LOISY - Septembre 2004

Horizon Assise 2005 Père Philippe BERNARD
La Joie Vraie Blandine CAMPOS-HUGUENEY
L'Évangile et l'Europe des Marchands William TOHMÉ
L'Émerveillement Agnès BAL
L'Attention aux Petits Sœur LUCETTE
La Paix, au dela de l'émotion et de la misère Guillaume SABBAGH (groupe Lettonie)
La souffrance Dominique VILLARD
Photos de la sortie à Loisy Agnès BAL

 

 

HORIZON ASSISE 2005 : Loisy Sept 2004

Que se passe-t-il dans le monde ?

Les villes se développent et prennent de plus en plus d’importance, au détriment de la campagne.

Les gens voyagent de plus en plus. Les personnes et les marchandises circulent d’un pays à l’autre. Du coup, les idées aussi.

Le véritable pouvoir est désormais entre les mains des marchands. Du coup, le pouvoir politique doit composer avec eux, il les dispense de taxes, leur accorde des privilèges. L’univers des marchands fait complètement craquer les frontières. L’Europe devient une réalité qui entre dans la vie quotidienne d’un nombre croissant de personnes.

 

L’argent devient le roi du monde, et donne tous les pouvoirs à celui qui le possède. Son pouvoir crée une société nouvelle, où les financiers, les banquiers ont une place centrale. On invente – révolution pour les anciens - des moyens de paiement à distance, sans déplacer d’argent. « C’est vraiment un monde nouveau qui surgit et s’installe dans l’ancien, provoquant un renversement de toutes les habitudes » ( E. Leclerc, p. 23 )

Oui, mais … Il n’en reste pas moins que les pauvres, eux, sont toujours aussi pauvres.

Face à ces transformations, les institutions vacillent. Les hommes s’affranchissent de plus en plus du système social existant.

L’Église, elle aussi, est en crise. Rome, endormie dans ses dorures, ses apparats, ses certitudes, ne comprend pas grand chose à la formidable transformation qui est en train de s’opérer. Cette Église, apparemment toute puissante, est incapable de comprendre le monde nouveau qui est en train d’éclore. « Si les gens simples se jettent dans les superstitions et les sectes parfois absurdes et bêtifiantes, c’est qu’ils ne savent plus à qui ou à quoi se raccrocher » ( Michel Hubaut, p. 17 ) « Alors naissent un peu partout, d’une manière anarchique, des groupes, des communautés de base, qui ( … ) veulent revenir à la simplicité et à la pauvreté de l’Évangile, et retrouver le style des premières communautés chrétiennes » ( E. Leclerc, op.cit. p. 88 )

Du côté du Moyen Orient, de la Terre Sainte, c’est la guerre. La guerre entre l’Occident et un Islam de plus en plus conquérant. L’Occident envoie des soldats pour tenter de remettre de l’ordre, il ne réussit à rien faire d’autre que de multiplier les massacres et les bains de sang, et, en plus, d’attiser des incompréhensions qui ne sont pas près de disparaître.

Nous ne sommes pas en 2004, devant le journal télévisé : nous sommes au tout début du 13° siècle.

La guerre avec l’Islam s’appelle croisades, terme repris par George Bush il n’y a pas si longtemps ; les moyens de paiement ne sont pas les virements par Internet mais les lettres de change ; en Europe, le développement du monde des marchands est en train de complètement révolutionner la société féodale. Le pouvoir n’est plus au château mais dans les boutiques.

En 1205, un jeune homme de 23 ans, Jean Bernardone, plus communément appelé « François » ( Francesco = le petit Français ), que l’on connaîtra plus tard sous le nom de François d’Assise, ou de « Povorello », le Petit Pauvre, un jeune homme de 23 ans prie, comme il peut, dans la petite chapelle à moitié en ruines de san Damiano, tout près des murailles de la ville d’Assise. « Lorsque François se retrouve seul, le cœur lourd de la misère du monde, devant l’image du crucifié de la petite église, un esprit nouveau le pénètre. A mesure qu’il devient plus sensible à la détresse des hommes, il fait une découverte bouleversante. Ce qui se révèle à lui sous les traits du Crucifié, c’est l’humanité de Dieu (…) De longues heures durant, François regarde le Christ en croix. Non, ce Dieu-là ne ressemble en rien à celui des seigneuries d’Eglise ; ce n’est pas le Dieu des guerres féodales ni des guerres saintes. Ce n’est pas davantage le Dieu des privilégiés du nouvel ordre social, le Dieu des riches marchands. Il n’a rien à voir avec l’argent et le pouvoir. Ce n’est pas un Dieu dominateur. C’est tout le contraire » ( E. Leclerc p. 71 )

Vous commencez à comprendre pourquoi ce personnage nous intéresse : il mérite vraiment qu’on prenne le temps et les moyens de le découvrir.

- D’abord parce que notre époque ressemble étrangement à la sienne.

- Et ensuite parce que, aujourd’hui encore, « le renouveau de l’Eglise ne peut venir que d’une rencontre de l’Evangile et de l’histoire. Et seuls des hommes en prise sur le monde peuvent réaliser une telle rencontre » ( E. Leclerc, id°, p. 92 ) Il ne s’agit pas de refuser le monde tel qu’il est, il s’agit de le regarder avec les yeux du Christ.

De François d’Assise, on connaît surtout des caricatures, en particulier celle d’un écologiste gentil et un peu niais, qui parle avec les fleurs des champs comme d’autres avec leur caniche ou leur canari.

Saint François, l’ami des animaux : ne retenir que cela, c’est exactement comme si on ne retenait de Jésus qu’un petit enfant couché dans la paille, entouré d’un âne et d’un bœuf. La paille, l’âne et le bœuf ne sont d’ailleurs ni les uns ni les autres dans l’Evangile, mais ceci est une autre histoire.

On vous propose cette année de découvrir ce personnage absolument étonnant, d’une actualité brûlante, probablement une des quatre ou cinq personnalités qui ont le plus marqué l’histoire de l’Eglise. On a retenu six aspects du message de François. On aurait pu en retenir d’autres.

- Premier aspect : l’attention aux petits. Ce ne sont pas les petits oiseaux qui ont converti François à l’Evangile, ce sont les pauvres, les lépreux, les petites gens.

- Deuxième aspect : la vraie joie. Totalement à l’opposé des rires enregistrés ou téléguidés de certaines émissions de télévision, François est celui qui nous guide sur la route de la joie profonde, celle dont Jésus nous dit que « nul ne pourra nous la ravir ».

- Troisième aspect : vivre l’Evangile dans une Europe dominée par l’argent, se rappeler où sont les vraies richesses, vivre la pauvreté sans la confondre avec la misère.

- Quatrième aspect : la souffrance, que François a beaucoup rencontrée, celle des autres, mais aussi la sienne, souffrance qu’il comprend et transfigure en la liant à la souffrance du Christ en croix..

- Cinquième aspect : la paix, non pas l’absence de conflit, mais la paix intérieure, celle que François, à la suite de Jésus, souhaitait aux gens qu’il rencontrait, et dont il voulait que ses disciples soient les messagers

- Sixième aspect : l’émerveillement, devant la Création bien sûr, mais aussi devant les merveilles que renferme le cœur de l’homme, l’homme créé, après tout, à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Six aspects de la vie de saint François. Pour ouvrir cette année sur les pas du petit pauvre d’Assise, lui qui n’a d’ailleurs jamais été prêtre, six d’entre nous, et je les remercie beaucoup, ont accepté de témoigner de la manière dont ils vivent ces intuitions qui fleurent bon l’Evangile.

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Ce texte s’appuie sur deux ouvrages dont je vous recommande la lecture :

- Eloi Leclerc, « François d’Assise, le retour à l’Evangile », Ed. DDB 1981, 250 pages

- Michel Hubaut, « la joie de vivre l’Evangile à la suite de François d’Assise » Edit. Franciscaines, 2003, 158 pages

D’autres livres possibles pour découvrir François d’Assise ( sélection très subjective, car il existe des centaines de livres - que je n’ai pas tous lus - sur st François !!! ) :

- Gérard Bessière et Hyacinthe Vulliez : « Frère François, le saint d’Assise », Ed. Découvertes Gallimard 1998 ( petit livre – 143 pages - mais très belles illustrations )

- Julien Green, « Frère François », Ed. du Seuil 1983, 332 pages ( un classique )

- Christian Bobin, « le très Bas », Ed. Gallimard 1992 ( un style poétique déroutant mais très séduisant ), 132 pages

- Et puis, un véritable chef d’œuvre qui en est à sa … 19° édition :

Eloi Leclerc, « Sagesse d’un pauvre », Ed. DDB 1996, 139 pages