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P.  Bertrand de BOURRAN                                                                                               Le 14/01/2002madacarte.jpg (48198 octets)

BP29 415 

MANDRITSARA

MADAGASCAR                                                                                                                         (cliquer sur la carte pour l'agrandir)

 

Chers parents. Chers amis.

C'est de Marotandrano (cliquer pour la situer sur la carte), la nouvelle mission où j’œuvre depuis un an et demi, que je vous adresse des nouvelles.

Cette année, je suis rentré un mois en France ; certains ne l'ont pas su, car ce fut très rapide. Le samedi 8 septembre, ma sœur Isabelle a prononcé ses vœux perpétuels chez les Sœurs hospitalières du Sacré cœur de Jésus qui s'occupent d'handicapés physiques et mentaux. Ce fut une célébration émouvante, surprenante pour beaucoup, car l'on en voit si peu en France. Et pourtant il y a toujours du travail pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ de différentes manières. Ce court séjour m'a permis de reprendre contact avec certains. Je m'excuse auprès de ceux que je n'ai pu rencontrer faute de temps, mais je vous donne rendez-vous au printemps 2003.

L'année 2001 fut marquée à Madagascar par un événement international : l'éclipse totale du 21 juin. Événement exceptionnel et grandiose pour les occidentaux, mais ici ce fut un moment de peur intense comme jamais le pays n'en avait connu. Durant trois mois, les politiciens et les fonctionnaires ont installé une peur face à cet événement, jusque dans les coins de brousses les plus reculés. Pendant l'éclipse, les Malgaches se sont enfermés dans leurs maisons en bouchant toutes les entrées de lumière pour ne pas devenir aveugle. Durant l'éclipse, je me suis promené en moto. Je n'ai jamais vu les villages aussi calmes. Il en était de même dans tout le pays. La parole du prêtre pour les rassurer n'a eu que peu de poids. Mais durant ces trois mois, le gouvernement en a profité pour mettre en place le Sénat et les chefs de province qui sont en grande majorité du parti du président.

Au niveau mondial, en comparant le PIB par habitant, Madagascar est au 195° rang sur 207. Le pays ne peut que progresser. Dans les villes comme Tananmadavillage.jpg (7948 octets)arive, la capitale, il semble qu'il y ait une légère amélioration due aux capitaux qui viennent de l'extérieur et aux zones franches qui emploient des milliers de couturières. Le nombre d'étrangers ( Chinois et Français ) ne cesse d'augmenter. Une vie à l'occidentale se crée sur Tananarive pour ces élites. Mais un pays peut-il se développer durablement en ignorant les bases rurales et paysannes qui sont les fondements de sa société ?

Le 16 décembre nous avons eu l'élection présidentielle. Le président Didier Rastiraka a été président de 1975 à 1992, puis de 1997 jusqu'à aujourd'hui. Il tient en main toute la société malgache. Il est signe de stabilité au niveau international mais ce n'est pas toujours l'idéal au niveau national. Face à lui se trouve le maire de Tananarive : Marc Ravalomanana qui semble apporter une nouvelle espérance pour les gens.

Comme vous le savez déjà, le Malgache est un un plus gros consommateur de riz au monde. Mais le pays ne produit pas assez de riz, il en importe de Chine, du Vietnam et du Pakistan. Ce déficit en riz est dû à différents problèmes techniques mais surtout culturels. Changer une méthode de culture ou chercher à améliorer sa propre méthode relève souvent de l'exploit. L'homme de la terre ne change que s'il est vraiment obligé. La découverte de la Bonne Nouvelle de d'Évangile peut l'aider souvent à faire ce changement. Certains voudraient y parvenir en distribuant des millions mais c'est souvent un échec. Le gros problème que nous avons ici à Marotandrano et qui se retrouve dans tout Madagascar c'est le problème de l'insécurité et des vols de bœufs ou de cultures sur pied. Il ne se passe pas une semaine sans qu'un vol ne soit commit sur la commune. Par exemple le 15 juillet, j'ai baptisé unemadabeufsg.jpg (52103 octets) grand-mère dans un petit village près de Marotandrano ; dans la nuit du 14 au 15, on lui a volé ses deux bœufs, qui se trouvaient dans un parc à bœuf avec d'autres, mais seulement deux ont été volés. Personne n'a rien vu ni rien entendu : la peur de la vengeance paralyse tout le monde. Souvent les voleurs ne viennent pas de très loin, parfois même se sont des parents. Les gens ne sortent plus la nuit et certains ne cultivent que du riz car le reste est volé pendant la nuit. Certains vont jusqu'à dormir dans leur rizière avant la récolte. Ce problème paralyse tout le pays. Les gendarmes et la justice n'ont pas assez de moyens, peu de volonté d'améliorer la situation et parfois ils y trouvent aussi leur intérêt. Pour l'instant les bandits ont la vie belle et les gens vivent dans la peur. Comment renverser cette situation pour revenir à une vie plus sûre et permettre un développement de tous les hommes et de tout l'homme !

La mission de Marotandrano dont j'ai la charge commence à s'organiser lentement : une mission de 3000 km2 environ avec 35 communautés chrétiennes et entre 20 000 et 25 000 habitants. Ce dernier chiffre est encore un mystère pour tout le monde car beaucoup de femmes et d'enfants n'ont pas de carte d'identité. Les familles ont en moyenne 6 enfants, et plus de 50 % ont moins de 20 ans.

Je travaille toujours avec le père Justin qui est malgache et un séminariste Théogène. Cette année, le 30 juillet, nous avons eu l'ordination d'un prêtre et d'un diacre à Mandritsara. Le prêtre Benjamin est originaire de Marotandrano, il va poursuivre deux années d'études. La messe d'ordination a été célébrée en plein air et a duré 4 h 20 ! Pour le repas qui a suivi, il a fallu tuer trois bœufs. Le lendemain le père Benjamin a célébré sa première messe à Marotandrano, là il a fallu tuer deux bœufs offerts par la famille et cuire 120 kg de riz. Ce furent des moments forts de communion dans notre diocèse.

Au mois de juillet comme chaque année, le diocèse avait organisé un mois de formation pour les catéchistes à Mandritsara. De Marotandrano, ils étaient 32. On leur demande de suivre cette formation pendant 3 ans pour mieux former les communautés chrétiennes. Cette année en septembre, un couple de Marotandrano a commencé une formation catéchétique à Tananarive pour deux années, pour ensuite travailler à la formation des catéchistes. Les laïcs ont une grande place dans d'Église de Madagascar ;madaroutejpg.jpg (29539 octets) il faut donc les former et les encourager à  témoigner de leur foi par leur vie en ayant le souci d'annoncer l'Évangile à tous ceux qui n'ont pas rencontré cette Bonne Nouvelle qui a changé la vie de millions de personnes.

Au niveau des constructions, le presbytère et le garage sont finis. Il n'y a pas de voiture dans le garage mais une charrette qui est tirée par les bœufs des chrétiens.

Avant Noël, on vient de finir quatre classes à l'école de la mission. On a pu les construire grâce à la Banque Mondiale qui nous a financé le projet à hauteur de 85 %, les 15 % restant ont été financés par les parents d'élèves en fabriquant 40 000 briques et en portant le sable. Le reste a été financé par l'aide que vous avez pu me faire parvenir. En 2002, nous allons construire trois classes qui seront encore financées en partie par la Banque Mondiale. Reste aussi à construire la maison pour les sœurs, qui devraient arriver en septembre.

Avec l'argent que vous m'avez envoyé, j'ai également pu acheter des livres pour l'école de Marotandrano et pour les deux écoles de brousse : un livre de Français et de Malgache pour deux élèves dans chaque classe. J'ai pu aussi acheter des documents pédagogiques pour les instituteurs. Merci pour eux !

Sur le plan de la santé à présent : par chance le choléra n'est pas encore arrivé jusqu'ici. La peur de cette maladie a stimulé les gens pour construire des W-C, mais peu les utilise. Au mois d'octobre et novembre, nous avons eu 10 cas de peste bubonique dont un élève de l'école mais heureusement les médicaments sont arrivés, il n'y a eu qu'un décès. Dans le sud de la mission, sur 8 villages, parmi les quelques chrétiens, il y a eu 12 enfants de moins de un an qui sont morts en une année, de la coqueluche ! Les enfants ne sont pas vaccinés dans ce secteur à cause de l'éloignement.

Vous pouvez constater qu'il y a encore du travail pour donner une vie plus juste et plus humaine aux habitants de ce secteur.

Depuis Marotandrano, je vous souhaite de vivre l'année 2002 avec beaucoup de sérénité afin de témoigner de la foi qui nous habite dans un monde occidental qui semble aller toujours plus vite en oubliant l'essentiel. Que chacun de nous soit un témoin de l'Amour que nous a révélé le Christ là où nous vivons.

 

 

Pour me faire parvenir de l'argent ou des intentions de messes, il est conseillé

-D'établir le chèque à l'ordre du : SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES (sans aucun nom de personne)

-Joindre à l'envoi une lettre d'accompagnement indiquant le nom du missionnaire.

-Envoyer le tout à l'adresse suivante :

PROCURE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES - 128 rue du Bac - 75341 PARIS Cedex 07

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