SENS
DU MOT
Vient
du latin concilium, mot formé à partir de cum ( ensemble, avec
) et calare ( appeler ). Un concile est donc une assemblée réunie
par convocation. C’est à peu près l’équivalent du mot grec ekklesia,
avec lequel il a une racine commune : le verbe appeler.
A
QUELLE ECHELLE ?
Les
conciles peuvent être convoqués à différentes échelles : ils peuvent
être pléniers quand ils rassemblent les membres d’une conférence épiscopale
( le plus souvent, une nation ), mais ils peuvent aussi être provinciaux.
Les pouvoirs de ces conciles particuliers sont
larges, ils sont cependant soumis à l’approbation de Rome.
Mais
ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont les Conciles universels, appelés
conciles œcuméniques. Le mot « œcuménique » vient d’un mot
grec qui désigne l’ensemble de la terre habitée. Convoqué par le Pape, le
concile œcuménique rassemble les évêques du monde entier. Son travail se construit
à partir de projets ( schémas ) établis par des commissions préparatoires.
C’est le Pape qui confirme et signe les décisions des conciles. « Le
Collège des évêques exerce le pouvoir sur l’Eglise tout entière de manière
solennelle dans le Concile Œcuménique » ( Code de Droit Canonique ) ;
mais « il n’y a pas de Concile Œcuménique s’il n’est comme tel confirmé
ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre » ( Vatican II,
« Lumen Gentium » )
DES
CONCILES, POUR QUOI FAIRE ?
La
foi chrétienne est toujours la même, dans tous les lieux et à toutes les époques.
Mais la vie des hommes, leur vie familiale, professionnelle, sociale, les
relations internationales, la culture, varient considérablement selon les
époques. L’Eglise est immergée dans un monde en perpétuelle évolution. Il
est donc nécessaire qu’il y ait une constante traduction du message évangélique
en des termes compréhensibles pour les hommes d’une époque donnée. La révélation
chrétienne est achevée avec le dernier des apôtres, mais les explications
se poursuivent sans cesse. C’est ici qu’interviennent les conciles. Aucun
concile ne gomme les précédents, mais il précise, développe, et surtout tente
de répondre aux questions posées par l’évolution du monde : par exemple,
les Pères du premier Concile de Constantinople, en 381, ne se posaient pas
la question de l’attitude chrétienne face aux manipulations génétiques, face
à l’Islam, devant les rapports Nord Sud ou le développement des moyens de
communication planétaire.
Jésus
Christ est le même hier, aujourd’hui et demain, mais l’expression de la foi
s’adapte en permanence aux réalités du monde : ce sont à des personnes
situées dans le temps que l’Evangile s’adresse.
Un
regard attentif sur les conciles est d’ailleurs une bonne approche de l’histoire
de l’Eglise, car ils se situent toujours à des moments névralgiques de cette
histoire.
A
GRANDS TRAITS …
L’Eglise
catholique reconnaît 21 conciles œcuméniques ( l’Eglise orthodoxe, elle, ne
reconnaissant que les huit premiers, c’est-à-dire ceux ayant eu lieu
avant le schisme, la séparation des Eglises d’Orient et d’Occident en 1054
). Les voici avec leurs principaux sujets de travail :
…
Et on va commencer par un 22°, le premier de l’histoire de l’Eglise :
c’est l’assemblée de Jérusalem, en l’an 49, soit 19 ans après la résurrection
de Jésus. Il nous est raconté au chapitre 15 du livre des Actes des Apôtres :
il y a un problème à régler ( celui de ce que l’on doit demander aux chrétiens
issus du monde païen : faut-il leur imposer les prescriptions de la loi
judaïque, notamment la circoncision ? ). Une assemblée des Apôtres et
des Anciens ( plus Paul, Barnabé et quelques autres ) se réunit et prend une
décision. Donc : question, assemblée, débat, décision. Le schéma ne changera
pas sur le fond.
Voici
les 21 conciles œcuméniques :
I :
325 : Nicée 1 : la divinité du Christ. Le concile va notamment débattre de la nature de Jésus
( homme et Dieu ) et arriver à la formulation du symbole de Nicée, qui sera
affinée au concile suivant et donnera notre actuel Credo ( symbole de Nicée-Constantinople
). On y fixe aussi la date de Pâques ( près de 300 ans après la résurrection
de Jésus ! )
II :
381 : Constantinople 1. Le concile du Saint Esprit. Il fixe donc le symbole de la foi, et y inclut notamment
la divinité du Saint Esprit ( « avec
le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire » )
III :
431 : Ephèse. Marie, Mère de Dieu ! On reparle de l’unité de personne de Jésus, et on proclame Marie Mère
de Dieu ( le concile ne fait qu’officialiser une piété populaire très ancrée
)
IV :
451 : Chalcédoine. Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Encore la question des deux natures de Jésus, humaine
et divine, en une seule personne. Jésus-Christ est Dieu, Jésus-Christ est
homme.
V :
553 : Constantinople 2. Le concile de la confusion des pouvoirs ( spirituel
et temporel ). L’empereur
Justinien publie des traités de théologie, décide de ce qui est hérétique
ou non, convoque le concile … Cela va être la première opposition grave entre
l’Eglise de Rome et celle de Constantinople.
Lutte contre des hérésies concernant encore les deux natures de Jésus
et remettant en cause la question de Marie, mère de Dieu.
VI :
680 : Constantinople 3. La fin de la querelle christologique. Encore la question de la nature de Jésus Christ !
La fin de quatre siècles d’interrogation sur l’identité profonde de Jésus.
VII :
787 : Nicée 2. Le concile des images. La question de l’utilité et de l’utilisation des images ( statues, icônes, etc ) : peut-on leur vouer un
culte quelconque ? Le fossé se creuse de plus en plus entre Orient et
Occident.
VIII :
869 : Constantinople 4. Pape contre patriarche. Aggravation du conflit entre les Eglises d’Orient
et d’Occident. On réfléchit aussi sur le rôle de la tradition dans la vie
de l’Eglise.
Les conciles du Latran : après le schisme de 1054, l’Occident
s’organise.
IX :
1123 : Latran 1. La vie interne
de l’Eglise et la querelle des investitures : la consécration épiscopale
revient au Pape. Condamnation de la simonie, rappel de la règle du célibat
sacerdotal.
X :
1139 : Latran 2. Vie interne
de l’Eglise. Réaction face aux nombreux anipapes ( conséquence de l’intervention
laïque en matière d’investiture ). Renforcement
de la règle du célibat des prêtres ( déjà contestée par les Orientaux au 7°s
). Interdictions diverses : mariages consanguins, tournois, utilisation
de l’arbalète … Nouvelle proscription de l’investiture laïque.
XI :
1179 : Latran 3. Vie interne
de l’Eglise. Condamnation des cathares. Mode d’élection des Papes ( 2/3 des
voix des cardinaux : c’est encore en vigueur aujourd’hui ). Exigences
sur la vie des clercs. Réglementation de l’âge d’accès au presbytérat et à
l’épiscopat.
XII : 1215 : Latran 4. Même programme, plus la
question de la libération de la Terre Sainte. Précisions dogmatiques sur la
Trinité, l’Eglise, les sacrements. Obligation de la communion et de la confession
annuelle ( règle minimale ) Combat contre l’immoralité et la mondanité des
clercs. Rappel aux prêtres des devoirs de leur charge.
XIII :
1245 : Lyon 1 : France, terre d’asile. ( installation du Pape à Lyon ) dépose de l’empereur
Frédéric II, et défense de la Terre Sainte.
XIV :
1274 : Lyon 2 : la volonté d’union. On retrouve une certaine unité avec l’église grecque ; mode d’élection
des Papes ( naissance du conclave, pour éviter les pressions politiques ).
XV :
1311 : Vienne. Le roi ( Philippe le Bel ) contre le pape ( Boniface VIII
) Dissolution de l’Ordre des Templiers, réforme des ordres
mendiants, naissance de la notion de mission à la place de celle de croisade.
Réglementation de l’exemption religieuse.
XVI :
1414-1428 : Constance. Une assemblée de salut public ! Fin du grand schisme d’Occident ( jusqu’à trois Papes
à la fois : Rome, Avignon, Pise ! ). Décrets « conciliaristes »
( le pouvoir suprême n’appartient pas au Pape mais au Concile universel )
Condamnation de l’hérésie de Jean Huss.
XVII :
1431-1445 : Bâle, Ferrare, Florence, Rome. Le concile, le pape et les
grecs. Conflit entre le Pape Eugène
IV et le concile ( thèses conciliaristes ). Important travail théologique
d’union avec les Eglises d’Orient ( sur le Filioque, le purgatoire, la légitimité
du pluralisme liturgique …) : décret commun d’union entre grecs et latins.
XVIII :
1512-1517 : Latran V : la papauté domine l’Europe. Les occasions manquées ( époque de Savonarole,
Erasme et Luther ). Condamnation des thèses conciliaristes et concordat avec
François I°. Restriction de l’exemption religieuse.
XIX :
1545-1563 : Trente. L’Eglise se reprend. 200 Pères sont réunis. Ce concile accomplit un
énorme travail à la fois de doctrine et de remise en ordre de l’Eglise. On
y travaille beaucoup la question de la liberté de l’homme et de la prédestination
( opposition avec les protestants ). Travail sur les sacrements ( on en fixe
définitivement le nombre : sept, alors qu’il n’en existe que deux pour
les protestants). Mise en chantier d’un catéchisme pour les fidèles. Le Concile
plaide pour une vénération raisonnable des saints et l’utilisation des images ;
insistance sur la formation intellectuelle et spirituelle des prêtres :
création des séminaires.
XX :
1869 : Vatican 1 : l’autonomie de l’Eglise et l’affaiblissement
de son pouvoir politique et militaire.
Il est convoqué par Pie IX. Plus de 700 Pères. Les évêques orientaux sont
invités, mais pas les représentants laïcs des pouvoirs politiques. On travaille
sur les rapports entre foi et raison ; constitution sur l’Eglise, primauté
et infaillibilité pontificale. Le concile est interrompu par la guerre franco-prussienne
et l’invasion de Rome par les troupes du Piémont.
La
papauté a perdu son pouvoir temporel, le vieux rêve des « deux glaives »
ne tient plus. Mais l’autorité du Pape sur l’Eglise en sort renforcée, et
il devient davantage le chef indiscuté de centaines de millions de catholiques.
XX1 :
1962-1965 : Vatican II : le dialogue tous azimuths. renouveau de l’Eglise, sa présence au monde ;
œcuménisme ; relations avec les autres religions.
Sources : « Théo,
encyclopédie catholique »
F.
BECHEAU : « histoire des Conciles »