PLAN

 

 

 

 

L’EGLISE   OÙ,  QUAND,  COMMENT ?

 

 

 

I/   Quand, comment, où est née l’Eglise ?

 

II/   La naissance de l’Eglise : les premières communautés chrétiennes

 

III/   Marie et l’Eglise

 

IV/   Hors de l’Eglise, point de salut

 

V/   Comment vivre en Eglise ?

 

 

 

 

 


REFLEXION(S) SUR L’EGLISE

 

 

Deuxième rencontre : Décembre 2002

 

 

 

Lors de la première rencontre avec Philippe BERNARD, vous avez pu approfondir ce qu’est l’Eglise. Alors, commençons par un petit sondage sur les moments qui pourraient constituer la naissance de l’Eglise ? Quels sont-ils et lequel privilégiez-vous ?

 

 

I -   QUAND, COMMENT, OÙ EST NÉE L’ÉGLISE ?

 

- La réponse la plus commune me semble être la Pentecôte (Ac 2, 1-13). C’est un évènement considérable. La Pentecôte était une fête juive qui commémorait le don de la Loi à Moïse sur le Sinaï. Or, ce jour-là, cinquante jours après la Résurrection du Christ au matin de Pâques, l’Esprit Saint vient se répandre sur la foule rassemblée autour des Apôtres et de Marie. Au moment où Jésus meurt, aux pieds de la croix se trouvent seulement Marie, quelques femmes dont Marie-Madeleine et l’Apôtre Jean. Les récits de Résurrection soulignent la difficulté à croire de beaucoup. La Pentecôte va permettre par le don de l’Esprit aux disciples de témoigner que Jésus est vivant. Ce que fera de suite Pierre….. s’ensuit ce dialogue avec la foule présente : « Que devons-nous faire ? » demandent beaucoup. Pierre répondit : « Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit » .3000 furent baptisés ce jour-là (Ac 2, 37-41). Cet évènement est fondateur de l’Eglise. Se réalise ce que Jésus a promis au moment de l’Ascension : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit- Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Tout le livre des Actes des Apôtres retrace ce développement de l’Eglise. Nous y reviendrons plus tard. Notons déjà que c’est à Antioche que les disciples de Jésus reçoivent le nom de chrétien (Ac 11, 26).

 

 

-        Au moment où Dieu choisit un peuple pour faire habiter son nom :

 

Voilà une autre réponse possible. Les prémices de l’Eglise sont bien là lorsqu’ Abraham reçoit l’appel de Dieu : « Va-t’en de ton pays, de ta parenté et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai ». Abraham quitte Ur en Chaldée pour la Palestine, le pays de Canaan. Dieu lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Les membres de l’Eglise font bien partie de cette lignée. D’ailleurs, Jésus lui-même parle d’Abraham : lors d’une controverse avec les Juifs dans l’Evangile selon St-Jean (8, 56) : « Abraham, votre père, exulte à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie ». Ainsi tous les évènements de la première alliance font partie de l’histoire de l’Eglise ! La famine et le départ pour l’Egypte, cette longue période d’esclavage, en Egypte puis l’Exode, la libération, l’entrée en terre promise, toutes les invasions successives, l’exil à Babylone, … toute cette histoire du peuple d’Israël est aussi notre histoire car Dieu a fait habiter son nom dans ce peuple choisi avant d’étendre sa promesse à tous les peuples. A travers ces évènements, Dieu a parlé au peuple d’Israël, Il nous parle aussi, il me parle aussi à travers eux aujourd’hui.

Le peuple d’Israël, tout spécialement lorsqu’il est réuni en « assemblée » est donc bien une préfiguration de l’Eglise. St- Paul désigne l’Eglise par le terme l’Israël de Dieu. La vigne qui fait l’objet de toute l’attention du bien aimé est aussi comme une pierre d’attente de l’Eglise (voir Isaïe 5) : « que pouvais-je faire pour ma vigne que je n’aie fait ? » (54). La bien aimée du cantique des cantiques qui est l’objet de la quête et de la séduction du bien aimé : voilà une autre préfiguration de l’Eglise Epouse du Christ. L’Eglise est aussi l’épanouissement de ce « petit reste » dont avaient parlé les prophètes, de ce « petit reste » du « plus petit de tous les peuples » que le Seigneur avait promis de réunir après sa dispersion (Jr 23, 3 – Dt 7, 7).

St- Paul, quant à lui, dans le célèbre passage sur le mariage (Ep 5, 31-32) indique que l’union d’Adam et Eve préfigure celle du Christ et de l’Eglise : ce mystère est grand dit l’apôtre ! Ce passage est un de ceux le plus souvent cité pour fonder l’indissolubilité du mariage.

 

 

-        Avant même la création du monde :

 

« Béni soit Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C’est ainsi qu’Il nous a choisis en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ » (Ep 1, 3-5).

 

Ainsi peut-on dire que dans le plan de Dieu, l’Eglise a toujours existé comme l’homme a toujours existé. Avant même de venir au monde, avant même sa conception, un enfant a déjà sa place dans le cœur de ses parents. Cette comparaison ne prétend pas tout expliquer. Le Christ existe avant sa venue sur terre, autrement dit avant l’incarnation (St- Paul dit par exemple : « Tout a été créé par lui et pour lui ; Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui » (Col 1, 16-17). Dans le Credo, nous disons « Par lui, tout a été fait ». De même peut-on dire que l’Eglise, qui est l’épouse du Christ, n’a pas de commencement.

Dans le sens courant et dans la suite de notre démarche, je vous propose de situer le début de l’Eglise au jour de la Pentecôte, cinquante jours après la Résurrection au matin de Pâques.

 

 

 

II -   LA NAISSANCE DE L’EGLISE : LES PREMIERES COMMUNAUTES CHRETIENNES

 

Pour suivre ce point, il est indispensable de parcourir les Actes des Apôtres qui montrent comment l’Eglise va partir de Jérusalem pour aller jusqu’à Rome. Il est donc vivement conseillé de suivre la formation donnée par M. LECARON !

 

La première communauté chrétienne est donc celle de Jérusalem, cette communauté à laquelle on aimerait ressembler « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun : ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons (eucharistie), prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de chacun » (Ac 2, 44-46). Nous avons déjà là un magnifique résumé de ce que réalise une communauté chrétienne ou l’Eglise elle-même : la prière et la louange à Dieu à travers notamment l’Eucharistie, le partage des biens entre ses membres.

 

Pierre et Jean s’adressent aux juifs uniquement. Ce n’est qu’après la rencontre de Corneille que Pierre comprendra que le salut est aussi donné aux païens, c’est à dire aux non Juifs (Ac 10, 1 – 11, 18). Pierre et Jean vont être arrêtés puis relâchés. La dispersion provoquée par les multiples persécutions permettra paradoxalement à l’Eglise de grandir. C’est une constance de l’histoire de l’Eglise : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Le 20ème siècle a vu de nombreux martyrs de la foi donner leur vie pour le Christ.

Notons que les premiers Apôtres ne cessent de demander la force de l’Esprit- Saint pour pouvoir annoncer la Parole de Dieu (Ac 4, 31). Après la dispersion suite à la lapidation d’Etienne, Philippe part en Samarie. La Phénicie, Chypre et Antioche voient l’arrivée de disciples qui annoncent le Christ. C’est à Antioche que, pour la première fois, ils reçoivent le nom de chrétiens (Ac 11, 26). Paul qui se convertit sur le chemin de Damas va être l’instrument choisi par Dieu pour évangéliser les nations païennes.

C’est lui qui va permettre à l’Evangile d’être connu jusqu’à Rome grâce à ses quatre voyages missionnaires décrits dans les Actes des Apôtres. Notons qu’au moment de la famine sous l’Empereur Claude, il est décidé d’envoyer des secours aux frères de Judée (Ac 11, 28-30) . La charité vécue en actes est dès l’origine une composante de la vie de l’Eglise. Paul comme le Christ monte à Jérusalem où il est arrêté. Il en appelle à l’Empereur en tant que citoyen romain et c’est à Rome qu’il sera décapité. Pierre aussi meurt martyr sous l’Empereur Néron vers 64 . A la suite de l’incendie de Rome, les chrétiens dont Pierre sont accusés d’être responsables et beaucoup sont martyrisés.

Un élément clé de l’histoire est le premier Concile de Jérusalem. « Fallait-il circoncire suivant l’usage de la Loi de Moïse ? » Il est décidé d’abandonner cette pratique et de simplement demander aux fidèles de ne pas manger les viandes immolées aux idoles (Ac 15).

 

Au tout début, l’Eglise est appelée la voie, sans doute en référence à Celui qui est le chemin, la vérité, la vie. Elle est perçue comme une secte juive. Grâce à l’épisode du centurion Corneille et à Paul, l’Eglise s’ouvre aux nations. Les premiers chrétiens se désignent aussi par le terme « poisson ». Poisson se traduit en grec par iktus, dont l’anagramme veut dire : Jésus-Christ fils de Dieu Sauveur.

 

 

III -   MARIE ET L’EGLISE

 

Vous avez remarqué que le chapitre 8 de la constitution conciliaire « Lumen Gentium » s’intitule : « la Bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise ». Marie est discrète mais il est bon de lui laisser un peu de place. Joseph qui a donné son nom à notre paroisse est encore plus discret !

 

Il est difficile de parler de l’Eglise en omettant Marie. Les mêmes symboles bibliques sont appliqués dans la tradition à l’une et à l’autre. Quels sont-ils ? Elles sont la nouvelle Eve, l’arbre du Paradis, l’Arche d’Alliance, la Porte du Ciel, la cité de Dieu, la Femme forte du livre des Proverbes, l’Epouse ornée pour paraître devant son Epoux, la femme ennemie du serpent et ce grand signe apparu dans le ciel que décrit l’Apocalypse : la femme vêtue du soleil et victorieuse du Dragon. L’une et l’autre sont après le Christ la Sagesse elle-même. L’une et l’autre sont notre mère. Marie nous a été donnée par Jésus sur la croix. En disant à Marie : « Femme, voici ton fils » et à Jean « Voic,i ta mère » (Jean 19, 25-27), Marie devient mère de tout disciple du Christ et donc notre mère. L’Eglise est mère car chaque jour, elle donne à Dieu de nouveaux fils par le baptême. Une inscription au baptistère de St-Jean de Latran dit : « A cette source l’Eglise, notre mère, enfante de son sein virginal les fils qu’elle a conçus sous le souffle de Dieu ». Marie et l’Eglise sont aussi toutes deux mère du Christ. Par les sacrements et tout particulièrement l’Eucharistie, l’Eglise donne le Christ au monde. Nous mêmes pouvons en un sens enfanter le Christ : « voici ma mère et mes frères ! Quiconque fait la volonté de Dieu, celui là est mon frère, et ma sœur et ma mère » (Marc3,34-35).

 

Jean-Paul II a toujours eu une dévotion très forte envers Marie. Il a récemment encouragé les chrétiens à prier le rosaire et a ajouté pour le Jeudi les mystères lumineux : baptême du Seigneur, Cana, la Transfiguration, l’Institution de l’Eucharistie ; le cinquième passage doit être celui où Jésus dit : « Je suis la lumière du monde » ( dernier point à vérifier).

 

Nous pouvons critiquer l’Eglise dans son fonctionnement. Elle est composée d’hommes et donc de pécheurs et aussi de gens imparfaits (même s’ils sont appelés à être sauvés !). Jésus en choisissant les Douze n’a pris ni les plus beaux ni les plus intelligents ! Malgré les imperfections de l’Eglise, parlons d’elle avec respect car on ne renie pas sa mère. Pensons au langage des jeunes : « mais t’as insulté ma mère ! »

 

 

 

 

IV -   HORS DE L’EGLISE POINT DE SALUT

 

Cette formule de St- Cyprien mérite des explications. Le salut, c’est l’action qui permet de sauver comme par exemple l’acte d’aller chercher un enfant dans l’eau le sauve de la noyade. En ce sens, Jésus-Christ est l’unique Sauveur. C’est le mystère pascal qui nous sauve.

Jeanne d’Arc disait : « Le Christ et l’Eglise, c’est tout un ». Aussi pour être sauvé en Jésus-Christ, il faut connaître l’Eglise et en particulier recevoir le baptême. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » dit Jésus ressuscité (Mc 16, 16).

 

Le salut ne peut passer que par Jésus-Christ. Mais, me direz-vous, un Juif, un musulman seront-ils sauvés ? Le Concile Vatican II a répondu à cette question. Nous devons tenir que tout homme, d’une manière que Dieu seul connaît, pourra être sauvé par le mystère pascal du Christ (Gaudium et Spes 22, 5).

 

V -   COMMENT VIVRE EN EGLISE ?

Voici 5 propositions de signes pour la vie en Eglise aujourd’hui :

 

1)     que nos communautés soient au service de l’humanité. Il s’agit d’humaniser l’homme comme Jésus a commencé à faire en guérissant les malades. C’est le sacrement du frère, puisque Jésus s’est identifié à lui, en particulier à celui qui a faim, soif ou est sans logement, malade, etc.. ( Mt 25, 31).

 

2)     que nous soyons témoins de l’Amour, que les Béatitudes nous rendent heureux. « C’est à l’Amour que vous avez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra comme mes disciples » (Jean 17,23)

 

3)     annoncer la Bonne Nouvelle en paroles en témoignant de Celui qui nous fait vivre

 

4)      se retrouver entre chrétiens pour partager ensemble et discerner les signes de l’Esprit- Saint dans notre vie.

 

5)     prier et célébrer notre Seigneur avec joie.

 

Pensons dans tout cela à la place des plus pauvres. Eux aussi doivent trouver leur place dans notre Eglise. A nous de savoir les inviter et les écouter ! Pensons par exemple aux équipes fraternelles (ces équipes ont pour but de permettre aux plus pauvres d’exprimer leur foi et leur prière).

 

Terminons par la Prière de Mgr Guy DEROUBAIX, ancien Evêques de St- Denis. Elle reprend pas mal des points évoqués. J’aurais préféré pour ma part le terme « être l’Eglise » plutôt que « faire Eglise ». L’Eglise ne nous est-elle pas d’abord donnée avant même que nous en soyons les Pierres Vivantes ?

 

 


FAIRE EGLISE

 

Faire une Eglise où l’on aime être ensemble, se retrouver

Qu’il y ait du bonheur à vivre ensemble.

 

Faire une Eglise où l’on peut respirer, dire ce que l’on pense,

Tout simplement, sans se faire exclure et sans exclure ceux

Qui pensent autrement.

 

Faire une Eglise dont le peuple dira, non pas :

« Voyez comme ils sont organisés », mais

« Voyez comme ils s’aiment ! »

 

Faire une Eglise où l’audace de faire du neuf

Sera plus forte que l’habitude de faire toujours comme avant.

 

Faire une Eglise où le plus simple des frères,

Celui qui ne sait ni lire, ni écrire,

Comprendra ce que l’autre dira.

 

Faire une Eglise où les richesses des uns, le savoir des autres

N’éloignent personne, mais sont au service de tous.

 

Faire une Eglise où chacun pourra prier dans sa langue,

S’exprimer avec sa culture et exister avec son histoire.

 

Faire une Eglise où l’Esprit- Saint pourra s’inviter

De temps en temps

Parce que tout n’aura pas été prévu, réglé, décidé

à l’avance.

 

Monseigneur DEROUBAIX