Cycle 2003-04 :
Groupe Biblique ; la Création 1ère Séance ![]()
2ème Séance du 24-25 novembre 2003 par Père Philippe Bernard
ADAM, EVE, LE BIG BANG ET MOI / 2
II. VISITE AUX VOISINS ( suite et fin )
3.ET DU COTE DE CANAAN ( ou OUGARIT ) …
L’univers d’Ougarit est proche géographiquement du monde biblique. C’est un pays méditerranéen, dont la langue est une langue sémitique, comme l’hébreu. Le culte à Baal, dieu de la fertilité et de la fécondité, a laissé de très nombreuses traces dans l’Ancien Testament ( cf. 1 Rois, Osée … )
Le dieu suprême, El, habitue au confluent des deux fleuves et des deux abîmes. Nous retrouverons « abîmes » et « fleuves » dans les récits bibliques de la création. Ce dieu El est appelé « le créateur des choses créées ». On dit aussi de lui qu’il est ab adm, ce qui signifie « père de l’homme » en donnant à « homme » le sens collectif d’« humanité ». C’est ce nom adm qui sera donné par la Bible au premier homme …
III. LA REDACTION DES RECITS BIBLIQUES
1. ISRAEL ET SES TRADITIONS
On sait que l’Ancien Testament est une bibliothèque, composée de documents de types différents ( récits, prières, chroniques, etc ), originaires de différents lieux et de différentes époques. Ces documents, dans leur incroyable diversité, ont un point commun : ce sont des documents où un peuple lit la présence de Dieu dans son histoire. « De » Dieu et non pas « des » dieux : le monothéisme est totalement spécifique à la Bible.
Différents époques : il ne faut jamais oublier, je me répète mais tant pis, qu’entre le début de ce qu’on appelle l’histoire sainte : la vie d’Abraham, et l’installation du peuple hébreu en terre de Canaan, et donc l’ébauche des premiers écrits racontant ce qui s’est passé, il s’est passé environ 9 siècles. 9 siècles de nomadisme, donc 9 siècles de confrontation à d’autres cultures, à d’autres rites religieux, 9 siècles de traditions orales transmises de génération en génération. Pour nous donner une petite idée de ce que cela représente, imaginons que depuis le Moyen-Âge, le 12° siècle, nous n’ayons aucun document écrit sur ce qui s’est passé en France …
Soyons lucides : ces traditions orales du peuple de la Bible nous sont perdues à tout jamais.
Sans entrer dans les détails, on sait que les premières mises par écrit des textes bibliques ont eu lieu du côté des 11° et 10° s. Comme, peu à peu, le royaume d’Israël s’organise et prend forme, on va centraliser les traditions orales des différentes tribus. Sachant que, très vite, vers l’an 930, il va y avoir un schisme : le royaume d’Israël va se diviser en deux, le royaume du Nord et le royaume du Sud, Israël et Juda. Une partie des textes bibliques, et notamment du livre de la Genèse, date de cette époque. On l’appelle le récit « yahviste » parce qu’on y appelle Dieu « Yahwé », récit probablement écrit à l’époque de Salomon, donc autour des années 950.
Et puis, à partir de 587, le peuple, ou du moins ce qu’il en reste, puisque le royaume du Nord a disparu en 721, ce qui reste du peuple donc vit une nouvelle épreuve, pire que le schisme : la déportation. Tout le peuple est déporté à Babylone. En ces cas-là, face à l’adversité, plus question de querelles de clochers : il faut faire bloc pour sauver l’identité du peuple. Et on va la sauver à travers la religion. On suppose que ce sont les prêtres qui, pendant l’exil, ont entrepris de faire une synthèse de tous ces récits épars, de toutes ces traditions. C’est ce qu’on appelle le récit sacerdotal. Tout ça additionné nous donne une deuxième partie de l’Ancien Testament, un deuxième ensemble d’écrits, parmi lesquels d’autres passages du livre de la Genèse.
Il y a enfin, pour mémoire, une troisième partie, qui ne concerne pas directement notre sujet : c’est tout ce qui va être récolté et rédigé après le retour d’Exil, donc entre 538 et Jésus. Cette période ne sera pas spécialement calme non plus, puisque se succèderont l’occupation grecque ( à partir de 330 ) et l’occupation romaine ( à partir de 63 ).
2. LA QUESTION DES LANGUES
Pour ajouter à la complexité des affaires, il faut, sans trop s’y étendre, mentionner le problème des langues.
- La plus grande partie de l’Ancien Testament est rédigée en Hébreu, qui est une langue relativement récente en tant que langue écrite. L’Hébreu restera la langue de la liturgie, notamment pour les lectures à la synagogue. Aujourd’hui encore d’ailleurs …
- Surtout en approchant de l’ère chrétienne, la langue courante sera non plus l’Hébreu mais l’Araméen ( la langue de Jésus ). C’était une langue parlée par des voisins d’Israël, qui a des racines communes avec l’Hébreu, et qui, au fil du temps, était devenue la langue des échanges commerciaux et diplomatiques.
- Enfin, une partie de l’Ancien Testament, parmi les écrits les plus récents, est écrite en grec. Comme le sera d’ailleurs le Nouveau Testament dans son intégralité. L’Ancien Testament fut traduit en Grec, dans les milieux juifs d’Alexandrie ( en Egypte ), au III°s ( traduction dite « des Septante » ). Ce n’est que bien plus tard que la Bible sera traduite en latin ( traduction de saint Jérôme au IV° s ap. JC, traduction appelée « Vulgate » ), et enfin, peu à peu, dans les différentes langues nationales.
Revenons à l’Hébreu, puisque c’est dans cette langue qu’est écrit le livre de la Genèse. L’Hébreu a une particularité amusante : celle de n’écrire que les consonnes ( rappelons-nous adm tout à l’heure ). Ce qui fait qu’un ensemble de lettres peut avoir plusieurs sens et demande par conséquent à être interprété : on devine la complexité de la question de la traduction … ( ex. francisés : MLN : melon, malin, Melun. V : vie, vue, voie. LN : lion, loin, lien. VS : vase, visé, visu, visa. YHWH : Yahweh ou Yéhowah ) A titre d’exemple, voici quelques comparaisons entre différentes traductions de quelques versets du livre de la Genèse et d’un texte bien connu du Nouveau Testament : (cf. textes )
De telles petites différences accumulées pendant 1500 pages, cela donne au bout du compte des traductions certes très proches sur l’essentiel, mais aux tonalités très différentes …
3.ET LA GENESE DANS TOUT CA?
Revenons à ce qui nous préoccupe : les récits de création. « Genèse », c’est un mot qui veut dire « commencement ». Les premiers chapitres de la Genèse, nous l’avons vu, ont donc des origines diverses. Ce livre s’est formé par morceaux, et cela a pris des siècles, au moins cinq. Il n’a pris sa forme définitive, celle que nous connaissons, celle de nos Bibles, que vers le V° s avant JC, après le retour de l’Exil à Babylone.
Ce livre de la Genèse compte 50 chapitres, et plusieurs parties bien distinctes. On ne va s’intéresser qu’à la première partie, qui regroupe les 11 premiers chapitres. Ils ont évidemment une multitude d’auteurs, tous plus anonymes les uns que les autres : le monde biblique ignore totalement la notion de propriété d’un texte.
Quand les tribus nomades se sont fixées en Palestine, aux XI° - X° s, elles sont peu à peu entrées dans une nouvelle culture : celle de l’écriture. Autour du roi, des gens cultivés, qu’on appelle les scribes, vont peu à peu consigner par écrit les lois et les croyances du royaume. Lorsque le roi Salomon succède à son père David sur le trône d’Israël, vers 970, il organise sa cour à l’image de celle des pharaons : les scribes y tiennent une place importante ; ce sont des écrivains, mais aussi des sages, et leur sagesse est considérée comme un don de Dieu.
Ils vont donc écrire le premier récit, le récit yahviste. Il s’agit d’une réflexion de sages qui s’interrogent sur les grandes questions humaines : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi la souffrance et la mort ? Pourquoi l’attirance des sexes l’un pour l’autre ? Etc. Ces écrivains sont des gens qui viennent du désert, pour lesquels l’oasis est donc un paradis. Cela va donner le premier récit, celui, notamment, des chapitres … 2 et 3, qui ont été écrits avant le chapitre 1 de nos Bibles.
Ce récit sera complété par la suite, au moment de l’Exil ; là, ce seront les prêtres qui seront les maîtres d’œuvres de ce second récit de la création ( celui du chapitre 1 surtout, écrit donc 4 ou 5 siècles après le précédent ). Ce célèbre chapitre 1, le récit de la création en 7 jours, c’est celui qui ouvre la Veillée Pascale. La signature des prêtres se repère facilement : ce récit d’une création qui culmine le jour du sabbat est évidemment un récit liturgique. Un détail révélateur : on ne parle pas du soleil et de la lune, mais des deux luminaires, le grand et le petit : or, ce mot « luminaire » est celui qui désigne les lampes qui brûlent dans le temple. Un peu l’équivalent de la lampe rouge qui, dans nos églises, indique la présence du Saint Sacrement. Ce qui veut dire au passage que soleil et lune ne sont pas des dieux, mais des signes qui indiquent une présence.
Bref, les récits de la création vont être écrits pour partie vers le X° s, pour partie aux VI° et V° s avant Jésus Christ … donc très, très loin de la création du monde et de l’apparition de l’homme.
Les récits de la Création sont donc des écrits bibliques relativement tardifs. Ils sont précédés par des traditions plus anciennes qui ont trait à l’histoire sainte : Abraham, les patriarches, l’exode, la traversée du désert, la conquête de la Terre Promise. Pourquoi ?
Parce que l’événement central de la foi d’Israël, ce n’est pas la Création du monde, c’est la sortie d’Egypte. Israël contemple le Dieu qui l’a sauvé et libéré, et ce n’est que plus tard qu’il s’est mis à réfléchir sur l’origine de l’homme et sur la condition de l’humanité. Dieu est perçu comme un Dieu avant tout sauveur, libérateur, beaucoup plus que comme un Dieu créateur.
IV. LECTURE DE GENESE 1à 11.
Introduction
Nous avons fait un détour pour replacer ces textes dans l’univers culturel et historique dans lequel ils ont pris forme. Leurs auteurs se sont évidemment exprimés dans le langage courant de leur temps ( on ne voit d’ailleurs pas comment ils auraient pu faire autrement ). Ils ont utilisé les matériaux et les modes d’expression alors en usage chez d’autres peuples, notamment ceux de Mésopotamie. Nous allons constater au fil des pages à quel point les textes bibliques diffèrent des autres, sur le fond plus que sur la forme.
Car il ne faut pas s’y tromper : la Genèse représente une pensée radicalement neuve, mais exprimée dans des genres littéraires anciens.
La grande nouveauté, on l’a déjà évoquée, c’est qu’Israël rompt avec tous les systèmes religieux de l’Ancien Orient en se référant à un seul Dieu. Ce qui veut dire que toutes les forces cosmiques que les anciens personnifiaient ( astres du ciel, puissances fécondantes, génies de la terre, puissances protectrices des peuples … ) perdent leur rang divin. Les forces cosmiques redeviennent ce qu’elles sont, à savoir des créatures. Du coup, l’homme n’est plus ni le jouet ni la victime d’un affrontement entre des puissances rivales qui se disputent le gouvernement de l’univers. L’univers, créé par Dieu et soumis à lui, est le cadre dans lequel se déploie et se dévoile son mystérieux dessein, lequel ne se révélera d’ailleurs pleinement que bien plus tard, avec Jésus Christ.
Dans Genèse 1-11, les auteurs bibliques nous fournissent donc une clé de lecture pour déchiffrer, interpréter l’histoire humaine. Raconter la création du monde n’est ni de près ni de loin leur problème.
1. AUX ORIGINES : chapitres 1.2.3
Nous sommes dans les récits de création au sens auquel nous entendons habituellement ce mot : comment l’univers s’est-il formé et comment l’homme est-il apparu ? Nous l’avons vu, il y a deux récits, que nous allons prendre non pas dans l’ordre de nos Bibles, mais dans l’ordre chronologique de leur rédaction.
a) L’histoire sainte « yahviste » ( Gn 2,4b – 3,24 )
2,6-7 : Au commencement, il y a donc un flux qui monte de la terre. On est dans une cosmologie terrestre : tout vient de la terre. Ce sera le contraire pour l’autre récit de la création. Ce flux, on peut le considérer comme un premier don de Dieu qui permettra de détremper une terre sèche et aride pour pétrir l’homme et faire germer la vie. Ce côté « potier » n’est pas propre à la Bible : en Egypte, on connaît le geste du dieu potier Hnoum qui modèle l’homme sur son tour. Beaucoup d’autres religions anciennes évoquent les êtres vivants fabriqués par les dieux avec de la boue. Toujours est-il que l’homme vient de la poussière. C’est à cette même poussière qu’il retournera : cf. 3,19. On a un premier jeu de mots : l’être humain, le adam, est tiré de la terre, adama. On retrouvera d’ailleurs un peu la même similitude en latin : homme se dit homo, qui est assez proche de humus ( la terre ). Le nom « Adam » n’est donc pas un nom propre : c’est un terme générique qui désigne l’être humain. Homme et femme.
Cet être humain, au départ, il n’est que poussière. Qu’est-ce qui va lui donner vie ? le souffle de Dieu. C’est par l’haleine de vie que Dieu lui insuffle que l’homme devient un être vivant. C’est grâce à la présence en lui du souffle de Dieu ( on peut aussi dire : l’Esprit de Dieu ) que l’homme est un être vivant.
2,8 : ah, le jardin d’Eden … Le mot signifie « la steppe » mais évoque de très près un autre mot qui veut dire « jouissance ». Si Dieu prend la peine de planter ce jardin, ce n’est pas à son usage personnel : c’est pour y installer l’homme. Pour faire bon poids, l’auteur place ce jardin paradisiaque à l’Est de la Palestine, c’est-à-dire en plein désert. Autrement dit : Dieu est celui qui fait jaillir la vie. L’homme n’est pas originaire de l’Eden, il y est placé par Dieu.
2,9 : Ah, ces deux arbres, qu’ils auront fait parler ! Dans les mythes orientaux, l’arbre de vie représentait la nourriture d’immortalité ( rappelons-nous l’épopée de Gilgamesh ). Quant au 2° arbre, celui de la connaissance de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, c’est l’arbre de la sagesse, de la connaissance de ce qui est bon pour l’homme : quelque chose comme la source du bonheur. L’Orient ancien connaissait des arbres de vie, des arbres de vérité, mais celui-ci est une nouveauté.
2,10-17 : tableau apparemment très documenté, en forme de carte de géographie. En fait, il est plus que flou. L’auteur place le jardin dans le cadre géographique qu’il connaît. Le Tigre et l’Euphrate, pas de problème ; Gihôn est le nom d’une source située à côté de Jérusalem ; quant au Pishôn, il est inconnu par ailleurs. Ce qui est intéressant, c’est le fait qu’il y ait quatre bras à ce fleuve qui vient d’Eden pour irriguer le jardin, autrement dit, qui vient du « monde de Dieu » pour fertiliser l’endroit où Dieu a placé l’homme : en effet, le chiffre 4 est dans la Bible symbole d’universalité ( à cause des quatre points cardinaux ). Cet univers paradisiaque n’est pas là par hasard : c’est à cela que l’homme est destiné. Tout cela diffère évidemment de manière radicale de la pensée de la littérature mésopotamienne.
2,15-17 : il n’est plus question de l’arbre de vie, uniquement de celui de la connaissance de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. Voici donc l’homme chargé de cultiver le sol, autrement dit, de « gérer » la création de Dieu. Ce travail de l’homme est une vocation et non une punition : à l’homme de garder et d’entretenir ce que Dieu lui a donné.
Dans la mentalité d’aujourd’hui, l’interdiction de Dieu serait prise comme une atteinte à la liberté individuelle. Ce qui est en jeu est autre : Dieu veut éviter la mort à l’homme. L’interdiction rappelle à l’homme qu’il n’est pas Dieu, qu’il n’est pas le maître de l’univers. Pour l’auteur Yahviste, la connaissance du bon et du mauvais appartient à Dieu, un peu comme un père ou une mère dit à son enfant : « je sais que cela, ce n’est pas bon pour toi. Tu ne peux pas tout comprendre, mais c’est parce que je t’aime qu’il y a des choses que je t’interdis ». En d’autres termes, pour l’auteur Yahviste, il ne s’agit pas d’un brimade de la part de Dieu, mais d’une décision qui permet à l’homme de vivre.
2,18-24 : une aide qui lui, soit accordée, mot-à-mot « vis à vis ». L’opération se déroule en deux temps. On assiste d’abord à la création des animaux ( nous verrons plus tard que l’autre récit, celui de Genèse 1, met les choses dans l’autre sens : l’homme y est créé en dernier ). Les animaux défilent devant l’homme pour recevoir de lui leur nom. Or, donner un nom aux êtres, c’est manifester qu’on en a la connaissance et la maîtrise. C’est d’ailleurs pour cela que la Bible ne donne pas de nom propre à Dieu : Yahvé, « je suis celui qui suis, je suis qui je suis », on traduit même parfois « je suis » tout court, par exemple dans le récit de l’envoi en mission de Moïse en Ex 3. La soumission de la nature entière à l’homme fait donc partie du dessein de Dieu.
Mais ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher ce dont l’homme a besoin. La torpeur, le sommeil de l’homme est souvent dans la Bible un des moments-clés de l’intervention de Dieu. Voici la femme, « os de mes os et chair de ma chair » : expression qui, pour les Sémites, désignait un lien de parenté. Autrement dit, entre l’homme et la femme, il y a une parenté, on dirait aussi aujourd’hui une « parité » absolue. En hébreu, homme et femme se disent : ish et ishshâh : on l’a déjà vu avec adam et adamâ, la Genèse aime ces rapprochements de mots qui soulignent une idée, ici, la similitude de l’homme et de la femme. C’est une égalité de nature. Ainsi, la sexualité sous tous ses aspects est rattachée à l’œuvre du Créateur. Et la famille humaine du v. 24 répond à ce modèle que l’auteur yahviste place aux origines. Après avoir exprimé la joie de l’homme d’avoir trouvé sa femme ( v.23 ), l’auteur ratifie l’attrait qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Et ce lien est plus fort que celui de la parenté.
2,25 : ce n’est pas une question de pudeur : dans la Bible, les mots nudité et honte représentent plutôt la faiblesse, le manque de protection. L’homme et la femme s’acceptent l’un l’autre, tels qu’ils sont, sans chercher à profiter de la faiblesse de l’autre. Cette notation de l’auteur est une charnière entre le Paradis et le drame qui va se jouer ensuite. La rupture avec Dieu introduira une rupture dans la vie du couple lui-même.
Pour l’instant encore, tout va bien : l’auteur Yahviste nous a présenté un tableau très optimiste de la Création voulue par Dieu : l’homme a la compagne idéale, tous deux vivent dans un cadre « paradisiaque », ils ont pouvoir sur la Création, et Dieu les protège. On est bien loin de certains des textes mésopotamiens que nous avons lus la dernière fois …
Mais cela ne va pas durer. Parce qu’il l’expérimente chaque jour, l’auteur biblique sait parfaitement que la vie quotidienne des hommes est très éloignée de cette vision enchanteresse : il faut donc affronter le problème du mal.
Le point de départ de l’auteur yahviste est qu’il y a une relation unique entre Dieu et l’homme, relation dont Dieu a pris l’initiative. Cette relation comporte un appel au libre engagement de l’homme qui reconnaît sa condition de créature et accepte d’obéir à Dieu ( tu ne mangeras pas ). Cela va tourner au drame quand l’homme s’y refuse, car il perd alors cette communion de vie avec Dieu, et du coup verra celui-ci sous les traits d’un Juge. Tous les codes de la loi, dans l’Ancien Testament, se terminent par un choix : cf. Dt 30,15-20, Ex 23,20-22 et 25, Lv 26,3ss, 14ss. L’homme est placé devant un choix. Et c’est dramatique, au sens théâtral du terme, car c’est l’épreuve de la liberté.