Revoir le cycle des Actes (année 2002-03)   

 

Cycle 2003-04 : Groupe Biblique ;

 la Création 1ère Séance  Science et Foi        

 la Création 2ème Séance Recits bibliques     

la Création 3ème Séance Genèse 1 à 4        

la Création 4ème Séance   le déluge              

la Création 5ème Séance   Babel                    

La Création 6ème séance Nouveau Testament 

La Création Appendice Dans la Liturgie       

Bibliographie                                                

 


1ère Séance du 20-21 octobre 2003                                                                                                            par Père Philippe BERNARD

Plan :

I. LA SCIENCE ET LA FOI : FACE A FACE OU COTE A COTE ?

1. SERIEUX S’ABSTENIR 

2. DES IMAGES QUI FASCINENT

3. QUATRE APPROCHES

1° approche

2° approche

3°approche

4°approche

4. UN DIFFICILE EQUILIBRE

5. UNE AMBIGUITE REGRETTABLE

II. VISITES AUX VOISINS

1. SEJOUR EN EGYPTE

2. PROMENADES EN MESOPOTAMIE

ADAM, EVE, LE BIG BANG ET MOI

I. LA SCIENCE ET LA FOI : FACE A FACE OU COTE A COTE ?

 

1. SERIEUX S’ABSTENIR ?

Ce qu’on connaît généralement des récits bibliques de la Création est en forme d’images d’Épinal : un Dieu potier qui modèle Adam avec de l’argile ; un Dieu chirurgien qui enlève une côte à Adam pour former Ève ; une histoire de pomme et de serpent. Avouons-le, tout ça ne fait pas très sérieux. Cela ne passe plus.

Le problème, c’est que c’est trop bien passé. Du coup, cela a ancré chez beaucoup de gens la conviction qu’on ne peut pas croire à la fois ce que dit la science et ce que dit la Bible. Les deux semblent irrémédiablement contradictoires.

Disons-le d’entrée de jeu : les chrétiens sont à la fois les héritiers et les victimes d’une mauvaise lecture des textes bibliques, en l’occurrence des premiers chapitres du livre de la Genèse. Héritiers et victimes d’une lecture « à plat », au premier degré. Lu comme on lirait reportage dans un journal, cela ne fait effectivement pas très sérieux. Mais c’est se tromper lourdement de manière de lire. Un peu comme si on haussait les épaules en lisant les fables de la Fontaine, en disant : « c’est complètement stupide, comment voulez-vous qu’un renard parle à un corbeau ? ». Ou comme si on avait accusé Charles Trénet de ne rien comprendre à l’astronomie quand il chantait « le soleil a rendez-vous avec la lune ».

Mauvaise lecture, mauvaise interprétation. Pourquoi ? Nos ancêtres étaient-ils plus bêtes que nous ? Évidemment non. Mais, tout simplement, il a fallu beaucoup de temps pour que les sciences se développent  ( linguistique, archéologie, géologie, etc. ); il a fallu du temps pour que la recherche biblique ait le droit d’exister au grand jour, et du coup, pour qu’elle progresse. Car il a aussi fallu du temps pour que les autorités de l’Église acceptent et ensuite encouragent cette recherche. Il a quand même fallu attendre trois siècles et demi et Jean-Paul II pour que Rome accepte enfin de dire officiellement que la condamnation de Galilée ( 1633 ) était une erreur …

Cette lecture au premier degré des textes bibliques nous a fait perdre sur tous les tableaux :

1. Elle nous a rendu non crédibles aux yeux de beaucoup de gens

2. Elle met parfois les croyants que nous sommes mal à l’aise dans leur foi

3. Mais il y a plus grave : cette lecture tronquée des premiers chapitres de la Genèse nous a empêché d’atteindre l’essentiel : le message biblique sur l’homme, sa place dans le monde et sa relation à Dieu.

 

2. DES IMAGES QUI FASCINENT

En même temps, contrairement à beaucoup d’autres textes de l’Ancien Testament, toutes ces images ont traversé les siècles : le serpent, l’arbre du bien

et du mal, Adam et Ève se faisant des pagnes avec des feuilles, l’ange armé jusqu’aux dents qui garde la porte du Paradis perdu, Abel tué par son frère Caïn, l’arche de Noé flottant sur les eaux du déluge, la colombe avec son rameau d’olivier dans le bec, la tour de Babel, etc. : des enlumineurs du Moyen Age aux peintres de la Renaissance en passant par les sculpteurs des cathédrales, ces thèmes ont été abondamment utilisés. Comme si ces images demeuraient non seulement une mine inépuisable d’inspiration artistique, mais aussi une approche de questions enracinées au plus profond de la vie humaine : qui sommes-nous ? Que faisons-nous là ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?

3. QUATRE APPROCHES

Le temps passant, le progrès des sciences semble avoir porté un coup fatal à ces images, les renvoyant dans la catégorie des légendes pittoresques mais sans intérêt pour l’homme du 21° siècle. A qui fera-t-on croire que l’homme a été formé avec de la boue ? Qui peut encore croire à un seul couple originel ? D’autant plus, soit dit en passant, que, si l’on suit le texte biblique à la lettre, Adam et Ève n’ont eu que des garçons. Comment on fait après … ?

Si ces textes sont scientifiquement disqualifiés, que peut-on en faire ?

A titre d’exemple, voici ce qu’écrivait il y a quelques années un célèbre scientifique Français, spécialiste des questions des origines : « il existe deux types d’explications du monde : celle fournie par les religions et les mythes, celle proposée par la science. Les religions chancellent. Pourtant, dépassés par un progrès qu’ils ne comprennent pas et qui les entraîne, certains hommes ressentent plus que jamais l’utilité d’une croyance. Dans ce contexte d’une science tout à la fois conquérante et accusée, peut-on encore être croyant ? Telle est la grande question. Ce monde moderne du savoir, et qu’on voudrait de la raison, peut-il faire une place à Dieu ? » ( Claude ALLEGRE, « Dieu face à la science », pp. 7-10, Ed. Fayard 1997 )

On peut, à très gros traits, définir quatre approches de la relation entre la foi et les sciences.

Première approche : seule la Bible dit vrai. On s’en tient au texte biblique. C’est du fondamentalisme. On trouve encore cela aujourd’hui dans des courants juifs traditionalistes, dans certaines parties de la nébuleuse protestante, ou chez les Témoins de Jéhovah. On refuse notamment la théorie de l’évolution élaborée par Wallace, Darwin et d’autres. Et il est vrai qu’au XVIII°s, Buffon s’est fait rappeler à l’ordre par Rome lorsqu’il a élaboré une explication assez remarquable de l’histoire de la création de la terre. Il faut se rappeler qu’au XIX° s, des autorités de l’Église catholique ont décrété que la théorie de l’évolution était contraire à la foi.

Soyons clairs : une position refusant tout discours scientifique n’est pas tenable, sauf à vivre dans un univers parallèle sans contact avec la réalité. Et c’est oublier que la relation à Dieu est d’un autre ordre que le fonctionnement des lois de la nature.

Deuxième approche : il y a une part d’explication réservée à Dieu. On a longtemps attribué à l’intervention directe de Dieu tout ce qui était inexplicable

( est-ce totalement terminé ? ). On voyait du miracle ou de la punition divine partout : c’est encore la mentalité du monde biblique au temps de Jésus. La science progresse, du coup les explications se multiplient, la place de Dieu se réduit de plus en plus. Exemple : puisque l’homme est le produit de l’évolution d’une lignée animale, quelle place pour Dieu ? Réponse : l’originalité de l’homme, c’est qu’il a une âme ; pour passer de l’animal à l’homme, il faut l’intervention de Dieu.

Cela présente un énorme inconvénient : celui de réduire le rôle de Dieu à des interventions ponctuelles dans un monde qui évoluerait sans lui. Un Dieu qui serait un peu comme un roi qui se contente d’inaugurer des expositions de chrysanthèmes. Ou comme un magicien qui vient en cas de besoin donner un coup de baguette magique. Or nous croyons en un Dieu qui est présent à tout moment de l’histoire de l’humanité.

Troisième approche : faire concorder la Bible et les sciences. C’est ce qu’on appelle le concordisme. Ainsi, par exemple, les sept jours de la Création ne représenteraient pas des journées de 24 h mais des périodes géologiques. Cela ne pose aucun problème à C. Allègre, qui écrit : « suivant la Bible ce n’est que le quatrième jour qu’apparaissent sur la terre les végétaux verts, puis le cinquième jour les animaux aquatiques. Le sixième jour c’est le tour des animaux, et enfin, en dernier, l’homme apparaît. Il ne faut pas une grande imagination pour y voir la symbolique de l’évolution des espèces » ( op. cit. p. 284 )

C’est séduisant. Mais c’est oublier que les auteurs de la Genèse ne se posaient pas les questions dans les mêmes termes que nous. Ils s’exprimaient dans une mentalité pré-scientifique : l’évolution des espèces, les périodes géologiques ou la synthèse chlorophyllienne leur étaient parfaitement inconnues. Et le P. Grelot, grand spécialiste de ces récits bibliques, dans un livre-réponse à celui de Claude Allègre, lance une invitation à « une lecture intelligente de la Bible, une lecture critique dont les théologiens chrétiens du XVI° s, et même des siècles suivants, étaient incapables parce qu’ils n’en avaient pas les moyens. Il fallait, pour le faire, que les textes bibliques soient remis dans leur contexte culturel ancien »

( Pierre Grelot, « la science face à la foi », Ed. du Cerf 1998, pp.13-15 )

Quatrième approche : faire des sciences et de la Bible deux domaines séparés. Chacun chez soi. On affirme que la foi exprimée par la Bible et le savoir scientifique n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Les scientifiques essaient de comprendre et d’expliquer l’apparition de l’homme, tandis que la Bible propose des réponses aux grandes questions des hommes. Il y a donc entre Bible et science différence d’approche des réalités, et donc pas de conflit possible. Claude Allègre encore : « la science joue son rôle lorsqu’elle nous fait rêver en nous racontant le Big Bang, l’origine de la Terre, ou la manière dont l’ADN code le programme génétique. Elle sort par contre de son rôle lorsqu’elle fait croire qu’elle peut avoir, ou aura, une réponse à la grande question : que faisons-nous là au milieu de cet univers ? D’où venons-nous ? L’univers a-t-il un sens ? La science n’a pas et n’aura jamais de réponse à ces questions, et elle doit le dire. Sans honte ». ( op. cit. p. 273 )

En écho, Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, disait : «Certes, il y a eu des tentatives de récupération : la religion freinant la science et inversement des arguments dits scientifiques pour détruire le message religieux. Science et religion, respectons les deux ! Il n’y a aucune antinomie entre le fait d’être scientifique et d’être croyant ».

Cela ne manque pas d’intérêt. Mais est-ce totalement satisfaisant pour le scientifique croyant ? En effet, comment la foi n’aurait-elle rien à dire, rien à nous apprendre sur le monde que nous expliquent les chercheurs ? Comment l’activité de l’homme pourrait-elle être séparée de sa foi ? Ce serait établir une coupure à l’intérieur de l’homme, d’un côté le chrétien, de l’autre le scientifique.

4. UN DIFFICILE EQUILIBRE

Il nous faut donc prendre notre parti d’un équilibre difficile ( comme tous les équilibres ), qui est celui de la complémentarité. On part du postulat précédent : les sciences s’intéressent au comment ? Comment les choses se sont-elles passées ? Quant à la Bible, son propos est davantage celui du sens. Quel sens tout cela a-t-il, le mot « sens » étant pris dans sa double dimension : à la fois signification et direction. Allègre : « rien n’empêche un croyant scientifique de penser que ces récits sont des textes symboliques, que tout en respectant les connaissances de leur temps, ils indiquent le chemin du futur inspiré par une pensée divine. Il n’y a en effet aucune difficulté à réconcilier la science et les textes sacrés si l’on donne à ces derniers un contenu symbolique. C’est là un point capital » (op. cit. p. 283 ). On ne peut qu’être d’accord … à une condition, elle aussi capitale : c’est de ne pas oublier que, pour le croyant, Dieu n’est pas un symbole mais une personne réelle. Et cette réalité de Dieu concerne au même titre le passé, le présent et l’avenir.

Capital … Le catéchisme de l’Église Catholique dit ceci : « la catéchèse sur la création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements-mêmes de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée : d’où venons-nous ? Où allons-nous ?Quelle est notre origine ? Quelle est notre fin ? D’où vient et où va tout ce qui existe ? Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables.» ( Catéchisme de l’Église Catholique, Ed. Mame-Plon, & 282 )

Nous allons donc tenter une lecture intelligente de ces récits de Création du monde. Comme l’écrit le P. Grelot à Claude Allègre : « Par monde, vous entendez l’ensemble de l’univers physique ; l’homme s’y voit réduit sans aucun égard pour son « monde intérieur » : celui de la pensée, de l’expérience morale, et celui de la relation vécue avec la Transcendance, quelque représentation qu’il en ait dans l’esprit » ( op. cit. p. 13 )

Les évêques de France, dans leur « Catéchisme pour adultes », ne disent pas autre chose : « La science et la foi peuvent et doivent continuer à s’interroger, tout en évitant les empiètements regrettables de théologiens qui imposeraient aux savants une vision du monde, ou de scientifiques qui nieraient Dieu au nom de la science » ( Les évêques de France, « catéchisme pour adultes », & 92 )

Tel va être notre parti. Nous allons lire en tant que croyants ce qu’ont écrit d’autres croyants.

5. UNE AMBIGUITE REGRETTABLE

Une des principales difficultés de ce dossier réside en fait dans un énorme malentendu de vocabulaire : ce qui est en cause, c’est le sens que l’on donne au mot « création ». Que dit mon dictionnaire ? « Création : action de créer, de tirer du néant ». ( Dictionnaire de la langue française, Ed. de la connaissance ). Si on s’en tient à cela, on fait de la création uniquement une affaire d’origine. Et si la création continuait aujourd’hui ? C’est chaque jour que l’univers change, que les galaxies évoluent, que les hommes inventent. Existent aujourd’hui des techniques qui n’existaient pas il y a dix ans ou même le mois dernier. La science crée de nouveaux médicaments, les techniciens créent de nouveaux moyens de communication, les artistes créent de nouvelles œuvres, les hommes créent des enfants … Et lorsqu’un musicien écrit une mélodie, il utilise des notes connues, répertoriées. Lorsqu’un peintre fait naître un tableau, il utilise du matériel et un savoir-faire, une technique. La création ne se fait pas à partir de rien : sans les parents, les enfants n’existeraient pas. Sans le musicien, l’œuvre musicale n’existerait pas. Sans le peintre, le tableau n’existerait pas.

Autrement dit, tout se passe comme si l’homme était, aujourd’hui, créateur.

En termes chrétiens : comme si l’homme, créé par Dieu à son image, était créé créateur.

Osons aller plus loin : et si la Création était un plan de Dieu dans lequel l’homme doit trouver et prendre sa place ? C’est exactement ce que dit Dieu à l’homme dans le livre de la Genèse : « remplissez la terre et dominez-la » (Gen 1,28 )

Le Catéchisme de l’Église Catholique ne dit pas autre chose : « Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur, Dieu a progressivement révélé à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre entière, comme celui qui a fait le ciel et la terre. Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’unique, avec son peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu » ( op. cit. & 288 )

En écho, les évêques de France : le monde n’est pas créé une fois pour toutes, comme si Dieu, la création terminée, n’avait plus qu’à s’en retirer. Il ne cesse pas d’assurer l’existence du monde » ( les évêques de France, op.cit. & 93 ). Et le plus étonnant, c’est qu’il y a plus de 25 siècles, l’auteur anonyme du Psaume 103-104 ne disait pas autre chose ( Ps 103,27-30 ).

Un physicien écrivait récemment ceci : « comme croyant, je perçois trois signes de la présence de Dieu à travers la création. Ils sont comme des empreintes qu’il aurait laissées pour orienter vers lui notre regard.

Le premier est la beauté. Je suis émerveillé par la grâce d’une rose, la majesté d’un sommet enneigé ou le sourire d’un enfant.

Le second est l’intelligence. L’homme, pourtant si fragile, est capable d’être à son tour un prodigieux créateur dans des domaines aussi divers que les arts, les sciences ou la musique.

Enfin, comment l’union infiniment complexe de cellules peut-elle engendrer un sentiment aussi grand que l’amour ? »

C’est bien cela que je vous propose comme chemin. Nous sommes chrétiens, et nous sommes invités à chercher «dans les origines de l’homme découvertes par les scientifiques, les signes d’une histoire d’amour »  ( S. Duguet, « l’homme à la recherche de ses origines, Ed. Mame p. 59 ). Lire les récits bibliques de la création, ce n’est pas tant chercher les origines du monde et de l’homme, que chercher le sens de notre vie.

II. VISITES AUX VOISINS ( cf. carte )

Jusqu’au XIII° s. av. JC, il n’y a pas de peuple hébreu à proprement parler : il y a une nébuleuse de tribus nomades. A partir de l’Exode, peu à peu, ces tribus vont se fédérer, non sans mal d’ailleurs : il suffit de lire le livre de l’Exode ou le livre des Nombres pour s’en rendre compte. Jusqu’au XI° s environ ( c’est-à-dire l’installation en Canaan après la traversée du désert ), le peuple hébreu n’a pas de vie sociale ni d’organisation stable. Ce qui veut dire que, comparativement à d’autres civilisations proches, il va accéder très tardivement à l’écriture, et qu’il va, des siècles durant, vivre uniquement sur des traditions orales. Il n’y a pas d’écrits dans le monde biblique avant le XI°s.

Un peuple de nomades : quand on voyage, on rencontre forcément des gens. Des gens qui ont leur vision du monde, qui ont des rites et des traditions religieuses.

Nous allons donc faire un long détour par les civilisations qui entourent le peuple Hébreu et que celui-ci a côtoyées d’une manière ou d’une autre. Avec une double question en tête :

A) Qu’est-ce que ces civilisations disent de Dieu ou des dieux, et des relations de l’homme avec la divinité ?

B) La Bible dit-elle la même chose ou bien apporte-t-elle quelque chose de différent, et si oui, quoi ?

 

1. SEJOUR EN EGYPTE.

On sait que, au temps d’Abraham, soit approximativement le XIX°s, les tribus de ce qui n’est pas encore le peuple hébreu se sont retrouvées en Égypte, pour une raison très simple que rapportera bien plus tard le livre de la Genèse : Il y eut une famine dans le pays et Abraham descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine sévissait sur le pays ( Gen 12,10 ).

On sait que, au temps de Moïse, donc au XIII°s, les Hébreux étaient devenus un peuple nombreux et puissant. D’où les persécutions lancées par le pharaon. C’est ce que nous rapporte le livre de l’Exode : voici que le peuple des fils d’Israël est trop nombreux et trop puissant pour nous. Prenons donc de sages mesures contre lui, pour qu’il cesse de se multiplier ( Ex 1,9-10 ) On connaît la suite : ce sera la sortie d’Égypte, l’Exode, l’événement fondateur du peuple.

Cette civilisation égyptienne a donc été, des générations durant, côtoyée par les Hébreux. N’oublions pas Abraham, n’oublions pas que Moïse a été élevé à la cour de pharaon. C’était une civilisation brillante, très élaborée. C’était une civilisation globalement optimiste : le soleil très présent et un fleuve, le Nil, plutôt coopérant, ça aide à voir la vie du bon côté …

Question : la religion égyptienne, avec ses nombreuses divinités et notamment son culte important rendu au dieu-soleil, a-t-elle eu, avec plusieurs siècles de décalage, une influence sur les auteurs bibliques ? On peut le supposer : on ne vit pas des siècles durant dans un pays sans en subir une influence. A titre d’exemple, voici un extrait de l’hymne au dieu-soleil écrit par le pharaon Akhenaton, sans doute vers 1350 : ( cf. texte )

Et maintenant, retrouvons le Psaume 103-104 : quelles ressemblances ? Quelles différences ?

2. PROMENADES EN MESOPOTAMIE (cf. carte )

A l’Est de Canaan s’étend la Mésopotamie ( en grec : mesos potamos = entre les fleuves ). On appelle aussi cette région le croissant fertile. De magnifiques civilisations s’y succèdent : au Sud, Sumer, Akkad et la Babylonie, au Nord, l’Assyrie. C’est le territoire de l’Irak actuel.

Contrairement à la mentalité égyptienne, la mentalité mésopotamienne est davantage inquiète, tourmentée, pessimiste. Ces régions sont souvent la proie d’inondations brutales et imprévisibles, provoquant de véritables « déluges » dont les archéologues ont retrouvé bien des traces ; et quand ce ne sont pas les inondations, ce sont les invasions de nomades venus du désert d’Arabie ou déferlant des plateaux de l’Iran actuel.

La littérature mésopotamienne est très riche. On y trouve des récits de type « livre de sagesse » : des proverbes, des fables, des monologues où un juste se plaint de son sort. On pense forcément au livre de la Sagesse, à l’Ecclésiaste, au livre de Job, au livre des Proverbes, aux Psaumes …

Les Mésopotamiens étaient de grand spécialistes de l’étude du ciel, possédant en la matière des siècles d’avance sur les Grecs. Ils avaient une idée claire des quatre points cardinaux, et on leur doit notamment les signes du Zodiaque. L’Évangile de Matthieu raconte que des Mages venus d’Orient ont suivi une étoile …

Les Mésopotamiens étaient eux aussi polythéistes. Ils pensaient leurs divinités en termes de puissances surhumaines qui se partageaient les divers domaines de l’existence des hommes. Il y avait un dieu national : Mardouk à Babylone, Assour à Ninive. Babylone où le peuple hébreu sera déporté en 587. Ninive où se passera le merveilleux conte biblique du livre de Jonas …

Les textes les plus intéressants se trouvent sans doute du côté de Sumer et d’Akkad. Par parenthèse, on n’est pas très loin de Ur en Chaldée, la patrie d’Abraham !

On trouve surtout :

- l’épopée d’Atra-Hasis, qui nous montre les dieux fatigués par les corvées qu’ils ont à faire, et qui décident de créer l’homme pour faire le travail ; ils le modèlent avec de l’argile mélangée au sang d’un dieu égorgé. Mais l’humanité se multiplie, fait trop de bruit, alors les dieux leur envoient le déluge pour les anéantir ; mais le dieu Ea avertit un homme qui construit un navire et y fait monter sa famille et un couple de tous les animaux …

- l’épopée d’un héros légendaire : Gilgamesh, qui part à la recherche du secret de l’immortalité, et qui retrouve le héros du déluge, Outa-Napisthim …. Celui-ci indique à Gilgamesh le secret de la « plante de la vie », mais la plante une fois conquise par le héros lui est dérobée par … un serpent …L’homme ne peut donc rien faire d’autre que de se faire un nom et puis mourir. L’épopée de Gilgamesh, qui se compose de douze poèmes, sembler remonter aux années 2300, voire un peu avant.

- Plus au Nord, on trouve le poème Enouma Elish ( lorsque d’en haut … ), sans doute écrit vers 1100, à la gloire du dieu national, Mardouk. C’était un texte liturgique récité au Nouvel An dans le temple. Au début de tout, il y a deux principes sexués, Apsou, les eaux douces, et Tiamat, les eaux salées ; de là sortent tous les dieux. La déesse Tiamat est tuée par Mardouk qui la sépare en deux pour faire la voûte céleste. Puis il crée l’homme à partir du sang d’un dieu révolté …

( découverte des textes en question )