Nouvelles de 2002

Nouvelles de 2003 

Nouvelles de 2004 

 


 

 

P.  Bertrand de BOURRAN                                                                                               Le 10/01/2004madacarte.jpg (48198 octets)

BP29 415 

MANDRITSARA

MADAGASCAR                                                                                                                         (cliquer sur la carte pour l'agrandir)

 

Chers parents. Chers amis.

C'est de Marotandrano (cliquer pour la situer sur la carte), en ce début d'année que je vous adresse cette nouvelle  lettre qui voudrait refléter un peu ma vie de missionnaire dans un poste de brousse, au Nord de Madagascar.

Cette année, je suis rentré trois mois en congés. Ce temps m'a fait du bien au niveau de la santé mais surtout par les rencontres que j'ai pu avoir avec les uns et les autres. Je n'ai pas pu vous rencontrer tous, je m'en excuse, mais l'important ce sont les liens que nous pouvons garder.

Après l'année 2002 mouvementée au niveau politique, l'année 2003 a été plus paisible malgré les multiples problèmes que rencontrent le pays. Tout le monde espère que le pays est sur la bonne pente. Dans la capitale, le changement se fait sentir. Dans la brousse rien n'a encore changé si ce n'est quelques routes nationales qui commencent à être réparées mais les projets vont s'étaler sur plusieurs années, vu l'ampleur des chantiers. Quelques projets avancent, financés par la banque Mondiale. Mais ce qui est malheureux, c'est que l'argent vient toujours de l'étranger, le pays est sous perfusion permanente. Dans les brousses, les gens ne payent pas d'impôts et en ville ils sont très faibles vu le faible pouvoir d'achat de la majorité des familles. En 2002 nous avions eu l'élection des députés, dont une grande majorité était du parti du nouveau président Marc Ravalomanana. En novembre nous venons d'avoir l'élection des maires. Là aussi le parti du président a eu une grande majorité. Le président tient toutes les commandes du pays pour dit-on : « un vrai développement » que tout le monde espère. Mais à la base les mentalités n'ont pas changé. La recherche d'un argent facile et rapide par n'importe quel moyen est toujours d'actualité. Les problèmes d'insécurité et de feu de brousse qui avaient diminué en 2002, ont repris en 2003. Personne ne trouve de solutions à ces deux problèmes !

Dans la mission il y a eu des changements en 2003. Le Père Fidèle qui était à Mandritsara nous a rejoint en février. En septembre le Père Justin est parti en France poursuivre des études et un nouveau séminariste L'Hâot est venu renforcer l'équipe, où depuis le mois de janvier œuvre Julien un coopérant. Son travail consiste à aider les instituteurs à converser en Français. Il s'occupe aussi d'une pépinière pour un reboisement sur le terrain de la mission en plus de tournées en forêt pour identifier les différentes espèces d'animaux dans le secteur. La mission a vécu un moment fort cette année, en juin. Le Nonce apostolique, ambassadeur du pape à Madagascar, a visité les quatre missions du diocèse. Il a eu le courage de venir jusqu'à Marotandrano. Les chrétiens et les autorités locales ont été très honorés et heureux d'accueillir une telle personnalité dans ce coin reculé. Nous avons profité de son passage pour bénir la maison des soeurs qui était presque finie.

Je suis un prêtre qui rêve de faire de la pastorale seulement, mais face à la situation locale, cela est impossible. Je passe une partie de mon temps à ouvrir les esprits au développement local pour une meilleure vie dans cette région. Dans la plaine autour de Marotandrano, le riz est roi ainsi que les boeufs. Là ce sont les problèmes d'insécurité qui régnent.

Dans la zone de forêt où se fait la culture sur brûlis, les gens vivent actuellement des temps difficiles car l'année dernière le riz a été mangé par les criquets. Heureusement cette année un hélicoptère a traité les zones infestées. Le riz devrait être joli à la prochaine récolte. Mais avant le mois de mars, le manioc sera le plus souvent le menu quotidien, le riz restera un rêve. Dans cette zone depuis trois ans, nous commençons à voir des marais aménagés en rizière. C'est un début prometteur. Pourquoi ces gens changent-ils aujourd'hui ? Plusieurs facteurs entrent enjeu. Ils sont poussés par une croissance démographique ? Jusqu'à présent les gens gagnaient de nouvelles terres. Actuellement toutes les terres ont un propriétaire. Les gens sont libérés pour accepter ce changement. Libérés par qui ? Par Jésus-Christ. Les premiers qui lancent le mouvement sont toujours des chrétiens. Ils ont découvert cette libération intérieure. Ils ont découvert que Jésus les aiment et que cet amour est plus fort que leurs peurs ancestrales. D'une vie axée sur le passé, ils se tournent vers une espérance que nous offre Jésus-Christ: la Vie éternelle. Quel beau cadeau, que l'on oublie souvent.

Oui il y a encore beaucoup de freins, mais en vivant à leur rythme durant des tournées, de deux semaines ou plus, je peux mieux prendre conscience de ces freins qui pèsent sur eux. Comment se projeter dans l'avenir pour une famille, quand la récolte n'est pas garantie ? Comment se projeter dans l'avenir pour une famille, quand deux enfants meurent la même année? Comment se projeter dans l'avenir, quand la vie côtoie la mort tous les jours ? Oui c'est ainsi: les vivants vivent à proximité de la mort. Tous les projets peuvent être remis en cause par la mort d'un membre. L'occidental peut se projeter dans l'avenir car il a rejeté la mort loin des vivants. Ici nous vivons avec la mort. L'espérance de vie est encore faible. Le rythme de vie des projets avance donc à un rythme différent de celui de l'Europe. C'est difficile à comprendre et à accepter pour tous les organismes et ONG qui travaillent ici. Il faut en passer par-là. Si on regarde le changement sur 5 ou 10 ans, il est faible, mais si on l'observe sur 50 ou 60 ans, il est considérable. Mais quel est l'organisme qui peut travailler sur une telle période, à part l'Eglise pour qui le temps ne compte pas.

Le projet de la route en forêt se poursuit toujours. En 2002, 6 km ont été réalisés à la main. En 2003, les gens n'avaient pas de riz, ce fut donc difficile et il a fallu travailler à la pelle pour ouvrir la route à flanc de colline: un très gros travail qui est presque fini. Pour la première tranche il reste 18 km La motivation est là, le nouveau maire aussi est motivé, et si les récoltes ne sont pas trop mauvaises dans les années à venir, dans trois ou quatre ans cela devrait être fini.

Sur la mission, les constructions continuent à petite vitesse. La maison des soeurs est enfin terminée. Elles sont toujours trois soeurs à travailler sur le secteur. Au niveau de l'école si notre dossier est accepté par la Banque Mondiale, nous devrions construire 4 salles de classes pour finir l'école primaire de Marotandrano. Nous avons également un autre dossier pour trois salles de classes dans un village de brousse. Au centre du village, notre grand projet c'est la construction d'une grande salle pour les diverses rencontres et spectacles. Lés briques sont déjà faites, une partie des pierres sont là, un cinquième de l'argent est réuni mais j'attends encore la réponse d'un dossier de demande de financement. Un autre projet est la construction de petites maisons pour accueillir les enfants de brousse qui viennent étudier ici. A l'école nous avons 340 élèves cette année avec 9 classes. L'effectif est encore faible mais il devrait progresser dans les années à venir. Au mois de juin à l'examen national de fin de Cm2 nous avons eu 34 élèves reçus sur 34. Une belle récompense pour tous les instituteurs ! Les enfants ont soif d'apprendre mais les parents ne savent pas toujours répondre à ce désir par manque de conscientisation. Le gouvernement fait des efforts pour la scolarisation des enfants. Mais le vrai problème c'est que les instituteurs n'ont aucune conscience professionnelle et manque de formation et de motivation.

Grâce à l'aide technique de l'association « Hydraulique sans Frontières » qui nous a envoyé un professeur de technique à la retraite, Michel, et son épouse Jeannine institutrice à la retraite, nous avons pu réaliser un barrage pour irriguer des rizières dans un petit village à côté de Marotandrano. Le chantier fut difficile pour différentes raisons : acheminement des matériaux, motivation des maçons. Mais il fut une réussite au niveau technique surtout par son innovation. Il a permis de former plusieurs personnes qui seront capable d'en construire d'autres du même style. La demande est grande, nous pourrons en réaliser d'autres si le financement suit. Et encore merci aux bénévoles, Michel et Jeannine, pour leur témoignage, leur courage et leur persévérance.

Grâce à une dermatologue de Bordeaux, nous avons pu soigner deux malades dont l'un était malade depuis 20 ans. Le SIDA est arrivé dans la région de Mandritsara. Il n'y a pas eu encore de décès d'un malade confirmé mais l'explosion risque d'être rapide dans les années à venir. Nous aurons ce problème en plus à assumer.

Depuis Marotandrano qui va rester isolé quelques mois durant la saison des pluies, je vous adresse ces quelques nouvelles du bout du monde. Mais le Christ est le même ici et là-bas et notre espérance dans le ressuscité est la même. C'est donc avec une grande espérance une grande joie que je vous souhaite une année remplie de rencontres qui vous permettent de mieux connaître celui qui est la source de toute vie.

Pour me faire parvenir de l'argent ou des intentions de messes, il est conseillé

-D'établir le chèque à l'ordre du : SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES (sans aucun nom de personne)

-Joindre à l'envoi une lettre d'accompagnement indiquant le nom du missionnaire.

-Envoyer le tout à l'adresse suivante :

PROCURE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES - 128 rue du Bac - 75341 PARIS Cedex 07

> Retour Haut de Page<