Que vous décidiez dimanche prochain
d'aller à la messe à Saint Joseph des Epinettes
ou à São João Batista du Jardim das Esmeraldas (assurez-vous quand même auprés du Senhor Raimundo qui habite la maison voisine, qu'il y aura une messe ce jour-là),
vous rendez-vous compte que vous allez faire le même signe de croix, demander pardon de la même manière, écouter, normalement, les mêmes lectures, dire le même Notre Père, communier au même corps du Christ ?
Etrangère, les rites de la messe ont été pour moi au départ un des seuls points de repère et pas des moindres. En plus, c'est un moyen de s'intégrer rapidement puisque l'on peut montrer et voir que nous avons en commun l'essentiel, même si l'on ne sait pas bien communiquer.
Vous avez dû en faire l'expérience forte lorsque vous avez accueilli les jeunes de Taizé. Mais ne serait-ce pas en partie aussi pour ça que les sans-papiers se sont abrités dans les églises ?
Cette communion est la force et l'espérance nécessaires pour s'ouvrir ensuite aux différences. Car il faut de la patience, de la volonté et de la confiance de part et d'autre, pour prendre le temps d'observer sans juger ou comparer, expérimenter avec humilité, écouter l'histoire des individus et du groupe, répondre aux questions les plus insolites, parler de soi et de sa culture en toute simplicité, et être attentif aux reactions dites ou non dites.
Mais ensuite cette ouverture aux différences, personnellement, me fait gagner en liberté et me fait grandir : parce que je peux faire des choix de vie conscients ; discerner l'essentiel du relatif tant au niveau de ma propre identité que des convictions politiques ou de la foi ; me libérer peu à peu des certitudes qui m'empêchaient de progresser ; repousser mes limites (techniques, artistiques, intellectuelles, relationnelles ... même si je ne sais toujours pas danser la samba !).
Et en même temps, je n'arrive pas toujours à comprendre comment des gens qui devraient voir en moi le symbole de l'injustice, ayant - matériellement parlant - tout ce qu'ils n'ont pas, ne m'accueillent pas avec des pierres ou au moins avec méfiance et hostilité. Force de l'Esprit Saint, témoignage réussi des missionaires et coopérants précédents, ou déformation de mon propre esprit ?
Je crois bien qu'il y a un peu des trois, et ça ne peut qu'inciter à oublier mes peurs mélées de mauvaise conscience, pour n'écouter que le message de Noël d'un Christ qui nous appelle à lutter pour un monde plus juste.
En France, au début de la messe, quand le prêtre dit "la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l'Amour de Dieu le Père et la comunion du Saint Esprit soit toujours avec vous", nous répondons "Et avec votre esprit". Au Brésil, on répond "Béni soit Dieu qui nous réunit dans l'amour du Christ". Et de même lors du signe de paix, quand le prêtre dit "la Paix soit avec vous", au Brésil on répond "l'Amour du Christ nous unit"....
Autre différence : l'assemblée "répond" à chaque partie de la prière eucharistique par des courtes phrases du type "Accepte notre offrande", "souviens-toi Seigneur de ton Eglise", "Souviens toi Seigneur de tes enfants", etc...
Au fond, ça a le même sens, mais, rien que le fait de le dire différement m'a fait réfléchir sur l'importance de mots que je n'écoutais plus.
Redécouvrir la prière
(mai 2002)
Procession, chemin de croix et chapelet
Au risque de choquer certains, je n’avais quasiment jamais pratiqué ces formes
de prières, qui me paraissaient trop formelles. Mais ici, chaque grande fête
est l’occasion d’une procession avec récitation du chapelet, où tout le monde
participe.
Je ne sais pas si on peut faire des comparaison, parler de dévotion plus grande
ou de superstition, de sentiment religieux ou de tradition...
Ce dont je peux seulement témoigner c’est l’aide de la prière “automatique”
quand on veut juste confier au regard de Dieu des gens ou des intentions – sans
avoir à chercher les mots pour le dire et en laissant la place dans la pensée
à chaque visage. C’est aussi la force d’une prière qui passe par le corps qui
marche. C’est enfin une prière communautaire où tout le monde peut participer
parce que prières et chants sont connus par cur…
Prière pour les malades
La prière qui suit est lue tous les mardis à la fin de la messe. Ensuite l’assemblée,
en procession, vient recevoir l’imposition des mains et la bénédiction du prêtre.
Ce jour là est aussi le jour des vocations, et la messe est animée par les séminaristes,
et une prière pour les vocations est lue par les surs présentes dans l’assemblée.
Le célébrant : Seigneur Jésus, unis à ta Passion et à ta Résurrection
les souffrances et les douleurs de tous ceux qui souffrent et sont malades
Tous : Fais qu’ils comprennent, Seigneur, qu’ils ne sont ni seuls ni inutiles, mais qu’ils sont crucifiés avec toi pour le salut du monde
Le célébrant : Seigneur, toi qui a guéri tant d’infirmes, redonne la santé, selon la volonté de Dieu, à nos frères et surs qui souffrent
tous : aies pitié de nos malades
Le célébrant : Regarde avec bonté les personnes âgées qui souffrent de solitude ou de maladie. Qu’elles soient soutenues par notre charité fraternelle.
Tous : Nous te prions aussi pour ceux qui se trouvent en danger de mort ou qui devront ces jours-ci passer de ce monde à l’Éternité. Que ta présence amie et sûre leur apporte le pardon, l’espérance et le salut
Le célébrant : Les médicaments sont le moyen que ta Providence nous a concédé pour recouvrer la santé. Éclaire les médecins et tous ceux qui se dévouent pour les malades, afin qu’ils trouvent le traitement adéquat
tous : Seigneur, écoute notre prière
Le célébrant : Dieu, notre Père, par l’intercession de Notre
Dame du Perpétuel Secours, et de tous les saints, fait descendre sur
tes fils et filles ici réunis et sur tous les malades et ceux qui souffrent,
ta bénédiction salvatrice.
Que Dieu Père vous bénisse
tous : Amen
que Dieu Fils rende la santé aux malades
tous : Amen
que Dieu Esprit Saint nous éclaire
tous : Amen
Prière pour les travailleurs
Le 1er mai, l’Église a organisé le seul défilé qu’il y a eu dans la
ville ce jour là. En fait il s’agit plus d’une procession pour prier pour les
travailleurs que d’une manifestation revendicatrice. Les slogans des banderoles
étaient en faveur de la paix sociale, du droit au travail pour tous, à
la dignité et à l’espérance.
Après chaque intention (travailleurs domestiques, paysans, collecteurs de caoutchouc,
travailleurs migrants, femmes, enfants, étudiants, chômeurs)…une délégué syndicale
présentait en quelques faits et chiffres la situation puis le prêtre priait
et demandait aux gens concernés dans l’assistance de se manifester.
A la fin de la manifestation, une messe fut célébrée en plein air – en l’honneur
du travail, des travailleurs et de leur saint-patron Saint Joseph !
Malgré les difficultés à organiser un défilé à Paris, j’ai rêvé
de voir un jour la communauté de St Joseph des Épinettes sortir dans
la rue pour rappeler la valeur du travail, la dignité de chaque travailleur,
le droit au travail... et être signe d’espérance dans le quartier.
Histoire de Noël (janvier 2OO2)
Dans la paroisse où je vais prier tous les dimanches, un petit bout'chou est né peu de jours avant Noël..
L'histoire des parents est étonnante comme beaucoup d'histoires ici : en 1999, la maman, Sebastiana, était postulante chez des surs, et voilà qu'un jour elle se retrouve enceinte. Par peur de ses parents, de son père surtout, elle a nié jusqu'au bout sa grossesse. Heureusement le futur papa, qui s'appelle Agostino, est quelqu'un de sérieux qui l'a épousé après la naissance du bébé (ce qui est très rare).
Un an après, arrive ce deuxième bébé, alors que les parents sont au chômage et qu'ils vivent dans une maison en bois où ne tiennent pas deux lits. Mais toute la famille est toujours tout sourire et chaque dimanche, ils accueillent l'étrangère que je suis et me serrent dans leurs bras, comme si j'étais une amie de longue date. Ils sont très engagés dans la paroisse et la pastorale des enfants. Ils aimeraient avoir au moins 5 enfants.
Ils survivent parce qu'ils sont aidés un petit peu par leurs familles et je soupçonne Agostino d'utiliser le système D, pas toujours de façon très légale. Je pense qu'ils tiennent moralement, en évitant de se projeter dans l'avenir et en passant pas mal de nuits à danser le forro.
C'est le cas de beaucoup de gens ici... J'aimerai les voir se battre pour avoir un boulot stable et un logement plus salubre et qu'ils renoncent aux petits bonheurs faciles, qui font oublier la misère. Pour moi, c'est aussi ça, l'exigence du message du Christ.
Mais pour y arriver, vu les difficultés, il leur faut aussi toute la force de l'Esprit et l'Espérance.
Comment témoigner de tout cela quand on possède toute la sécurité qu'ils
n'ont jamais connu ? Et quel témoignage, nous donnent-ils ces 'parents de Noël',
d'amour, de service et de vie...
Pour une terre sans maux.... Fraternite et peuples indigènes (janvier 2002)
Ici, on ne parle pas de campagne de carême, mais de campagne de fraternité.
Chaque année, le thème de la campagne change : la drogue, l'exclusion, le chômage, l`éducation, la prison, la politique, la famille, la justice... Ce thème est souvent utilisé au-delà du carême.
La CNBB (conférence nationale des évêques) diffuse un carnet avec des pistes de réflexion pour chaque semaine de carême, des prières et des chants écrits spécialement pour l'occasion.
Inutile de dire que chaque thème a une résonance très forte pour les gens d'ici. Par exemple, celui de cette année sur les indiens et le respect de l'environnement : les indiens sont très mal connus du reste de la population qui vit sur des clichés (l'indien qui vit tout nu dans la foret en chassant et pêchant) et ne tolère pas de voir des indiens habillés en jean et T-shirt et regardant la télévision. Et puis il y a la mauvaise conscience et le silence... Là où je vis, certains colons, encore vivants, ont participé au massacre des peuples de la région, ainsi qu'à celui de la foret amazonienne. Tout l'enjeu de la campagne est de découvrir les valeurs qui sont propres aux communautés indigènes (la vie en communauté, le respect de la nature...), favoriser si possible la rencontre et le partage culturel, réfléchir sur la responsabilité de chacun face a la destruction de l'environnement, collecter des fonds pour soutenir les associations d'indiens.
Octobre/Novembre 2001
Pendant 4 jours, s’est tenue l’assemblée diocésaine, réunissant les prêtres et un ou deux laïcs de chaque paroisse. Le diocèse est composé de 11 paroisses qui regroupent en fait plusieurs communautés rurales ou de quartier.
Ici, la difficulté première est la distance. Il faut souvent une journée à un prêtre pour aller célébrer la messe dans les “lignes” les plus éloignées (communautés rurales). Et les routes ne sont pas en aussi bon état qu’en France... Pour l’assemblée, il a fallu à la plupart un jour de bus minimum pour arriver.
Les priorités qui sont ressorties de ces quatre jours de travail ? la famille et la formation.
La photo a été prise pendant la messe de clôture, à la cathédrale...Au fond, on peut voir la vierge qui est apparue à un seringueiro (collecteur de caoutchouc), dans la forêt. = Au Brésil, la foi est très ancrée dans le réel... Il faudrait peut être rajouter des immeubles au fond du choeur de Sainte Marie des Batignolles..
Le jour des défunts au Brésil, c’est le 2 novembre qui est un jour férié. La messe est célébrée dans le cimetière (les gens à gauche sont en train d’assister à la messe, à droite les autres déposent un cierge au pied de la croix).
On dit que tout le monde croit à quelque chose au Brésil. Ici, par exemple, les gens qui assistent à la messe ou mettent un cierge ne sont pas forcément catholiques, ils sont peut-être évangélistes, adventistes, membres de l’Assemblée de Dieu ou même spiritistes. Ce qui est sûr, c’est que tout le monde sera allé au cimetière ce jour là pour prier pour les morts de as famille.
Le mois de novembre correspond à notre mois de juin. C’est le mois des confirmations et des premières communions.
A Guajara, toutes les jeunes ont été confirmés le même jour... Plus de 100 jeunes de 14 à 24 ans, qui portaient tous le même T-shirt (il faut dire qu’ici on fait faire des T-shirts pour chaque occasion... à quand le T-shirt de la chorale de Saint Joseph ?)
Avant l’onction, tous les jeunes ont proclamé leur foi autour de l’Evêque, en élevant leur cierge à chaque fois qu’ils disaient “Je crois”. La richesse de l”Eglise d’ici, c’est en partie sa jeunesse. La population de Guajara est surtout composée d’enfants et de jeunes.