Formation St Jo : cycle 2004-2005
Intervention de Marie-Louise HORVET
Sur Les Pas de François d'Assise
Retour au sommaire
des Rencontres
![]()
4ème Rencontre du 12 février 2005
LA PAIX
Dimanche dernier nous chantions « Seigneur fais de nous des ouvriers de Paix, Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour ».
Les informations nous annoncent trop souvent de mauvaises nouvelles : guerres, attentats, exactions de toutes sortes….. Comment en ce monde si troublé, si agité, pouvons-nous être des « ouvriers de Paix » ?
Peut-être parce qu’enfant j’ai subi et vu les destructions causées par la guerre, à chaque fois qu’un conflit éclate, je me sens concernée, je pense aux enfants, aux familles, aux morts et blessés, aux tortures infligées à des innocents, à cette haine qui se déchaîne et aux terribles conséquences qui en adviendront.
Que faire pour que cessent tous ces malheurs et ne pas désespérer ?
Les causes des guerres entre Etats ou des guerres civiles sont multiples : revendications territoriales, appropriations de richesses naturelles, conflits ethniques etc… La base commune est toujours une injustice, l’écrasement d’un peuple par un autre, et même lorsque, comme en Irak, le prétexte est l’élimination d’un dictateur, l’on s’aperçoit vite que la guerre entraîne pour les populations civiles des conséquences dramatiques et feraient presque regretter à certains le régime honni ! Cette guerre nous a également montré qu’elle déchaîne les sentiments les moins avouables dans l’homme : nous avons tous vu ces photos horribles de prisonniers irakiens humiliés et torturés par des soldats qui venaient apporter la paix ! Et nous avons bien d’autres exemples malheureusement d’exactions commises par des braves gens qui n’hésitent pas à piller, à torturer, violer et tuer, même des enfants, dans les Balkans, en Tchéchénie…. La guerre est une violence maximale.
Mais moi suis-je un « ouvrier de paix » ? De temps en temps j’ai des réactions de rejet, de violence au moins en paroles vis-à-vis des autres, parfois même de mes proches. N’est-ce pas dans cette violence qui est en chacun de nous que se trouve la source de bien des conflits ? Etre ouvrier de paix, n’est-ce pas déjà essayer d’avoir une attitude d’accueil, d’écoute, de refuser l’injustice, de ne pas avoir peur d’aller vers ceux qui ne pensent pas et ne croient pas comme nous pour se connaître et s’accepter.
J’ai commencé à préparer cette rencontre pendant la semaine de l’Unité des Chrétiens ? Leurs divisions ont été souvent source de conflits sanglants. Par réaction peut-être, j’ai été attirée par l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la torture), qui est une association œcuménique qui œuvre pour la Paix. Chaque mois, le petit groupe du 17è réunit des catholiques et des protestants. Nous réfléchissons aux actions qui nous sont proposées pour essayer de lutter contre la torture, en informant, en faisant en sorte que, par les courriers envoyés aux responsables, les victimes de torture, de spoliations, d’emprisonnements injustifiés, de disparitions, ne soient pas oubliés. Nos réunions commencent toujours par un temps de prière Un thème de réflexion nous est proposé de temps à autre, comme le pardon par exemple, ou à partir de l’expression « peuple de prophètes », comment être prophète de la paix et nous invitons le pasteur du Temple des Batignolles ou un prêtre à intervenir. Il arrive qu’à l’occasion d’une déclaration de Rome, nos amis protestants nous font part de leurs réserves parfois de la souffrance qu’elle leur cause. Une discussion franche et respectueuse s’instaure et nos relations sont vraiment fraternelles.
Les appels urgents et le journal de l’ACAT ouvrent notre regard et nous font connaître les drames et les injustices que vivent tant de peuples, particulièrement en Afrique, en Amérique Latine, en Asie, mais aussi en Europe, en Tchéchénie et certaines républiques de l’ex-URSS. Nous prenons conscience des innombrables problèmes mondiaux, sources de tensions et de conflits, souvent passés sous silence par les médias, comme le commerce et le trafic des armes, la triste réalité de la vie dans certains pays derrière une façade de démocratie.
Ces appels sont-ils utiles ? Nous en doutons quelquefois, et pourtant….. un exemple connu : l’action de l’ACAT soutenant les grand mères d’Argentine a permis l’arrestation, le jugement et la condamnation de quelques tortionnaires qui adoptaient des enfants. Les parents de ces enfants étaient, comble de l’ignominie, des victimes de leurs tortures et étaient morts sous leurs coups. Cette action continue ….
Nos appels, unis souvent à ceux d’Amnesty international, font que des prisonniers politiques ne sont pas oubliés et parfois sont libérés. L’ACAT a participé aux manifestations contre la guerre en Irak.
C’est un engagement bien modeste pour la Paix, sans doute, c’est facile d’envoyer un courrier pour des gens qui sont loin. Et ici, que faire pour être ouvrier de paix ?
Les actions de l’ACAT ne se limitent pas à l’étranger, il arrive aussi que nous intervenions auprès du Président de la République ou de l’un ou l’autre des ministres, de nos députés et sénateurs, pour leur rappeler leurs promesses de signer tel ou tel accord dans le sens de la Paix : limitation du commerce des armes, protection de l’environnement, règles du commerce mondial plus équitables ….. Si nous sommes suffisamment nombreux à leur poser quelques questions, peut-être y seront-ils sensibles et cela les amènera-t-il à réfléchir et à agir.
Nous avons la chance à Paris de rencontrer des gens du monde entier, ce qui peut faire peur ; pour moi, c’est magnifique. Sans même voyager, je peux découvrir, au moins partiellement, des opinions, des cultures différentes. Je peux aussi directement et brutalement prendre conscience des souffrances inhumaines causées par les guerres.
Depuis une douzaine d’années, je suis bénévole à l’Association Accueil Goutte d’Or. En 1995, par cette association nous avons rencontré une jeune fille originaire du Libéria. Son histoire est un résumé de toutes les tortures infligées aux populations lors des guerres civiles. Recueillie Place de la République par une maman française d’origine africaine, celle-ci est venue demander de l’aide à l’Accueil Goutte d’Or car les problèmes étaient multiples, et les traumatismes graves. Quelques paroissiens qui ont connu son histoire ont été bouleversés. Ensemble, avec la famille qui l’avait accueillie, et l’aide de l’association Primo Levi pour le suivi psychologique et l’obtention de papiers en règle, nous avons pu l’aider à reprendre goût à la vie. Elle est très courageuse, mais encore aujourd’hui, malgré les amitiés qui l’entourent, le passé revient de temps à autre, elle ignore toujours le sort de sa famille, tout cela la déprime. Et là on touche du doigt l’atrocité de la guerre. C’est un cas particulièrement terrible, mais pas unique. La permanence sociale de l’Accueil Goutte d’Or reçoit parfois des personnes réfugiées, apatrides, en situation de grande détresse. L’accueil, l’écoute aident ces personnes à se reconstruire.
A l’Accueil Goutte d’Or, je fais aussi d’autres rencontres enrichissantes avec les autres bénévoles et les personnes qui participent aux activités du centre. Ensemble nous essayons de tisser des liens dans ce quartier difficile. Nous sommes très différentes de culture, de religion, d’origine. Des échanges sur l’actualité, sur nos différentes cultures et religions permettent d’éviter les crispations et de lutter contre les a priori, les méfiances, les peurs. Ces échanges sont parfois vifs, mais à chaque fois nous avançons et nous nous respectons.
J’ai vécu deux gestes de Paix : l’assassinat des moines de Tibhirine avait beaucoup ému les femmes des différents groupes. Elles ont voulu réagir pour demander pardon pour cet acte commis par des musulmans, qu’elles ne pouvaient admettre. Je leur ai raconté ce que nous avions vécu le dimanche de Pentecôte avec quelques membres de la famille des moines et la communauté à l’Abbaye de Bellefontaine. Aussitôt elles ont écrit des lettres pour manifester leur sympathie, leur compassion et leur désaveu de tels actes. Je les ai envoyées à Bellefontaine et le Père Abbé leur a répondu. Ce geste les a beaucoup marquées.
L’an dernier un groupe de femmes musulmanes avec l’aide de leurs formatrice, dont l’une est juive, ont écrit à des femmes d’Israël et de Palestine qui militaient ensemble pour la Paix.
Certaines fois, il faut aussi s’opposer. Pendant le ramadan, quelques femmes, influencées par des intégristes dans leur famille, au moment de la pose de la matinée du cours d’alphabétisation, ont sorti leur tapis de prière et sont allées faire leurs ablutions dans les toilettes. La pose risquait de dégénérer en temps de prière ! Les formatrices, ainsi que certaines femmes, peu pratiquantes ou plus ouvertes, n’étaient évidemment pas d’accord. Avec l’aide de la responsable de l’alphabétisation, une musulmane, nous avons expliqué qu’en France, il était hors de question de mélanger les genres . Je n’ai pas hésité à leur dire que catholique, je priais, mais que je le faisais chez moi. Après une longue discussion, les tapis ont été repliés et il n’a plus été question de prière pendant les cours. Elles ont découvert que les autres croyants priaient aussi, mais qu’il ne fallait pas imposer sa croyance dans un cadre neutre. Depuis le problème n’a pas resurgi.
Dans ce quartier de la Goutte d’Or un grand nombre d’associations s’unissent pour essayer de tisser des liens entre les habitants français et immigrés, et éviter que des bavures dégénèrent en affrontement général. Elles prennent en charge les problèmes des habitants en les associant à leurs actions. Depuis douze ans que je m’y rends, il y a toujours des problèmes de jeunes violents, de drogue, des replis communautaires etc… mais je vois aussi des jeunes issus des familles immigrées du quartier qui s’investissent dans les associations et font un travail formidable auprès des enfants notamment : soutien scolaire, sport, activités diverses. Toutes ces actions sont facteurs de paix.
ET n’oublions pas de vivre la paix avec ceux qui nous sont proches, voisins, collègues, famille et amis.
Un de nos fils a su apprendre à ses enfants à se réconcilier : un jour après une bonne bagarre, nous avons eu la surprise de voir l’un et l’autre, aller vers le frère ennemi et lui dire « on fait la paix ». L’autre a répondu d’accord , ils se sont touché la main et ont repris leur jeu….
C’est là, dans nos familles déjà, qu’il faut apprendre la paix, savoir pardonner. Les conflits sont inévitables, mais si nous réfrénons les paroles blessantes, les jugements définitifs, si nous faisons les premiers pas, et accueillons toujours, nous oeuvrerons pour la paix. Ce n’est pas facile tous les jours !
Tout cela ne peut venir de nos seules forces, il y a des moments de découragement et l’envie de rester tranquillement dans son petit coin. Je mets souvent l’Esprit Saint à contribution :, il faut qu’il travaille un peu lui aussi ! Je lui demande son aide car sans elle je me découragerais.
Et je redis souvent : « Seigneur fais de nous des ouvriers de Paix, Seigneur fais de nous des bâtisseurs d’amour ».
Marie-Louise