Homélie
Dans l’évangile que nous venons d’entendre, Jésus nous donne une nouvelle béatitude : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu”. Notre condition humaine nous place sans cesse dans cette tension féconde entre la recherche de l’intelligence, le désir de résoudre les problèmes selon notre raison avec toutes les interrogations, les doutes qui traversent nécessairement cette recherche et, d’autre part la confiance indispensable à toute vie humaine, nécessaire pour avancer sur notre route. L’attitude des apôtres après la résurrection de Jésus est typique de notre vie de baptisés. Nous avons comme eux sans cesse à opérer notre pâque, notre passage de la peur à la joie, du doute à la confiance et à la foi.
Le thème de cette journée
de réflexion est centré sur l’engagement. Celui-ci implique
la double attitude que nous venons de relever : une quête permanente pour
comprendre, et une confiance permanente pour dépasser les doutes et surmonter
les obstacles. Nous en parlerons longuement cet après- midi. Ce matin,
pour notre espérance à tous, je voudrais seulement souligner l’engagement
de Dieu, source et modèle de tout engagement sérieux, en particulier
l’engagement d’un couple.
Tout ce que nous disent les Écritures, tout ce que nous savons de Jésus de Nazareth montre à l’évidence l’engagement fidèle de Dieu. Dès l’aube de la création, il a voulu que l’homme et la femme soient ses partenaires d’amour. Pour cela, il leur a donné une capacité d’aimer comme lui : “À la ressemblance de Dieu il le créa, homme et femme il les créa” Gn 1, 27. Cette ressemblance voulue comme un partenariat, comme une Alliance, Dieu a permis qu’elle se manifeste au fur et à mesure que les humains progressaient dans leur réflexion sur le sens de la vie et de la mort. L’Ancien Testament nous raconte cette histoire d’Alliance entre Dieu et les hommes dans un petit peuple, le peuple d’Israël, signe de l’humanité tout entière. À travers les récits bibliques, nous voyons vivre cette histoire tumultueuse d’Alliance entre Dieu et son peuple,avec du côté du peuple ses moments de fidélité et ses moments de faiblesse. Par contre il nous est dit que jamais Dieu n’a failli, son engagement envers les hommes ne s’est jamais démenti. Il faut relire en particulier les prophètes avec ces accents d’amour fou qu’ils prêtaient à Dieu. Nous lisons par exemple dans le prophète Osée ces mots magnifiques : Mon épouse infidèle, “c’est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur... Je la fiancerai à moi pour toujours. Je la fiancerai à moi par la justice, le droit, l’amour et la tendresse. Je la fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le Seigneur” Os 2, 16 et 21-22.
Mais l’engagement de Dieu a été encore plus loin. Il a voulu lui-même partager notre condition humaine en Jésus de Nazareth. Dieu se reconnaissait et s’exprimait à travers les gestes de bonté, les gestes de pardon, de guérison, de vie que Jésus ne cessait de poser pendant tout le temps de sa vie. Dieu a voulu en Jésus nous montrer que son engagement d’amour allait jusqu’au bout : “Nul n’a d’amour plus grand que de donner sa vie pour ceux qu’il aime” Jn 15, 13. Et l’engagement de Dieu a été jusqu’à partager notre mort, mais pour en être vainqueur. Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens nous dit que Dieu en Jésus a vaincu la mort : “Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort” 1 Co 15, 26. Dieu a voulu que son Alliance avec nous soit éternelle en transfigurant notre vie pour en faire une vie ressuscitée capable d’entrer à jamais dans l’intimité de sa vie.
Le chrétien est habité par cet amour fou de Dieu. Il peut puiser la force de vivre ses propres engagements à la source qu’est l’engagement de Dieu pour lui comme pour tous les hommes.
Que ce soit l’engagement dans le sacrement du mariage, l’engagement dans la vie religieuse ou presbytérale, l’engagement de toute une vie au service d’une cause belle et fondamentale, l’engagement du baptisé, l’espérance de mener jusqu’au bout son engagement trouve sa force et sa lumière dans l’engagement de Dieu.
Mais puiser à cette source est un acte de confiance, un acte de foi. Nous voudrions toujours avoir des évidences, une vision tellement claire qu’elles’impose à nous, des preuves qui justifient notre fidélité. Nous sommes au fond comme l’apôtre Thomas de l’évangile : nous engager, oui, mais sur un terrain bien balisé, sans obstacles, interrogations, doutes. Nous savons qu’il n’en est pas ainsi. La confiance n’est pas l’évidence du résultat mais cette certitude intérieure que cela vaut la peine de continuer. La confiance, c’est cette certitude intérieure que la vie est précieuse et qu’il vaut la peine de croire en la vie. La confiance, c’est cette certitude intérieure que nous ne sommes pas seuls sur notre route et que celui qui a été jusqu’au bout de son engagement nous donnera la force de tenir et d’aller, nous aussi, jusqu’au bout.
Que cette eucharistie nous assure que la vie est plus forte que la mort, que la confiance est plus forte que le découragement puisque Jésus va jusqu’à se donner lui-même en nourriture pour nous ouvrir à l’espérance.