1ère rencontre du
16 octobre 2003 : ![]()
2ème
rencontre du 20 novembre 2003 : ![]()
3ème rencontre du 11 décembre 2003 par Père Hubert Louvet
L’EGLISE VIT DE L’EUCHARISTIE (suite 3)
Formation paroissiale du Jeudi 11 Décembre 2003 sur l’Eucharistie:
Je vais commencer aujourd’hui par des considérations sur la messe qui forment un peu une manière de présenter ce que nous avons approfondi grâce à l’encyclique de Jean Paul 2 : « L’Eglise vit de l’eucharistie ».
Il convient tout d’abord d’entrer dans la messe. Notre propos sera surtout centré sur la messe dominicale. Certes, la messe est célébrée chaque jour et à tout instant de par le monde, des messes sont célébrées mais nous allons nous centrer sur ce rendez-vous du Dimanche que l’Eglise nous demande d’observer. Est ce un rendez-vous avec Celui qu’on aime ? Y entrons-nous avec facilité ? C’est la première question qu’il convient de se poser. Or, le Dimanche chrétien s’est substitué au sabbat juif. Si j’ai du mal à y entrer, pourquoi ? Est-ce que je prépare mon cœur comme si j’avais un rendez-vous amoureux ? C’est le Seigneur qui nous invite : la messe est le rassemblement du peuple de Dieu invité voire convoqué par lui. C’est le rassemblement des baptisés, de ceux qui partagent la même foi en Jésus Christ. Des non baptisés peuvent il est vrai y participer ; autrefois, ils partaient après avoir entendu la liturgie de la Parole. Peut être pourrais je lire les textes un peu à l’avance à l’aide du missel des Dimanche, de « prions en Eglise » ou de « Magnificat », peut être pourrais je arriver quelques minutes avant le début de l’eucharistie. Si j’ai du mal à entrer dans la messe, ce pourrait être par manque de participation à l’action liturgique. Est-ce que je réponds avec tout mon cœur au célébrant ? Est-ce que je cherche à suivre les chants et si possible à chanter, en particulier ceux que je ne connais pas ? L’eucharistie est elle pour moi un mystère cad non pas une réalité inaccessible mais bien plutôt une réalité qui se laisse découvrir peu à peu et que l’on n’a jamais fini d’appréhender.
1) L’eucharistie nous décentre de nous même et nous invite à offrir notre vie par le Christ au Père :
L’eucharistie est d’abord un repas, donc une réalité humaine. Peut on partager vraiment une amitié avec quelqu’un avec qui on n’a jamais partagé la table ? Le Christ lui allait manger avec les publicains et les pécheurs. Le repas est un temps de convivialité qui soude ses participants.
A la messe, je me mets à l’écoute d’un autre, du Christ. Nous écoutons sa Parole ; nous nous nourrissons de la Parole de Dieu puis nous partageons la table de l’eucharistie. La première lecture est généralement tirée de l’Ancien Testament hormis dans le temps pascal durant lequel prévaut le livre des Actes des Apôtres. Elle a toujours un lien avec l’Evangile puis viennent le psaume, la seconde lecture tirée du Nouveau testament et enfin l’Evangile. L’homélie quant à elle prend pour modèle la prédication de Jésus à la synagogue de Nazareth où Jésus lit le livre d’Isaïe puis affirme : « Aujourd’hui, cette parole de Dieu s’accomplit ».
L’Eucharistie est une action de grâce (sens littéral), un merci à Dieu le Père par le Christ et dans l’unique Esprit. Action de grâce pour la vie qu’il nous donne, pour son œuvre de création et de rédemption. L’Eucharistie fait l’Eglise et l’Eglise fait l’eucharistie (de Lubac). L’eucharistie est le sacrement de l’alliance, des épousailles entre Dieu et l’homme. Par elle, Dieu et l’homme ne font plus qu’une seule chair, dit F.Varillon (p.280 : joie de vivre, joie de croire, Centurion). « Sur cette terre, une union totale, parfaite est impossible, même entre époux. Le Christ devient véritablement la chair de la chair de l’humanité. Dans l’eucharistie, le Christ n’est pas là pour être là ; il est là pour se donner à nous en nourriture afin que l’union entre lui et nous soit la plus totale possible. » (ibid, p.281)
L’eucharistie est une offrande de ma vie au Père. A l’offertoire, cette dimension est bien signifiée. J’aime bien les processions d’offrande avec le pain et le vin, fruits du travail de l’homme. On peut parfois y ajouter des objets ou des signes parlants pour l’assemblée : fleurs, bougies, objets réalisés par l’assemblée ou signifiants pour elle : pourquoi des enfants n’apporteraient- ils pas leurs cahiers ou livres scolaires nous dit un jour un théologien ? La messe est bien un sacrifice au sens où elle n’est pas une privation mais une orientation de toute notre vie vers Dieu.
2) L’eucharistie nous engage à transformer notre vie pour la rendre plus digne de cet amour reçu :
Nous nous présentons à l’eucharistie avec tout notre être, nos joies, nos peines qui par ce mystère vont être unis au Christ dans son offrande au Père. Notre vie est ainsi en quelque sorte christifiée si ce mot est possible. Bien sûr, nous sommes souvent distraits : ces distractions, si elles ne sont pas le signe d’un relâchement de mon attention, peuvent être intégrées, devenir partie prenante de ma prière.
L’eucharistie m’invite à rétablir le lien avec mes frères : « quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande » (Mt5,23-25). L’eucharistie comprend après l’introduction un temps d’examen de sa vie et de demande de pardon à Dieu.
L’eucharistie nous envoie dans le monde pour qu’une fois nourris par la Parole et le pain de vie, nous soyons témoins du Christ Ressuscité. L’envoi par le diacre : « Allez dans la paix du Christ » est un appel dans ce sens : appel à être levain dans la pâte, sel de la terre. L’eucharistie nous invite à aimer le monde et à agir pour le transformer.
« Ceci est mon corps » :
« C’est mon corps » ou c’est ma chair selon l’évangéliste Jean. Cela signifie c’est ma personne, c’est moi. Ce n’est plus quelque chose qu’on offre mais c’est quelqu’un. Rappelons aussi que le sang représente la vie.
Quatre récits relatent l’institution de l’eucharistie : les trois évangiles synoptiques et la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens ( voir la feuille jointe). Il est surprenant de voir que tous utilisent le terme « corps ». Comme le mot chair utilisé par Jean, le terme corps désigne l’être humain tout entier tel qu’il apparaît dans l’expérience vécue, dans toutes ses relations avec le monde et avec les autres : donc, en définitive, l’être humain qui existe, vit et agit. Ni le terme corps, ni le terme chair n’opposent la partie matérielle, visible et sensible du composé humain à sa partie spirituelle, son âme. La chair, le corps ne sont pas vus comme source de distinction mais au contraire comme ce qui unit un homme à son voisin. Le terme chair connote sans doute un certain rapport avec le péché et aussi avec la mort tandis que le terme de corps dans les écrits de saint Paul évoque l’homme en tant que fait pour Dieu et destiné à être conformé graduellement au Christ. Jésus donne son corps à manger en tant qu’il sera immortel et céleste et qu’il constituera pour son Eglise une nourriture de Vie éternelle et le Temple impérissable du culte nouveau (voir Jn2,21).
L’expression « livré pour vous » signifie non seulement en faveur, dans l’intérêt de ses disciples mais aussi à leur place, en se chargeant lui-même de l’expiation de leurs péchés ( voir le thème du serviteur souffrant d’Isaïe).
Ce n’est pas seulement le pain qui devient le corps du Christ, c’est toute l’assemblée qui devient corps du Christ. Ainsi sommes nous appelés à devenir ce que nous recevons : le corps du Christ comme le dit saint Augustin. Nous devenons par l’eucharistie les membres d’un même corps : l’Eglise. On parle souvent de présence réelle mais on pourrait parler aussi d’une présence réalisante. C’est aussi toute l’histoire humaine qui devient le corps du Christ. Dieu épouse l’humanité tout entière. Toute l’histoire de l’homme devient corps du Christ. Nous mesurons combien l’eucharistie ne concerne pas seulement les personnes présentes mais qu’elle concerne toute l’Eglise et même l’humanité tout entière ! L’eucharistie est le retour à Dieu, l’action de grâce de toute l’humanité et de toute cette nature que Dieu donne à l’homme pour qu’il vive.
« Ceci est mon sang » :
Le sang dans la pensée sémitique est l’âme ou la vie ; d’autre part, le sang versé est un symbole d’expiation donc de rémission des péchés, de purification et de salut.
Maurice Zuendel parle ainsi : « Une immense merveille s’accomplit en l’eucharistie, cette immense merveille qui fait d’une Eglise le vaisseau d’une Présence, une Présence sans bruit, une Présence silencieuse, une Présence qui nous recrée et purifie, une Présence où nous entendons vibrer l’éternité de l’Amour.
Quoi de plus simple, quoi de plus étonnant, quoi de plus créateur que ce rayonnement du Christ dans le Très Saint-Sacrement ?
Vous entrez dans une «église : c’est une cathédrale ou une chapelle, qu’importe ! Les murs ne sont dressés qu’à l’appel de cette Présence, pour contenir cette miette de pain qui transmet, qui communique la présence même du Christ crucifié et ressuscité, elle est cette présence du Christ crucifié et ressuscité.
Rien au monde ne peut nous apaiser davantage ! Rien au monde ne peut nous purifier plus profondément que d’être à l’écoute de cette présence eucharistique !
Quand on est seul dans une église, tout près du tabernacle, on a l’impression justement de plonger dans l’immensité d’une musique éternelle, on a l’impression d’être accueilli par une amitié souveraine, on a l’impression d’être libéré de toutes nos chaînes dans un cœur à cœur ineffable. »
L’initiative est du côté du Christ. Le désir est de son côté. On le voit bien avec l’accès à l’eucharistie des personnes handicapées. « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous ».
« Faîtes cela en mémoire de moi » : il s’agit pas seulement de mimer la messe mais de réaliser par notre vie ce qu’elle signifie.
Terminons avec les mots de Jean Paul 2 dans son encyclique :
« Dans l’Eucharistie, nous avons Jésus, nous avons son sacrifice rédempteur, nous avons sa résurrection, nous avons le don de l’Esprit Saint, nous avons l’adoration, l’obéissance et l’amour envers le Père. Si nous négligeons l’Eucharistie, comment pourrions-nous porter remède à notre indigence ? (n°60). L’Eucharistie nous est donnée pour que notre vie, comme celle de Marie, soit tout entière un Magnificat ! (n°58) »
Questions :
1.A quels points de l’encyclique ou de la présentation suis-je sensible ?
Quels sont les aspects de l’eucharistie qui me touchent et m’attirent ?
Quels sont ceux qui me repoussent au contraire ?
3. Comment est-ce que je vis la célébration de l’eucharistie à Saint Joseph ( ou ailleurs !). Comment est-ce que je m’y prépare ? A quoi suis-je sensible, attentif ? Est-ce que j’y pense pendant la semaine ? Que change dans ma vie ma participation à l’eucharistie ?
L’eucharistie unifie t-elle ma vie, celle de la communauté paroissiale ?
Hubert Louvet le 11 Décembre 2003