Cycle 2003-04 : Groupe Biblique ; la Création 1ère Séance et suivantes 


 6ème séance du 8-9 Mars 2004

Par le Père Philippe Bernard

 ADAM, ÈVE, LE BIG BANG ET MOI . 6

La Création dans le Nouveau Testament

Nous l’avons vu, il est très peu question d’Adam ou de Noé dans le Nouveau Testament. Il n’en reste pas moins que la foi en un Dieu créateur, élaborée au fil des siècles dans l’Ancien Testament, conserve une place essentielle dans le Nouveau Testament. Mais c’est le Christ qui va être au centre de cette théologie de la Création, ce qui sépare bien évidemment très nettement le christianisme des autres religions, judaïsme y compris. Et il me semble bon de terminer là-dessus, car il nous faut sans cesse nous rappeler que la foi chrétienne est christocentrique. Or, spontanément, je ne suis pas sûr que lorsque nous pensons « création », nous pensions au Fils : la création, c’est l’oeuvre du Père. Oui, mais … par le Fils, dans l’Esprit ! C’est ce que saint Hilaire, évêque de Poitiers dans la 2° moitié du IV° siècle, résumait ainsi : « Le Créateur de tous est unique. Il y a un seul Dieu Père, de qui tout provient ; il y a un seul Fils unique, notre Seigneur Jésus Christ, par qui tout existe ; il y a un seul Esprit, le don de Dieu répandu en tous » ( Traité sur la Trinité )

Pour nous mettre en route, rappelons-nous les paroles des deux professions de foi qui servent habituellement pour les messes dominicales et les grandes fêtes :

a) symbole des apôtres ( profession de foi de l’Eglise de Rome au II° s, dans sa forme actuelle depuis le VI° s) :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre

b) symbole de Nicée-Constantinople ( IV° s, dans sa forme actuelle depuis 451 ) :

Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait ».

Le Fils créateur … Le Fils, la Parole, le Verbe : la Parole créatrice : allons voir de plus près !

1. UNE PAROLE CREATRICE

Nous avions observé, au cours d’une rencontre précédente, que la Parole de Dieu était créatrice : Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut. Dieu dit … Dieu dit …On se rappelle que dans le deuxième récit de la Création, celui du chap. 1 de nos Bibles, dix fois revient cette expression Dieu dit, dix paroles de Dieu pour créer le monde, comme il y aura dix paroles de Dieu, les dix commandements, pour créer le peuple au désert. L’Ancien Testament rattachait d’ailleurs fréquemment la création du monde à la Parole de Dieu :

par sa parole, le Seigneur a fait les cieux ( Ps 33,6 ) ;

c’est lui qui a parlé, et cela arriva( Ps 33,9 ) ;

il envoie ses ordres à la terre, et aussitôt court sa parole, il répand la neige … il envoie sa parole, c’est le dégel ( Ps 147,15.18 ) ;

levez bien haut vos yeux et voyez : qui a créé ces êtres ? celui qui mobilise au complet leur armée et qui les convoque tous par leur nom ( Es 40,26 ) ;

les premiers événements, depuis longtemps je les ai annoncés, ils sont sortis de ma bouche, je les ai laissé entendre  ( Es 48,3 ) ;

Dieu des pères et Seigneur miséricordieux qui as fait l’univers par ta parole ( Sg 9,1 )…

DANS LE NOUVEAU TESTAMENT : évidemment, lorsque nous, chrétiens, nous lisons cela, nous pensons au prologue de l’Evangile de Jean : Jn 1,1-18. Le « Verbe », c’est donc la « Parole », c’est le Christ. Au commencement était le Verbe : le Verbe est donc présent avant la création.

2. L’HERITAGE DE L’ANCIEN TESTAMENT

Saint Paul reprend l’idée que Dieu donne vie à ce qui n’existe pas précédemment : (Abraham ) est notre Père devant Celui en qui il a cru, le Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas ( Rm 4,17). C’est ce que dira aussi l’auteur anonyme de l’épître aux Hébreux : par la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la parole de Dieu (He 11,3 )

Dieu donne vie depuis les origines, mais aussi chaque jour : c’est ce que Paul explique aux habitants de Lystre ( Ac 14,15-17 ), ainsi qu’aux autorités d’Athènes : Ac 17,24-28.

Tout existe par Dieu, mais tout existe aussi pour lui : tout est de lui, et par lui, et pour lui, à lui la gloire éternellement ! ( Rm 11,36 ) Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes ( 1 Co 8,6 )

C’est pourquoi toute créature est bonne, car tout ce qui vient de Dieu et lui appartient est pur : tout ce qu’on vend au marché, mangez-le sans poser de question par motif de conscience, car la terre et tout ce qu’elle contient sont au Seigneur ( 1 Co 10,25 )

3. JESUS CHRIST ET LA CREATION

La grande nouveauté du Nouveau Testament par rapport au monde de l’Ancien Testament, c’est que le Dieu Créateur que connaissait Israël s’est révélé comme le Père de Jésus Christ. Et celui-ci –comme l’Esprit Saint – est étroitement associé à l’œuvre créatrice de Dieu ( cf. supra 1 Co 8,6 ) ; pour tous ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu ( 1 Co 1,24 ). L’Apocalypse appelle Jésus le Principe de la Création de Dieu ( Ap 3,14 ) Car, pour Paul, le Christ est au cœur de la création. L’épître aux Hébreux, dans un langage différent, dit la même chose : He 1,1-3. Jésus lui-même dit à son Père : Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donné à faire. Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût ( J 17,4-5 )

Ainsi, la doctrine de la Création trouve son achèvement dans la contemplation du Christ. Celui-ci, explique Paul, est le nouvel Adam, parallèle qu’il développe dans un texte dense et complexe : Rom 5,15-20.

Ce qui intéresse Paul n’est pas tant le parallélisme entre Adam et le Christ que l’opposition entre l’un et l’autre, et la supériorité du second sur le premier. Le Christ est au centre de l’histoire, et c’est par rapport à lui qu’il faut situer Adam. Adam a instauré le règne de la mort auquel le Christ vient arracher l’humanité.

Jésus est venu sauver l’humanité comme un tout : il est venu sauver « Adam », lequel est, pour les Juifs du 1° siècle, à la fois le premier homme et l’humanité entière.

4. LA CREATION NOUVELLE DANS LE CHRIST

Le Nouveau Testament a bien conscience que ce monde ne durera pas éternellement, qu’il est appelé à disparaître. Mais une nouvelle création a déjà été inaugurée dans le Christ.

Cela vaut d’abord pour l’homme renouvelé intérieurement par le baptême :

vous avez revêtu l’homme nouveau, celui qui ne cesse d’être renouvelé à l’image de son Créateur ( Col 3,10 ).

Ce qui importe, ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision, mais la nouvelle création ( Ga 6,15 ).

Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ( 2 Co 5,17 )

Cela vaut donc pour l’homme, mais cela, dit saint Paul, vaut aussi pour l’univers : regardons les deux admirable hymnes de Paul : celle de l’épître aux Ephésiens : Eph 1,3-10, et celle de l’épître aux Colossiens : Col 1,13-20.

LECTURE DES HYMNES PAULINIENNES

Eph 1,3-12 : ce passage appartient au genre littéraire de la bénédiction, très répandu dans la liturgie juive. Le Père est l’acteur principal, mais la description de son action est rythmée par les « en Christ », « dans le Christ ».

Béni soit Dieu ! Paul commence très souvent ses lettres par une formule de louange et d’action de grâce. Il va proclamer le plan de Dieu, le dessein de Dieu. Le Père a voulu, dès avant la création du monde, communiquer ses richesses à des êtres créés. Ila voulu que des enfants se multiplient autour de son Fils, et ils reviendront à lui à la fin de l’histoire, réunis en un seul corps.

Col 1,12-20 : Sans doute face à des risques d’hérésie chez les Colossiens, qui risquaient de confondre le Christ avec d’autres puissances célestes, Paul affirme la place centrale du Christ.

 

CONCLUSION : A LA FIN DES TEMPS …

La louange au Dieu créateur, la reconnaissance de la puissance de Dieu se retrouve aussi dans le Nouveau Testament : tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car c’est toi qui créa toutes choses ; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées ( Ap 4,11 )

Au milieu des difficultés, des épreuves, des imperfections, malgré le péché, la création avance vers son achèvement : nous attendons selon sa promesse des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habitera ( 2 P 3,13 ).

Nous avions commencé par la Genèse, le premier livre de la Bible ; nous terminerons par le dernier, le livre de l’Apocalypse. On se rappellera avec profit que le mot « apocalypse » ne signifie pas « catastrophe », mais « révélation », « dévoilement ».

Avec le Christ ont commencé les derniers temps, en ce sens qu’en lui Dieu s’est révélé de manière pleine et définitive. C’est dans l’humanité entière rachetée par le Christ que l’histoire trouvera son accomplissement. Nous le savons bien, après la venue du Christ, la création continue de souffrir, de vivre le mal, la mort, le péché. Mais nous savons que le Ressuscité est présent à jamais. Genèse 1-11 décrivaient l’entrée du péché, de la souffrance et de la mort dans le monde : tout cela sera éliminé dans la réalité finale de l’humanité rachetée.

Au début de la Genèse, la relation entre Dieu et Adam ( l’humanité ) est une relation de communion. Celle-ci a été brisée, mais on la retrouvera, à la fin de l’Apocalypse, entre Dieu et l’humanité rachetée. Au début il y a eu séparation ; à la fin on trouvera l’entrée dans la Jérusalem céleste : Ap 21,1-5.22-25 ; 22,2-5.

 

APPENDICE

LA CREATION DANS LA LITURGIE DE LA MESSE : cf. feuille annexe

Bibliographie