Formation St Jo : cycle 2004-2005
Intervention de L. et C. Gourbeille.
Sur Les Pas de François d'Assise
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des Rencontres
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6ème Rencontre du 9 avril 2005
L’Émerveillement
L’émerveillement… : lorsque Philippe nous a demandé de parler de l’émerveillement, nous nous sommes demandés ce que nous allions bien pouvoir en dire, nous, de notre petite fenêtre… ; et puis nous en avons souri : s’il savait !! Bien sûr, l’émerveillement, nous le vivons tous les jours, avec nos enfants notamment,…mais bon, cela n’est pas toujours le sentiment qui nous envahit, quand les coupes sont pleines et que les vases débordent ! Plaisanterie mise à part, et en y réfléchissant un peu plus sérieusement, il nous semble qu’il n’est pas si facile, dans notre monde de nous émerveiller, ou, plutôt de trouver le véritable émerveillement. Nous allons donc ensemble, et en partant de notre bien modeste expérience, tenter de percer le mystère, car pour nous, il y a mystère, derrière l’émerveillement.
1/ L’émerveillement ne va pas forcément de soi dans notre monde….
C’est le moins que l’on puisse dire, lorsque nous regardons les actualités présentées par nos différentes sources d’informations : guerres, conflits sanglants, violation des droits de la personne, drames et faits divers sordides, sinistrose ambiante,… : tout ce qui est déversé quotidiennement par nos médias influence notre moral, influence aussi notre regard, la façon dont nous percevons la vie, peut-être un peu trop vers le gris, la méfiance, voire la passivité ou le fatalisme.
2/ Paradoxalement, on ne nous a jamais autant vendu de " merveilleux "
Et aux côtés de tout cela, dans une société dominée par le commerce et par le culte de l’image, on ne nous a jamais autant vendu de merveilleux : presse people, agences de voyages, commerces divers et variés autour de nos chères têtes blondes… : mais quel merveilleux, pour quel émerveillement ? Blanche neige en carton pâte, programmes télé racoleurs, pub ou défilé haute couture ? N’a-t-on pas perdu le sens de l’émerveillement, en confondant culte du paraître et celui de l’être, en prenant les images qui nous sont données pour la réalité ?
3/ l’expérience de l’émerveillement
Alors, tout simplement, afin de creuser un peu, nous nous sommes demandés ce qu’était pour nous, l’émerveillement véritable… . Et là, surprise : pas de paillettes, de merveilleux superficiel, mais le simple, le vrai, le petit rien mais l’étonnant.
Quelques exemples récents d’émerveillement :
- la naissance de chacun de nos enfants ; ces moments uniques, essentiels, vrais, dans le sens véritable, profondément réels car vécus dans notre chair, intensément et pleinement : émerveillement devant la vie qui jaillit d’un seul coup, cette petite personne qui est là, et qui se manifeste, qui bientôt regarde et écoute, qui échange et qui donne énormément, déjà… : Émerveillement, oui, tout simplement, mystère de l’étonnement devant le sublime de la vie.
- Les petites choses inattendues de la vie : l’émerveillement c’est l’étonnement : les progrès des enfants, leurs propres instants d’émerveillement, qui nous font toucher le sens du vrai, un coucher de soleil en montagne,
- Émerveillement devant ces jeunes qui se préparent au mariage et que nous tentons d’accompagner ici, à St Jo. Émerveillement devant l’engagement et l’expression de l’amour qu’ils se donnent et se disent, tout en ayant très clairement conscience du pari que cela constitue dans notre société : ce sont toujours des rencontres et des échanges uniques et fructueux, tellement enrichissants pour nous. Émerveillement devant ce jeune fiancé athée, qui, après une journée passée ensemble, n’en finit pas de nous questionner sur le sens de cet amour, et nous sentons, nous sommes témoins, émerveillés, d’un sentiment de foi qui naît, qui jaillit, qui le submerge littéralement : étonnant !
- Émerveillement devant cette foule spontanée et priante, au chevet d'un Pape mourant : étonnement, communion, sens, présence de quelque chose qui nous dépasse, prise de conscience que nous touchons là, à quelque chose d'autre, de tout autre... . Alors, finalement, l’émerveillement ?
4/ Une attitude singulière
L'émerveillement, d'abord, ne s’improvise pas. Nous voulons dire par là qu'il requiert sans doute, enfin de notre point de vue et par expérience, un état d'esprit, une posture. Car c'est un sentiment qui nous saisi, oui, qui est saisissant. Et pour être saisi, il faut être disponible, se laisser surprendre : pas si facile, dans notre monde de certitudes, d’habitudes, de servitudes ? Métro, boulot, dodo, problèmes de riches et de gens occupés, dans nos sociétés occidentales blasées, fatiguées, submergées par les apparences, le futile… .
Et puis aussi, la crainte de l'image donnée, du qu'en dira-t-on, de l'incompréhension de nos entourages... .
Pour s’émerveiller, il faut être disponible, ouvert, libre de ses certitudes et incertitudes : il faut avoir une âme d’enfant peut-être, savoir voir, en vérité, être attentif aux autres et aux choses, se dire qu’il y aura toujours du l’inattendu, que nous n’avons encore rien vu ! C'est pourquoi les enfants sont si propices à s'émerveiller : en les observant bien, on trouve là la parfaite attitude qui conduit à l'émerveillement : regard véritable et sans a priori sur les choses, ouverture, curiosité et soif de comprendre, d'apprendre de l'autre ; attention au petit rien, car ce n'est pas un petit rien : c'est tellement beau un papillon qui s'envole !
Les enfants, ainsi, nous présentent une manière d'être, et il nous disent, aussi, ce qui pour nous se cache derrière le merveilleux.... " laissez venir à moi les petits enfants " Cette parole du Christ nous est venue naturellement lorsque nous avons réfléchi au sujet : mais oui, bien sûr, Jésus ne nous indiquerait-il pas ici ce que nous pressentons du mystère de l'émerveillement... : les enfants sont si proches du royaume des cieux... .
Et puis, l’émerveillement a à voir avec la qualité de notre regard : un regard du cœur, un regard en vérité, un regard qui se pose réellement sur les choses, qui perce l’être et ne se satisfait pas du paraître : je m’émerveille devant un tel spectacle, car c’est mon cœur qui est touché : c’est mon regard aimant qui reçoit et qui s’émerveille… : c'est comme s'il nous était donné de voir ce monde-ci à la lumière d’un autre, de ce royaume auquel nous sommes appelés ?
Ainsi, l’émerveillement, pour nous et à l’appui de ces quelques exemples et réflexions, ce serait bien l’inattendu, l’étonnant, se laisser surprendre par les choses les plus simples de la vie. Les plus simples, mais peut-être les plus essentielles. L'émerveillement, c'est l'espérance, c’est la joie véritable, c'est l'accueil de l'indicible, du petit rien qui change tout..., et qui nous donne à voir, à sentir, que nous n'avons encore rien vu !
Oui, il nous semble que l’émerveillement nous dit quelque chose de l’éternité, du royaume de Dieu : quand un enfant vient au monde, quand l'attendu inattendu, tellement lui et tellement autre, quand l'inouï se produit, oui, on ressent vraiment qu'il y a autre chose, on s'émerveille, et s’émerveiller, car nous reconnaissons là, à ce moment, la présence du Seigneur dans notre vie.
Enfin, et pour finir, s’émerveiller ne va pas sans rendre grâce : c’est presque instinctif ; les temps d’émerveillement que nous avons pu vivre ensemble, nous pousse systématiquement à l’action de grâce : si bien que tout en écrivant cette intervention, me revenait sans cesse les paroles du magnificat, la musique de Pachembel… : Dieu est bien présent au milieu de nous, et il a fait des merveilles ….
L. & C.