Et maintenant, nous allons vous donner un aperçu rapide, aussi exact que possible de l'état actuel de la Paroisse.
Si nous allons du moins noble au plus élevé, nous parlerons d'abord de la question matérielle et ce sera surtout pour féliciter et remercier nos paroissiens de leur inépuisable générosité. Sans cesse sollicités et quêtés pour les œuvres générales du diocèse, et les leurs, ils ne se lassent pas de donner. Notre quartier n'est pas fortuné, tous nos paroissiens, à peu près sans exception, sont des travailleurs, et actuellement surtout ils n'arrivent à vivre qu'avec beaucoup de restrictions. Malgré cela, d'après mes calculs, c'est à plus de 100.000 fr. chaque année, que s'élèvent les dons qui sont faits pour la paroisse et les œuvres.
Les noces d'argent de notre paroisse ont été l'occasion de faire à notre église certains travaux qui s'imposaient et d'abord la réfection des terrasses. L'église où nous sommes est recouverte de terrasses qui ont une superficie de 800 mètres carrés. En 25 ans, elles se sont usées, fendillées. Les jours de pluie l’eau s’infiltrait, tachait les murs, tombait sur les fidèles en prière, à l’occasion sur les cercueils ou sur les mariés. Si nous ne voulions pas assister à la dégradation progressive et à l’effondrement prochain de notre église, il fallait en toute hâte obvier au danger. Notre église possède également une très belle crypte où nous avons huit réunions par semaine ; les murs en sous-sol sont toujours dans l'humidité ; il y avait là encore un gros travail à accomplir. Le devis des entrepreneurs pour les terrasses et la crypte s'élevait à 80,000 fr. Par ailleurs les murs inférieurs de notre église, maculés par les infiltrations d'eau, offraient un spectacle lamentable. Nos fidèles et nous-mêmes n'avions pas du tout l'impression de prier dans de la beauté. Nous nous risquâmes à faire faire un autre devis pour la décoration intérieure ; il s'élevait, comme le premier, à 80.000 frs. C'était 160.000 fr. à trouver, et à trouver rapidement. Imitant, en tout petit, notre archevêque, avec le désir, nous aussi, de faire travailler quelques entrepreneurs et leurs ouvriers, l'idée nous vint de deux emprunts pour les deux séries de travaux, emprunts un peu spéciaux, inspirés de la Loterie Nationale. Nos paroissiens étaient invités à prendre d'une part, (.....) entre le clergé et les fidèles d'autre part.
Cet esprit de famille, de simplicité et de cordialité a toujours été maintenu et développé, c'est pourquoi on a voulu que le titre du journal paroissial fut « En Famille » ; c'est pour cette raison aussi que le texte qui orne le beau tableau du fond de notre église est : « Alma Familiae Praeses », « Chef de la Sainte Famille ».
A l'époque de la Grande-Guerre il y avait 4 ans que la Paroisse était fondée. Les œuvres s'étaient établies les unes après les autres en grand nombre : Conférence de St-Vincent de Paul, Cheminots, Confrérie du St-Sacrement, Vocations, Âmes du Purgatoire, etc.. D'autres vicaires, aussi ardents que les premiers, avaient été envoyés par l'archevêché. La Paroisse était en plein rendement. Grâce à l'activité du clergé, à l'inépuisable charité du pasteur, grâce aussi à la participation sans cesse renouvelée des fidèles, l'église et sa crypte étaient meublées, un orgue de 20 jeux était installé ; tout marchait à souhait.
La mobilisation générale est décrétée : 4 vicaires sur 5 partent au front, un seul reste avec M. Conteville ; l'un des partants cependant, après examen médical, est renvoyé à son ministère à cause de son cœur malade. C'était celui que la Paroisse n'oubliera jamais : l'abbé Musset ; à force de volonté, il devait le faire tenir, ce cœur, jusqu'en 1923.
Trois prêtres devaient donc faire le travail de 6. Ils tinrent bon. Mais le pasteur devait payer de sa vie les fatigues excessives de ces années terribles.
En 1918 l'abbé Conteville apprend qu'un prêtre malade vient d'arriver dans le quartier. Il va le visiter, s'intéresse à son sort ; bien qu'il habite assez loin de l'église, il lui promet de lui porter la Sainte Communion tous les jours. Pendant de longues semaines il s'impose cette fatigue supplémentaire. Chaque jour encore, après son déjeuner, il retourne le voir pour lui tenir compagnie et lui témoigner son fraternel attachement.
Enfin, c'est le 11 novembre, l'armistice est signé, le canon ne se fera plus entendre, les soldats vont rentrer dans leurs foyers, les vicaires des Epinettes mobilisés vont pouvoir reprendre leur poste ; l'abbé Conteville est au comble de la joie. Par un concours de circonstances inespérées, les 3 vicaires mobilisés arrivent en même temps en permission le jour de Noël, leur curé les invite à sa table pour le lendemain midi. Le matin de ce jour 26 décembre, il va comme de coutume porter la Sainte Communion au confrère souffrant : ce ministère accompli, il redescend, est pris d'un malaise subit, s'affale au pied de l'escalier ; on accourt pour le secourir, il avait rendu le dernier soupir. Il était mort dans l'exercice de la charité sacerdotale, épuisé de fatigue, martyr de son dévouement à sa chère Paroisse des Epinettes.
Il était mort comme l'un de ses vicaires, M. l'abbé Ebus, qui 3 ans auparavant, en mars 1914, avait succombé à une congestion pulmonaire et avait dit à son curé dans ses derniers moments : « Dites bien aux fidèles qu'étant le premier prêtre mourant à leur service, j'offre de grand cœur le sacrifice de ma vie pour leur sanctification et le bien de cette nouvelle paroisse ».
Avec le même esprit d'apostolat mourront dans la suite deux autres vicaires. L'Abbé Musset, dont je citais le nom tout à l'heure, en 1923, l'abbé Vitu en 1930. Tous les quatre s'étaient donnés tout entiers, sans réserve, à leur ministère. Les plaques de marbre qui dans cette église rappellent leur souvenir font mémoire aussi des sentiments qui les ont animés.>
S'ils étaient attachés à cette paroisse, les fidèles le leur rendaient bien. Leur convoi fut pour chacun d'eux un véritable cortège triomphal dont gardent un souvenir ému et profond, ceux qui en furent les témoins.
L'esprit de famille qui régnait dans cette paroisse à la mort de M. l'abbé Conteville a été recueilli, entretenu et développé par celui qui fut appelé à lui succéder, le curé actuel de Saint-Dominique. Par sa grande bonté et son esprit de conciliation, par sa parole pleine de cœur, grâce au zèle des prêtres qui furent ses collaborateurs, la paroisse et ses oeuvres vécurent 7 années de prospérité.
Ce fut le 8 novembre 1925, que le Cardinal Dubois m'a nommé pasteur de celte paroisse. Dès le jour de mon installation j'ai été très heureusement impressionné par l'affabilité et la cordialité que me témoignèrent mes nouveaux paroissiens, et ce fut pour moi un précieux réconfort dans la profonde tristesse que j'avais de quitter les Grésillons où j'avais fait un séjour de 16 ans.