RÉFLEXION(S) SUR L’ÉGLISE
Première
rencontre : Octobre 2002 - "Que dit l'Église
d'elle-même" ![]()
Deuxième rencontre :
Décembre 2002 -"Où,
Quand, Comment ?" ![]()
Troisième rencontre : Janvier 2003 - La
place de Chacun ..." ![]()
Quatrième rencontre : Mars 2003 - L'Organisation
de l'Église ..." ![]()
Cinqième rencontre : Avril 2003 - Les
Conciles..." ![]()
Sixième
rencontre : Juin 2003 - Les Grands
Événements de l'Église ![]()
( Ce texte est, en fait, plus qu’une œuvre personnelle, un commentaire et une « compilation » des documents cités en référence à la fin . Ph B )
PLAN :
Introduction
1. Repère bibliques
2. Que dit l’Eglise d’elle-même ? Professions de Foi. Textes officiels
INTRODUCTION
« L’Eglise dit que … » « L’Eglise a pris position sur telle question … »
« L’Eglise est trop ceci ou pas assez cela » « L’Eglise n’est plus comme autrefois »
« L’Eglise est riche » « L’Eglise est contre le plaisir »
Que de phrases assénées comme des vérités définitives ! Mais, lorsque l’on parle de l’Eglise, de quoi parle-t-on ? On peut d’ailleurs aussi se demander « de quelle Eglise parle-t-on », car le mot peut désigner des réalités très différentes : pensons par exemple à l ‘ »Eglise de Scientologie ». Nous nous limiterons évidemment à la nôtre, l’Eglise catholique romaine.
Qu’est-ce donc que l’Eglise ?
Je vous propose tout d’abord que chacune et chacun se pose cette question très simple … enfin, du moins, simple à poser, et y réponde spontanément, loyalement :
- - pour moi, l’Eglise, qu’est-ce que c’est ?
Est-ce une organisation ? Une société humaine ? Un pouvoir religieux ? Un conservatoire de valeurs morales ? Un groupe spirituel ? Une multinationale de la charité ? Un lieu de vie fraternelle ? Autre chose ( quoi ? ) ?
Chacun étant maintenant muni de sa propre réponse, nous allons essayer de nous y retrouver, de nous donner quelques repères.
Pour cela, nous allons procéder en deux temps. Rien de très original dans ce que je vous propose, mais il faut parfois revenir à des notions simples et basiques si on veut comprendre des choses plus compliquées. On peut avoir un très bel appartement, il faut toujours en avoir la clé pour y entrer …
- Premier temps : quelques repères bibliques. Que dit-on de l’Eglise dans la Bible ?
- Deuxième temps : que dit l’Eglise d’elle-même ? Au cours des siècles, et plus particulièrement au cours des dernières décennies, comment l’Eglise se définit-elle elle-même ? Pour cela, nous découvrirons ou redécouvrirons quelques textes officiels.
1. REPERES BIBLIQUES
Vous savez sans doute que le mot « Eglise » vient d’un mot grec, ekklèsia, qui veut dire « assemblée »,« rassemblement ». Le mot évoque aussi une notion de convocation : on se rassemble non pas par hasard mais parce qu’on est convoqué par quelqu’un. C’est ce mot qui a été choisi dès l’époque apostolique, c’est-à-dire le premier siècle, pour désigner le groupe des disciples de Jésus ressuscité.
Et pourtant, Jésus lui-même a très peu utilisé ce mot d’ « Eglise » : une fois en tout et pour tout. Il parle en revanche très souvent du Royaume de Dieu ( ou Royaume des cieux, ce qui revient au même ), du règne de Dieu. Il se battra contre l’ambiguïté dont ce mot était porteur dans son peuple : « ma royauté n’est pas de ce monde », répond-il à Pilate ( Jn 18,36 ). « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » lui demandent les disciples au jour de l’Ascension ( Ac 1,6 ). Mais Jésus ne parle pas de l’Eglise, mise à part la célèbre phrase adressée à Pierre : « tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » ( Mt 16,18 ). L’Eglise est, en quelque sorte, l’ébauche, le chantier actif mais inachevé du royaume de Dieu.
Les langues latines, comme le Français ( ecclésial, ecclésiastique … ), ont généralement transcrit directement le mot grec : Iglesia, ecclesia. Les langues germaniques et anglo-saxonnes, elles, utilisent davantage des mots dérivés du grec kyriakê qui signifie «du Seigneur » (pensez à Kyrie eleison ) : Church, Kirche. L’Eglise est donc selon les langues et les traditions désignée plus particulièrement comme l’assemblée ou comme l’assemblée du Seigneur. Les deux ne sont évidemment pas incompatibles, mais complémentaires : dans tous les cas, l’Eglise se reconnaît comme l’assemblée des hommes convoqués par le Seigneur.
Mais revenons aux écrits bibliques. Différents mots sont utilisés pour parler de l’Eglise.
Prenons les choses dans l’ordre chronologique, et commençons donc par l’Ancien Testament.
Vous allez me dire : « quoi, on parle de l’Eglise dans l’Ancien Testament ? » Eh bien, oui, ou du moins, on parle de la réalité qu’est l’ekklésia, traduction d’un mot hébreu, qahal, l’assemblée, et plus précisément l’assemblée du peuple de Dieu.
De quoi s’agit-il ? de l’assemblée convoquée pour un geste religieux : cf. Dt 4,10 ; tout le chap. 23 : « l’assemblée du Seigneur » ; 31,30. Un mot à peu près équivalent en grec pour traduire l’hébreu est le mot synagôgè. Eglise et synagogue sont donc, à l’origine, deux termes à peu près synonymes : cf. Jc 2,2. Les chrétiens se réserveront peu à peu le premier terme, laissant le second aux Juifs refusant le christianisme.
Il est tout naturel que Jésus, qui fonde un nouveau peuple de Dieu en continuité avec l’ancien, l’ait désigné par le mot biblique qui désigne l’assemblée religieuse : Mt 16,18. Les premiers chrétiens utiliseront des mots allant dans le même sens : Eglise / assemblée de Dieu ( 1 Co 1,2 ),voire Israël de Dieu (Ga 6,16 ). Et la première épître de saint Pierre, en faisant une citation composite de deux textes de l’Ancien Testament
( livre de l’Exode, livre d’Esdras ), parle précisément de peuple de Dieu, expression qui sera abondamment reprise par le Concile Vatican II, nous y reviendrons : 1 P 2,9-10.
Venons-en maintenant aux autres termes utilisés dans le Nouveau Testament par les premiers chrétiens pour désigner l’Eglise. En voici une liste ( pas forcément complète, mais l’essentiel y est ) :
QUELQUES NOMS DONNES A L’EGLISE DANS LE NOUVEAU TESTAMENT
Bercail ( bergerie ) Jn 10,1-16
Troupeau Jn 10,1-16
Champ de Dieu 1 Co 3,9
Vigne Mt 21,33-43
Construction de Dieu 1 Co 3,9
Maison de Dieu 1 Tim 3,15
Temple saint Ep 2,21
Notre mère Ga 4,26
Cité Sainte Ap 21,2
Jérusalem d’en haut Ga 4,26
Famille de Dieu Ep 2,19
Corps du Christ Ga 3,27-29
1 Co 10,17 . 12,13
Assemblée de Dieu 1 Co 1,2
Peuple de Dieu 1 P 2,10
Epouse du Christ Ga 5,23-30
L’épouse immaculée Ap 19,7
Demeure de Dieu chez les hommes Ap 21,3
Quel(s) terme(s) aimons-nous ou n’aimons-nous pas ? Pourquoi ?
« Le mystère de l’Eglise ne peut se laisser enfermer dans une seule définition. Aussi, est-ce, comme le dit le Concile Vatican II, « sous des images variées que la nature intime de l’Eglise nous est montrée » (Constitution sur l’Eglise, Lumen Gentium, chap 6 )
Ces images sont multiples : aucune n’a la prétention de dire la totalité du mystère. Chacune en souligne un aspect. L’important est de les faire jouer les uns avec les autres, sans se limiter à une seule. Tel croyant, ou telle communauté ecclésiale, ou telle époque, peut donner sa préférence à l’une ou à l’autre. Tous ont à admettre que le regard qu’ils portent sur l’Eglise est partiel et qu’ils ne peuvent laisser dans l’ombre les aspects de l’Eglise auxquels ils portent moins d’attention » (« Catéchisme pour adultes » paragr. 293 )
2. Que dit l’Eglise d’elle-même ?
Autre regard sur l’Eglise : Regardons à présent ce qu’en disent nos
Professions de foi
- Dans le symbole des Apôtres ( né au II° s, sous sa forme actuelle depuis le VI° s ) : « je crois à la sainte Eglise catholique »
- Dans la profession de foi baptismale : id°
-Dans le symbole de Nicée ( 325 ) – Constantinople ( 381 ) : « je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique ». Arrêtons-nous un instant sur cette formule.
Une : cette unité vient, en fait, de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit. Car l’unité de l’Eglise n’est pas une question d’organisation ou de discipline : c’est une question de communion ( d’où le terme « excommunié » pour désigner la séparation d’avec l’Eglise ) Une seule et même foi, un seul baptême qui fait de tous les disciples du Christ un seul peuple. « Illuminée de la lumière du Seigneur, elle répand ses rayons dans le monde entier : mais une est sa lumière partout diffusée, sans que l’unité de son corps en soit morcelée » ( saint Cyprien, évêque de Carthage, 3° siècle )
Sainte : cela ne veut pas dire parfaite ! Nous savons bien que l’histoire de l’Eglise est malheureusement entachée d’erreurs et de médiocrités. La sainteté ne signifie pas la perfection, mais le fait d’appartenir à Dieu. L’Eglise est sainte parce qu’elle prend sa source en Dieu qui est saint. Dans l’Eglise, tous sont appelés à la sainteté : tout baptisé doit travailler à faire rayonner le royaume de Dieu par la sainteté de sa vie.
Catholique : c’est saint Ignace d’Antioche qui, le premier, au début du II° siècle, emploie le mot « catholique » pour désigner l’Eglise : « là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique ». Le mot signifie d’abord que l’Eglise est destinée à s’étendre à toutes les nations, mais aussi sa capacité à accueillir et unir, sans les détruire, toutes les diversités humaines et culturelles.
( Note :le mot « catholique » a bien, dans le symbole de Nicée-Constantinople, ce sens d’« universel » et non d’opposition aux Eglises protestantes ou orthodoxes, qui n’existaient pas à l’époque de ces Conciles ! )
Apostolique : affirmer que l’Eglise est apostolique, cela signifie deux choses : 1.que sa foi est reçue des apôtres, et 2.qu’elle est rassemblée et gouvernée par les successeurs des apôtres que sont les évêques.
Ces quatre « notes » : une, sainte, catholique et apostolique, se complètent et se renvoient l’une à l’autre. Dire l’Eglise « une », c’est dire qu’elle est communion. La dire « sainte », c’est la situer dans le projet de Dieu. La dire « catholique », c’est la situer dans la diversité du monde. La dire « apostolique », c’est la situer dans l’histoire en continuité avec ses origines.
Abordons quelques textes un peu plus denses ou plus arides : voici des définitions de l’Eglise extraites de textes officiels, c’est-à-dire publiés par les évêques, ou sous leur autorité.
QUELQUES DEFINITIONS « OFFICIELLES »
… et d’abord celle que j’ai apprise au catéchisme quand j’étais gamin : « Qu’est-ce que l’Eglise ? L’Eglise est la société de tous les chrétiens fondée par Jésus-Christ, gouvernée par le Pape et les évêques unis au Pape »
( Catéchisme à l’usage des diocèses de France, édition 1947 p. 70 )
« L’Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »
( Concile Vatican II, Constitution sur l’Eglise « Lumen Gentium », introduction )
« Le Royaume du Christ n’est pas de ce monde : l’Eglise ( est le ) peuple de Dieu par qui ce royaume prend corps ( id°, chap. 2 paragr. 13 ) (…) L’Eglise est sur terre le germe et le commencement du Royaume » (id° chap. 5 )
"L’Ecriture désigne l’Eglise comme un mystère, autrefois caché en Dieu mais aujourd’hui dévoilé et en partie réalisé. Mystère d’un peuple encore pécheur, mais possédant les arrhes du salut, parce qu’il est l’extension du Corps du Christ, le foyer de l’amour ; mystère d’une institution humano-divine en laquelle l’homme peut trouver la lumière, le pardon et la grâce »
( Vocabulaire de Théologie Biblique, article « Eglise »)
« L’Eglise est le peuple de l’Alliance : un peuple qui, sans cesse, prend conscience de lui-même et s’organise ; un peuple qui, sans cesse, reprend conscience de sa mission ; un peuple dont la mission est d’être signe pour les autres peuples »
( « Théo », p. 547 )
« L’Eglise est le peuple de la Nouvelle Alliance : ( elle est ) un peuple convoqué, appelé, rassemblé pour, à son tour et au nom de Dieu, convoquer et appeler les hommes à la communion pour laquelle ils sont faits"
( « Catéchisme pour adultes » des Evêques de France, IV° partie chap. 1 paragr. 277 )
« L’EGLISE : Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit Saint »
(« Catéchisme de l’Eglise catholique » p. 171 )
« Dans le langage chrétien, le mot « Eglise » désigne l’assemblée liturgique, mais aussi la communauté locale ou toute la communauté universelle des croyants. Ces trois significations sont en fait inséparables. « L’Eglise », c’est le peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient ainsi elle-même Corps du Christ »( « Catéchisme de l’Eglise Catholique », page 165 paragr. 752 )
« Le mot « Eglise » signifie « convocation ». Il désigne l’assemblée de ceux que la Parole de Dieu convoque pour former le Peuple de Dieu et qui, nourris du corps du Christ, deviennent eux-mêmes corps du Christ . L’Eglise est à la fois visible et spirituelle, société hiérarchique et corps mystique du Christ. Elle est une, formée d’un double élément humain et divin» ( id°, p. 171, paragr. 777 )
Terminons par un document peu connu mais révélateur : c’est le
PLAN DE LA CONSTITUTION « LUMEN GENTIUM »
Cela dit bien comment nous devons aborder l’Eglise, à savoir comme un peuple réuni par Dieu et non comme une société pyramidale :
Chap. 1 : « le mystère de l’Eglise »
Chap. 2 : « le peuple de Dieu »
Chap. 3 : « la constitution hiérarchique de l’Eglise et spécialement l’épiscopat »
Chap. 4 : « les laïcs »
Chap. 5 : « l’appel universel à la liberté dans l’Eglise »
Chap. 6 : « les religieux »
Chap. 7 : « le caractère eschatologique de l’Eglise en marche et son union avec l’Eglise du ciel »
Chap. 8 : « la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise »
RÉFERENCES DES DOCUMENTS UTILISÉS
Concile Vatican II : constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Gentium » 1964
Petit dictionnaire de théologie catholique 1970
Vocabulaire de Théologie Biblique, 5° éd ( 1981 )
« Théo », encyclopédie catholique, 1989
Catéchisme pour adultes des évêques de France 1991
Catéchisme de l’Eglise Catholique 1992
Traduction biblique œcuménique ( T.O.B. )