaire Général, Mgr Nahmias. Cela signifie - je dis surtout cela pour les paroissiens de longue date - que les temps ont un peu changé : constatons avec joie que saint Joseph n’est pas ou n’est plus oubliée par le Conseil Episcopal. Après tout, il y a dans Paris 105 autres paroisses où l’évêque pouvait nommer David … Comme quoi l’Esprit Saint souffle parfois de bonnes idées aux évêques ! A condition bien sûr que les chrétiens se bougent un tant soit peu : comme le dit la sagesse populaire : aide-toi et le ciel t’aidera.
- Nouveauté aussi avec un Conseil Economique étoffé ( et féminisé ! ), et un Conseil Pastoral profondément renouvelé. Là encore, personnes nouvelles, idées neuves.
- Cette année est bien entendu, comme les autres années, placée sous le signe de la communion avec la vie diocésaine. Vous savez peut-être que le diocèse de Paris s’est engagé dans un plan pastoral sur 3 ans, « paroisses en mission ». La première année, 2009 / 2010, était centrée sur le thème « eucharistie et mission ». La deuxième année, 2010 / 2011, sur le thème « enfance et jeunesse ». La troisième année, 2011 / 2012, est centrée sur le thème « éthique et solidarité ».
Ethique : avec une année 2012 qui verra la France vivre des élections majeures, des questions très importantes vont apparaître ou ré-apparaître au premier plan : la question de l’euthanasie et de manière plus générale de la fin de vie dans une société où on vit de plus en plus longtemps, toutes les questions de bioéthique : recherche sur les embryons, mères porteuses, clonage et tant d’autres, la question du mariage homosexuel et celle de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, etc.
Il est du devoir de tous et donc aussi des chrétiens de s’informer afin de se faire une opinion, et le moment venu de faire le choix de son bulletin de vote en son âme et conscience. Ne comptez évidemment pas sur l’Eglise pour vous dire pour qui il faudra voter, la seule chose que l’Eglise puisse vous dire, et elle vous le dira, c’est : votez ! Mais n’oublions pas ces questions de fond qui touchent le cœur-même d’une société.
Solidarité : la crise économique et financière que nous vivons pose des questions à tout le monde et doit donc nous interroger, nous, chrétiens. Quelles solidarités mondiales, nationales et locales allons-nous essayer de faire vivre et grandir ? En temps de crise plus qu’en temps de croissance, la tentation est grande du repli sur soi, « moi d’abord et les autres s’il en reste », « chacun pour soi et Dieu pour tous », « la France et les Français d’abord », etc. C’est vrai des Etats, c’est vrai des organismes publics ou privés, c’est vrai des personnes. Nous savons tous combien, à longueur d’année, nous sommes sollicités par des demandes d’argent pour des causes diverses et variées. Mais plus que jamais la charité du Christ nous presse. Comme l’actualité, par définition, ne s’arrête jamais, les médias oublient et passent très vite à autre chose, mais les problèmes demeurent : qui se soucie encore d’Haïti ? Or, on ne va quand même pas nous faire croire que c’est devenu le paradis sur terre ? Qui parle encore des dizaines et dizaines de milliers de Somaliens qui meurent et vont mourir à cause de la famine ? Plus près de nous, à Paris, la pauvreté change de visage mais ce n’est pas pour cela qu’elle diminue. Notre archevêque met plus particulièrement l’accent sur la question du logement et celle de la solitude. Sur ce deuxième point d’attention, nous pouvons tous agir ! La grande ville génère des solitudes innombrables. Une communauté chrétienne ne peut pas s’en désintéresser. Combien de personnes viennent à la messe le Dimanche, chez nous, et vivent dans une solitude qu’on n’imagine même pas ! Alors, pour combattre ce terrible fléau, à vos idées !
Nous avons d’ores et déjà envisagé d’organiser cette année des rencontres, des témoignages, des conférences sur ce thème diocésain. Vous aurez l’occasion dans la journée d’apporter vos idées, vos suggestions, vos souhaits, etc, grâce au « panneau à idées » qui sera installé dans cette salle.
- En cette année 2011 / 2012, nous y avons travaillé avec le Conseil Pastoral, avec l’Equipe d’Animation de la paroisse, avec les catéchistes, avec les animateurs d’aumônerie, nous voudrions aussi enraciner davantage la vie paroissiale dans la prière. On le sait bien, et moi le premier : il y a tellement de choses à faire dans une journée que la prière, eh bien, on verra si on peut la caser quelque part. Si on démarre comme ça on est sûrs de ne pas y arriver. Et pourtant …. Une relation, ça s’entretient, ça se nourrit. C’est vrai de la relation entre les humains, c’est vrai de la relation avec Dieu. La prière, c’est comme la liberté de la presse, ça ne s’use que si on ne s’en sert pas.
Ce n’est pas une question de temps disponible : une brève prière le matin pour confier à Dieu la journée qui commence, ça ne prend que quelques secondes. Lire l’Evangile du jour, guère plus. Remettre le soir la journée écoulée entre les mains de Dieu, pas davantage. C’est modeste mais cela nous ouvre à la présence du Seigneur. Si on comprend que c’est important, on peut y arriver …
Dans la vie paroissiale, nous allons essayer de développer cette dimension de prière avec les enfants du caté et les jeunes de l’aumônerie.
Pour ce qui est des adultes, l’arrivée de David nous a permis d’ajouter des messes en semaine à des horaires qui ouvrent de nouvelles possibilités. Nous ne rajouterons pas de messe dominicale, car la messe du Dimanche a pour vocation de rassembler la communauté et non de la disperser.
En dehors de la messe, nous allons proposer de manière régulière une « lecture contemplative » de l’Evangile, forme de prière que nous avions expérimentée au cours du Carême 2011. Prendre une fois par mois entre 30 et 45 minutes pour Dieu, ça vaut la peine de s’y mettre, et si on le veut vraiment on pourra le faire. Cela ne demande aucune formation particulière, simplement l’envie de goûter la Parole de Dieu : elle prend une toute autre saveur lorsqu’elle est partagée et priée avec d’autres. Il n’y aura pas de prêtre présent : il est important et même essentiel, si on veut un tant soit peu préparer l’avenir, que les chrétiens prennent l’habitude de se retrouver pour prier ensemble autrement que pour la messe, donc sans présence nécessaire de prêtre. Cette prière aura lieu, sauf exception, le premier Lundi de chaque mois à 19 h 30.
Par ailleurs, et j’en suis très heureux, les Sœurs Franciscaines ont fait le choix de prier les offices de la journée, laudes, vêpres … non pas chez elles mais dans l’église, à l’oratoire, et ce, 7 jours sur 7. Leur prière est ouverte à tous, qu’on se le dise !
Comme l’an passé, nous aurons une fois par mois le Dimanche à 10 h 30 une « messe des familles », où enfants et adolescents sont plus spécialement invités, avec leurs familles. C’est là qu’on sent vibrer une communauté chrétienne, y compris avec des gens qu’on ne voit pas habituellement.
Enfin, comme chaque année, des temps spécifiques seront proposés pour l’Avent et le Carême, nous aurons l’occasion d’en reparler.
Je voudrais enfin attirer votre attention sur l’évolution de la population du quartier, évolution qui n’est pas sans conséquence sur la vie paroissiale. Le quartier des Epinettes reste bien sûr un étonnant mélange de populations diverses, diverses par la nationalité, par la couleur de peau, par le milieu socio-professionnel, par la culture, etc. C’est caractéristique des Epinettes : traversez l’avenue de Clichy, vous vous retrouvez aux Batignolles, c’est à quelques minutes à pieds mais vous changez de planète ! Les Epinettes, c’est encore un quartier de Paris où il n’y a pas de groupe dominant : ce n’est ni un quartier juif, ni un quartier chinois, ni un quartier de vieux, ni un quartier de riches, etc. Les Epinettes, c’est beaucoup de gens différents à la fois, et la paroisse aussi. L’école primaire de la rue Pouchet, qui jouxte l’église, accueille des enfants de près de 40 nationalités. Il en est de même à la paroisse : par exemple, dans mon équipe de jeunes de 4° à l’aumônerie l’an passé, j’avais : 2 Espagnols dont 1 Catalan, 1 Portugais, 1 moitié Corse moitié Anglais, 1 moitié Anglais moitié Congolais, 1 Congolais tout court, 1 Réunionnais, 1 moitié Breton moitié Brésilien et 2 Gaulois. Bien. C’est une richesse incroyable, merci Seigneur, nous en sommes, j’espère, tous intimement convaincus. Encore faut-il que tout le monde s’y retrouve, et c’est le défi qui nous est lancé. Je rêve que nous puissions et osions multiplier les rencontres entre générations mais aussi entre cultures : c’est ça, l’Eglise du Christ. La Pentecôte, c’est chaque jour.
Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’une nouvelle population arrive : celle de jeunes couples, plutôt cadres, ingénieurs, avocats, créateurs d’entreprises, des gens travaillant dans l’informatique ou l’événementiel, etc. On en voit de plus en plus à la messe le Dimanche mais surtout dans les préparations au mariage et au baptême. Cette arrivée de plus en plus visible s’explique évidemment par le prix des logements, qui deviennent inaccessibles aux Batignolles et je ne parle pas de la plaine Monceau. Déjà que chez nous, tout ce qui se construit vaut entre 7 000 et 11 000 € / m2 ... Mais cette nouvelle population est très mouvante : j’étais aumônier d’une équipe de couples, sur 5 couples 4 ont déménagé en quelques mois. Pourquoi ? Ces jeunes adultes restent très peu de temps sur le quartier, soit pour cause de mutation professionnelle, soit pour cause d’agrandissement de la famille, car les grands appartements sont rares dans notre secteur. Comment accueillir cette nouvelle population, sachant que ce sont des gens qui ne restent pas longtemps, que leur proposer, comment leur donner le goût de la vie en Eglise pour ici et pour là où ils iront, toutes les idées seront les bienvenues !
Pour mémoire, je voudrais enfin rappeler le nouveau quartier qui va naître tout près de chez nous, sur la ZAC Cardinet, c’est-à-dire sur les immenses terrains délimités par l’avenue de Clichy, la Porte de Clichy, le boulevard périphérique Ouest, la Porte d’Asnières, la rue de Saussure et la rue Cardinet. En quelques années ce seront entre 8 et 11 000 habitants qui vont arriver, et au moins autant d’emplois. Une vraie ville va donc naître aux portes de saint Joseph. C’est la paroisse sainte Marie des Batignolles qui aura la responsabilité pastorale de ce nouveau quartier, dans lequel va être implanté un lieu d’Eglise, la Maison Ozanam, à la fois lieu d’accueil et lieu de prière. Pourquoi sainte Marie et pas saint Joseph ? Tout simplement parce que sainte Marie a des moyens financiers que nous n’avons pas. La Maison Ozanam, qui sera située à 300 m de saint Joseph ( entre l’avenue de Clichy, la rue Cardinet et l’hôtel Ibis, au bord de l’actuelle impasse Chalabre ) ne sera pas ouverte avant fin 2014 au plus tôt. Mais à terme cette énorme opération d’urbanisme de la ZAC Cardinet va profondément modifier le quartier. Question subsidiaire, comme ça, en passant : comment va-t-on faire entrer plusieurs milliers de personnes supplémentaires dans les rames de métro de la ligne 13 ???
Et il faut également mentionner la rénovation considérable entreprise dans le quartier de la Porte Pouchet, du côté de la rue Pierre Rebière notamment. Ce n’est pas du projet à long terme, c’est en route. Là aussi le quartier change et va changer très profondément. Ne l’oublions pas dans nos projets paroissiaux !
Voilà quelques réflexions de début d’ année. Une année que le Seigneur nous donne à inventer et à vivre ensemble !
P. Philippe BERNARD
Journée de rentrée
paroissiale Sept 2011