Guillaume Sabbagh, Loisy 19 sept 2004
La paix au delà de l’émotion, face à la misère.
Cette interrogation ne semblait pas simple au début, et le fait de la mettre en relation avec mon expérience en Lettonie encore moins.
Mais après réflexion, il m’est venu dans l’idée que finalement, chaque mot de cette phrase prenait tout son sens dans ce que notre groupe a pu rencontrer lors de nos précédents voyages.
Arrêtons nous tout d’abord sur les deux thèmes que sont l’émotion et la misère.
Il me semble important de souligner que dans ce sujet, ces deux mots paraissent indissociables.
En effet, nous fûmes en Lettonie, directement confrontés à la misère et l’émotion qu’elle engendre. Les conditions de vie, bien loin de nos habitudes européennes, et le passé plus que douloureux des enfants nous rappelaient chaque jour à quel point leur vie n’est pas faite de bonheur et de bien-être. Ces deux états qui sont bien sûr le minimum que doit comporter l’enfance d’un être humain dans le cadre de son épanouissement présent et futur.
Nous aurions donc pu facilement n’éprouver qu’un sentiment de pitié et de tristesse face à la situation de ces jeunes lettons et presque oublier l’essence même de notre voyage.
Mais leur sourire et leur bonne humeur presque constante nous ont aidé à aller de l’avant, à se dépasser. Nous avons pu voir à quel point notre présence leur était importante.
Chaque regard échangé, chaque jeu proposé se révélaient avoir une répercussion très importante dans les semaines que nous avons eu la chance de partager avec eux.
Ces enfants, et il faut le rappeler, restent dans cet internat, toute l’année. Lorsque viennent les vacances, ils n’ont plus de famille où aller et cotoyent les mêmes lieux et personnes lors de ces longues périodes.
Et la paix dans tout cela ? Que dire d’une notion qui n’est d’actualité dans ce pays que depuis un temps très récent. En effet, l’indépendance de ce pays, qui était je vous le rappelle sous le joug soviétique depuis plus de 40 ans, remonte à l’année 1991.
Que peut bien alors nous évoquer cette notion si chère à l’être humain ?
Comme je le disais précédemment, ces enfants ne sont pas en paix avec eux-mêmes. Trop de blessures causées par un passé douloureux encombrent leur pensée et leur quotidien. En quoi pouvait alors consister notre rôle dans cet atmosphère si particulier ?
Devait-on alors leur apporter la paix ? Un projet bien ambitieux et même présomptueux si l’on s’en tient à cette simple question. Peut-être pas.
Il faut bien avouer que nous sommes au demeurant des personnes assez équilibrées, et que nous jouissons d’une vie plutôt facile, avec nos tracas et ennuis quotidiens, mais qui paraissent bien dérisoires face à ceux de ces jeunes orphelins. Nous pouvions donc leur apporter et surtout leur communiquer un certain sentiment de joie, et même si cela ne dure qu’une semaine par an, il nous semblait important et primordial de se donner à fond pour leur offrir cet équilibre durant notre courte période passée avec eux.
Nous pouvons donc dire qu’il est possible de trouver la paix ou de l’apporter face à la misère, en allant bien sûr au delà de l’émotion.