1ère rencontre du 16 octobre 2003 :  

2ème rencontre du 20 novembre 2003                                                                                                              par Père Hubert Louvet

L’EGLISE VIT DE L’EUCHARISTIE (suite)

Commençons par reprendre la question du mémorial, celle du repas qui sont aux pages 6 et 7 de l’exposé précédent et que je n’ai pas commenté, me semble t-il. Je vais essayer maintenant de répondre à vos questions.

Questions à approfondir suite à la première séance :

 

L‘anamnèse :

« L’eucharistie est riche d’une intériorité que seul pénètre le regard de la foi. (page 6) Ayant reposé sur la table le pain consacré, puis la coupe, le prêtre s’écrie : « Il est grand le mystère de la foi ! ». A cet instant, l’Eglise reconnaît le don de Dieu. Elle adore. ( page8) » ( in «F.X.Durwell, L’Eucharistie, sacrement pascal, Cerf 1981)

« Pour la raison, l’eucharistie est une énigme. L’homme a devant lui ce qui, à ses yeux, est du pain et du vin, mais dans sa foi il confesse : « Ceci est le corps et le sang du Christ ». (Idem, p.10).

«  L’eucharistie est un sacrement de la résurrection de Jésus en ce monde, la manifestation pascale du Christ en son éclat tamisé ». (Page49). La présence du Christ en son eucharistie est comparable à sa présence après sa Résurrection : une présence dans une absence. Aussitôt reconnu, il disparaît. Pensons à l’épisode des disciples d’Emmaüs. Aujourd’hui encore, nous savons que le Royaume de Dieu est à la fois déjà là mais pas encore advenu. Dans l’eucharistie, le Christ est certes éminemment présent mais cette présence nous laisse aussi un espace jusqu’au jour où « Dieu sera tout en tous ». Je le disais la dernière fois, Jésus a dit à ses disciples, non pas  : « Prenez et mangeons » mais « Prenez et mangez ! ». Cela signifie qu’Il est bien là mais en même temps que nous sommes aussi dans ce temps de l’attente de sa venue finale. L ‘anamnèse évoque bien cette tension entre le déjà là et le pas encore. Ce terme veut dire :mémorial. L’Eglise fait mémoire de la passion, de la résurrection et du retour glorieux du Christ Jésus. Pour comprendre l’anamnèse, nous pouvons nous reporter à la partie : « Pistes de réflexion personnelle sur l’encyclique », qui approfondit l’aspect mémorial de l’eucharistie. L’anamnèse au sein de l’eucharistie est toujours dite ou chantée. Elle peut être prononcée ou chantée par le diacre (ou le prêtre) qui proclame : « Il est grand le mystère de la foi ! » et invite par ce chant l’assemblée à faire elle-même mémoire de la réalité qui s’opère, à savoir ce mystère pascal qui se rend présent comme à la Cène. Non seulement, l’assemblée fait mémoire de la mort et de la Résurrection du Christ mais elle annonce aussi sa venue finale dans la gloire, ce qu’on appelle la parousie, cad la venue finale du Christ à la fin des temps. Saint Paul pensait pouvoir assister de son vivant à celle ci. Nous l’attendons toujours mais nous sommes dans les temps qui sont les derniers.

L’eucharistie, sacrement de guérison ? :

Si l’on regarde la classification des sacrements dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, on voit que l’eucharistie fait partie avec le baptême et la confirmation des sacrements de l’initiation chrétienne, tandis que les sacrements de guérison sont la réconciliation et l’onction des malades. Néanmoins, nous pouvons considérer qu’il y a aussi une vertu de guérison liée à l’eucharistie. Pensons à cette phrase avant de communier qui nous vient du centurion romain : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. » (Luc 7,1-10). Si l’eucharistie ne dispense pas d’avoir recours au sacrement de pénitence, elle comporte néanmoins cet aspect de pardon manifesté au début de l’eucharistie par la démarche pénitentielle. Nous communions bien au corps et au sang du Christ lequel a été versé pour la rémission de nos péchés.

L’eucharistie, antidote du péché :

Selon le Larousse, l’antidote est un contrepoison spécial à un toxique donné. Par exemple, le travail est un antidote contre l’ennui. La formule « eucharistie comme antidote du péché » m’est personnelle. Elle a sa source dans le paragraphe 24 de l’encyclique : « Aux germes de désagrégation entre les hommes qui, à l’expérience quotidienne, apparaissent tellement enracinés dans l’humanité à cause du péché, s’oppose la force génératrice d’unité du corps du Christ. En faisant l’Eglise, l’Eucharistie crée proprement pour cette raison la communauté entre les hommes ». Oui, l’eucharistie est le repas de l’amour ainsi qu’il est dit dans l’une des prières eucharistiques, le lieu où le Christ se donne à moi et m’apprend à aimer. A la fin de l’eucharistie, lorsque le diacre ou le prêtre dit : « Allez dans la paix du Christ ! », nous recevons un appel du Christ à prolonger dans notre vie ce que nous avons reçu, à devenir ce que nous recevons : le corps du Christ. En ce sens, cette force issue de l’eucharistie s’oppose bien à celle du séducteur comme l’amour s’oppose au péché, comme l’unité s ‘oppose à la division. L’eucharistie est bien l’antidote du péché.

Aspect communautaire

L’eucharistie construit la communauté. C’est le sacrement de l’unité, de la communion entre nous et avec les hommes. Comment fonder ou faire vivre une communauté chrétienne sans l’eucharistie ? L’eucharistie réalise l’unité entre les disciples du Christ qui sont si différents par leur âge, leur condition sociale, leurs idées, leurs caractères,.. Elle permet de réaliser l’unité au-delà des inévitables conflits. La question de la possibilité de célébrer l’Eucharistie est une question épineuse et difficile à laquelle l’Eglise de France est confrontée. Pas à Paris puisqu’il y a beaucoup d’églises et beaucoup de prêtres ordonnés depuis vint ans. Dans les campagnes, en banlieue et même dans de grandes villes, la question se pose déjà. Certaines communautés n’ont plus l’eucharistie qu’une fois par mois. Il y a vingt ans, il y avait un recours très fréquent aux ADAP ( assemblée dominicale en absence ou en attente de prêtres). Aujourd’hui, les paroisses ont été regroupées ( à Paris, on fait l’inverse pour avoir des communautés à taille humaine. La situation est bien différente.) . La tendance actuelle est , me semble t-il, davantage à inviter les gens à prendre la voiture pour aller célébrer dans tel ou tel lieu. Gérard Prioul, dans la Bretagne romantique, se trouve sans doute dans cette situation. Dans son diocèse, les paroisses ont été regroupées pour faire des unités très vastes. Albert Rouet dans son livre : « La chance d’un christianisme fragile » (Bayard 2002), parle lui de 230 communautés de base dans le diocèse de Poitiers dont il est l’évêque. Autrement dit, il préfère des communautés plus petites. Reste la question de l’accès de l’eucharistie. Il me semble en effet qu’il est préférable d’avoir des célébrations locales, des communautés proches du lieu de vie des personnes. D’où la nécessité d’avoir beaucoup de possibilités pour célébrer l’eucharistie. Peut être l’Eglise acceptera t-elle d’ordonner un jour des hommes mariés ? Faisons confiance à l’Esprit Saint même si cette possibilité ne résoudrait pas tout d’un coup de baguette magique. Nos frères protestants connaissent eux aussi une crise de vocations pour trouver des pasteurs.

 

 

 

La divinisation

La divinisation est un thème bien développé par François Varillon dans le dernier chapitre intitulé : « l’eucharistie récapitule tout » de son livre : « Joie de croire, joie de vivre » ( PUF, 1990). « Le dessein fondamental du Père est de s’unir tous les hommes dans l’amour et de leur faire partager sa Vie propre…Dieu a partagé notre humanité pour que nous partagions sa divinité. En d’autres termes, notre humanité est en vue de notre divinisation, la création est pour l’Alliance.. L’Alliance n’est pas une union juridique mais une union d’amour. Voilà pourquoi, d’un bout à l’autre de la Bible, circule le symbolisme du mariage. Et la Tradition a toujours uni très étroitement le sacrement de mariage au sacrement de l’eucharistie… Dieu crée l’humanité pour l’épouser, et il l’épouse en s’incarnant. Epouser au sens le plus fort, c’est à dire ne plus faire qu’une seule chair avec elle. Dieu veut être avec l’humanité tout entière une seule chair…Nous savons que le vœu profond de l’amour conjugal ne s’arrête pas à l’étreinte de deux corps qui restent extérieurs l’un à l’autre. Le vœu de l’amour est la fusion, sans confusion, dans laquelle chacun ne peut subsister que pour se laisser consommer par l’autre en devenant en quelque sorte sa nourriture, la chair de sa chair. . Les mamans disent que leurs enfants sont « à croquer ». On voudrait manger l’autre et se laisser manger par lui pour être la chair de sa chair. Je t’aime, cela veut dire : je veux me laisser consumer et consommer par toi, c’est toi qui es ma raison de vivre. L’homme et la femme ne parviennent pas à réaliser le vœu de leur amour parce que leurs corps qui sont les instruments de leur union sont, en même temps, obstacles à l’union totale. Leur vœu ne s ‘accomplit pas car il implique une mort à la nature et à l’histoire. Il faut mourir à cette nature qui fait que nous demeurons extérieurs les uns aux autres et que même les moments d’union très intime ne sont pas la fusion vraiment totale et ne durent qu’un instant. Devenir vraiment la chair de la chair de l’autre, de celui que j’aime implique la mort….

Le Christ, lui ; parce qu’Il est Dieu et sans péché, peut renoncer à son être naturel et historique immédiat. Il peut mourir au monde des limitations corporelles sans cesser d’être pour l’humanité l’Epoux qui se donne. C’est pourquoi au-delà de la mort, mais seulement au-delà de la mort, le Christ accomplit le vœu suprême de l’amour. Le Christ qui meurt et ressuscite se fait lui-même nourriture afin de véritablement devenir la chair de la chair de l’humanité beaucoup plus radicalement qu’en une étreinte qui ne rapproche deux corps qu’un seul instant. Dieu, dans l’Eucharistie, épouse vraiment l’homme. A la base du mystère eucharistique, il y a cette idée de nourriture, elle est absolument essentielle… Si le symbolisme est pris simplement au niveau du repas comme être- ensemble, il n’exprime pas la réalité la plus fondamentale qui est celle d’une fusion achevant l’amour entre époux…L’Incarnation de Dieu ( ndlr :sa venue sur terre) ne se termine pas au Christ mais à l’humanité tout entière. Dieu s’unit ou épouse l’humanité tout entière par le Christ. Dieu s’est fait homme pour que les hommes soient divinisés. L’Eucharistie est l’universalisation de l’œuvre du Christ… l’Eucharistie est une union, et l’union implique la présence. » (p.280-281). Nos frères orthodoxes sont très sensibles à cet aspect de divinisation de l’homme.

 

La communion spirituelle

Au paragraphe 34 de l’encyclique, Jean Paul 2 explique que le mystère de l’eucharistie est parfait à la différence de tout autre acte d’amour. J’ai d’ailleurs entendu un prêtre dire cela à propos des messes célébrées pour un défunt. Jean Paul 2 précise ensuite : « C’est pour cela ( parce que l’eucharistie est un acte d’amour parfait) qu’il est opportun de cultiver dans les cœurs le désir constant du sacrement de l’eucharistie. C’est ainsi qu’est née la pratique de la « communion spirituelle », heureusement répandue depuis des siècles dans l’Eglise et recommandée par de saints maîtres de la vie spirituelle. Sainte Thérèse de Jésus écrivait : « Lorsque vous ne recevez pas la communion à la messe que vous entendez, communiez spirituellement, c’est là une méthode très avantageuse… Vous imprimerez en vous un amour profond pour notre Seigneur ».

Si l’Eglise recommande de communier au moins une fois par an et si possible chaque Dimanche, cet aspect de communion spirituelle rappelle que nous avons à nous examiner selon l’avertissement de Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : « que chacun , donc, s’éprouve soi-même et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe »(1Co11,28). En particulier, lorsqu’une faute grave nous a séparés du Christ, il convient de se réconcilier avec lui par le sacrement de la réconciliation avant de communier ; La communion spirituelle peut alors être fructueuse.

 

Comment communie t-on ?

Cyrille de Jérusalem expliquait déjà:

« Quand tu t’approches, ne t’avance pas les paumes de main étendues, ni les doigts disjoints mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi, et dans le creux de ta main, reçois le corps du Christ, disant : « Amen ». Avec soin alors sanctifie tes yeux par le contact du Saint Corps, puis prends-le et veille à n’en rien perdre. Dis-moi, en effet, si on t’avait donné des paillettes d’or, ne les retiendrais-tu pas avec le plus grand soin, prenant soin de n’en rien perdre et d’en subir dommage ? Ne veilleras-tu pas avec beaucoup plus de soin sur un objet plus précieux que l’or afin de n’en rien perdre ?

Cyrille de Jérusalem (+ en 386)

Saint Ambroise explique le dialogue au moment de communier :

« Ce n’est pas sans raison que tu dis Amen, reconnaissant dans ton esprit que tu reçois le corps du Christ. Quand tu te présentes, le prêtre te dit : « Le corps du Christ » et toi tu dis : « Amen », c’est à dire : c’est vrai ».

Saint Ambroise

En certaines circonstances, il est possible de communier sous les deux espèces , ce qui est la forme habituelle chez les orientaux. Cette forme de communion se fait le plus souvent pour des raisons d’hygiène par intiction c’est à dire en trempant l’hostie dans le calice.

La communion sur la langue est probablement venue après la communion dans la main. Après le Concile Vatican 2 s’est produit pour la majorité des fidèles le retour à la forme primitive.

La restitution de la création :

Jean Paul 2 explique au paragraphe n°8 : « Ces cadres si divers de mes célébrations eucharistiques me font ressentir leur caractère universel et pour ainsi dire cosmique. Oui, cosmique ! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde. Elle est un lien entre le ciel et la terre. Elle englobe et elle imprègne toute la création. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour restituer toute la création, dans un acte de suprême louange, à Celui qui l’a tirée du néant. C’est ainsi que lui, le prêtre souverain et éternel, entrant grâce au sang de sa Croix dans le sanctuaire éternel, restitue toute la création rachetée au Créateur et Père. Il le fait par le ministère sacerdotal de l’Eglise, à la gloire de la Trinité sainte. C’est vraiment là le mysterium fidei qui se réalise dans l’Eucharistie : le monde, sorti des mains de Dieu créateur, retourne à lui après avoir été racheté par le Christ. »

 

Marie, femme eucharistique :

Il faut relire le dernier chapitre (n°6) pour approfondir cette étonnante expression que je n’ai jamais rencontrée jusqu’ici. Cette insistance du Pape sur Marie, femme eucharistique nous montre combien « une vie eucharistique » ne se limite pas au temps de la célébration de la messe mais englobe toute la vie du fidèle. Modèle pour notre foi, Marie l’est aussi pour nous montrer que seule la foi peut nous faire entrer en profondeur dans le mystère eucharistique. Marie s’offre elle-même et offre son Fils aux hommes ; nous aussi, nous sommes appelés à nous offrir nous –mêmes et à nous unir à son Fils à travers le mystère de sa mort et de sa résurrection. Marie nous est donnée pour mère par le Christ au pied de la croix. L’Eucharistie nous conforme au Christ en nous mettant à l’école de sa mère. Enfin, Marie a fait de sa vie un magnificat ; de même, l’eucharistie est là pour faire de toute notre vie un magnificat.

Rappel des questions posées à l’issue de la première séance :

 

Questions :

1.A quels points de l’encyclique ou de la présentation suis-je sensible ?

2. Quels sont les aspects de celle ci ou de l’eucharistie en général que je voudrais approfondir au cours des deux prochaines séances ?  

3. Comment est ce que je vis la célébration de l’eucharistie à Saint Joseph ( ou ailleurs !). Comment est ce que je m’y prépare ? A quoi suis-je sensible, attentif ? Est-ce que j’y pense pendant la semaine ? Que change dans ma vie ma participation à l’eucharistie ?

 

Hubert LOUVET, le 20 Novembre 2003