Formation St Jo : cycle 2004-2005

Par le Père Philippe BERNARD

 

Sur Les Pas de François d'Assise

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4ème Rencontre du 12 février 2005

LA  PAIX

 

Heureux ceux qui font oeuvre de paix, ils seront appelés fils de Dieu ( Mt 5,9 )

 

 

I. ASSISE, LIEU DE PAIX

25 Janvier 1986. Le Pape Jean Paul II lance l’idée d’un rassemblement mondial à Assise. « Aucun chrétien, et même aucun être humain qui croit en Dieu créateur du monde et Seigneur de l’histoire, ne peut rester indifférent devant un problème qui touche si intimement le présent et l’avenir de l’humanité. Il est nécessaire que chacun se mobilise pour apporter sa propre contribution à la cause de la paix. La guerre peut être décidée par quelques-uns, la paix suppose l’effort solidaire de tous. Dans cette perspective ( … ) le Saint Siège désire contribuer à susciter un mouvement mondial de prière pour la paix qui, dépassant les frontières de chaque nation et impliquant les croyants de toutes les religions, arrive à embrasser le monde entier. ( … ) Je vais entreprendre des consultations opportunes avec les responsables, non seulement des diverses Eglises et Communions chrétiennes, mais aussi d’autres religions du monde, pour promouvoir avec eux une rencontre spéciale de prière pour la paix, dans la ville d’Assise, lieu que la figure séraphique de saint François a transformé en un centre de fraternité universelle ».

 

Quelques mois plus tard, en annonçant la date de cette réunion unique dans l’histoire ( 27 Octobre 1986 ), Jean-Paul II commentera : « cette rencontre veut être le point de convergence d’un vaste mouvement de réflexion et de prière dont dès maintenant les fidèles de toute foi religieuse doivent se sentir partie prenante. La paix est un bien si fondamental et en même temps si menacé qu’elle suscite chez les personnes conscientes une anxiété constante et même un sentiment d’impuissance. Elle semble parfois un bien humainement impossible à atteindre. Mais le croyant sait qu’il peut compter, en ce défi démesuré, sur l’aide qui lui vient d’en haut. Aussi est-il urgent qu’une supplication commune monte avec insistance de la terre vers le ciel, pour implorer du Tout-Puissant, entre les mains de qui repose le destin du monde, le grand don de la paix, condition nécessaire à tout engagement sérieux au service du vrai progrès de l’humanité »

 

Qu’est-ce donc que la paix, en termes chrétiens ?

 

 

II. LA PAIX, UN BIEN ESSENTIEL

Dans l’Ancien Testament, la paix n’est pas seulement le « temps de paix » par opposition au « temps de guerre », même si cela en fait partie : ( le messie ) proclamera la paix pour les nations, prophétise Zacharie ( Za 9,10 ). La paix biblique n’est pas seulement un pacte qui permet une vie tranquille. Le mot shalom, très fréquent dans la Bible, est souvent traduit par « paix », mais il l’est aussi parfois par l’expression « harmonie parfaite » ( 1 R 5,26 ). Il désigne le don qui contient tous les autres : le bien-être de la vie quotidienne, l’état de l’homme qui vit en harmonie avec la nature, avec lui-même, avec les autres, avec Dieu. La paix, c’est une sécurité, une sérénité que procure la confiance en Dieu. Le mot est employé quand on aborde quelqu’un et qu’on lui souhaite le bien-être, ou qu’on lui demande comment il va : mot-à-mot, « sois en paix » ou « es-tu en paix ? ». Tous les biens, spirituels et matériels, sont inclus dans la salutation que l’on s’adresse pour se dire « bonjour » ou « adieu », que ce soit oralement ou dans les lettres. On retrouvera cela dans le Nouveau Testament, essentiellement chez saint Paul qui utilise le souhait de la paix dans les ouvertures ou les finales de ses épîtres : en ouverture, on retrouve la même formule quasiment mot à mot dans toutes les épîtres : à vous grâce et paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ : 1 Co 1,3 ; 2 Co 1,2 ; 1 Tim 1,2 ; 2 Tim 1,2 ; Tt 1,4 ; Rm 1,7 ; Phm 3 ; Gal 1,3 ; Eph 1,2 ; Phil 1,2 ; Col 1,2 ; 1 Thess 1,1 ; 2 Thess 1,2. En finale :  Paix aux frères, amour et foi de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ ( Eph 6,23 ) ; vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ( 2 Co 13,11 ) ; que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix, toujours et de toute manière ( 2 Thess 3,16 ).

 

La paix, dans la Bible, c’est aussi ce qui est bien par opposition à ce qui est mal : dans le cœur des artisans de mal, il y a la fausseté ; mais pour ceux qui conseillent la paix, c’est la joie ! ( Pr 12,20 ). Ne me traîne pas avec les méchants ni avec les malfaiteurs : aux autres ils parlent de paix, mais le mal est dans leur cœur ( Ps 28,3 ).

 

La paix, dans la Bible, c’est encore la santé, le bonheur, la prospérité. Elle est aussi sécurité, entente avec les autres dans une vie fraternelle : en traduction mot à mot, l’ami est appelé : « l’homme de ma paix » ( Ps 41,10 ; Jr 20,10 ; 38,22 ).

 

 

III. PAIX ET JUSTICE

La paix est donc la somme des biens accordés à l’homme juste, c’est-à-dire qui vit ajusté à Dieu. Loin d’être donc seulement l’absence de guerre, la paix est plénitude du bonheur. Elle est harmonie entre Dieu et les hommes ( je conclurai avec mon troupeau une alliance de paix, je supprimerai du pays les bêtes féroces, il habitera en sécurité dans le désert et sommeillera dans les fourrés Ez 34,25 ). On offre des sacrifices de paix ( Lv 3,1 ), dont le rôle est d’opérer une réconciliation avec Dieu, réconciliation rendue nécessaire par la prise de conscience de la force du péché et de la nécessité du pardon.

 

Car une question demeure, dont la réponse va évoluer et s’affiner au fil des siècles : si la paix est le fruit d’une bonne conduite, le signe que l’homme est juste, comment se fait-il que l’impie ou le méchant puissent eux aussi être en paix ? Déjà les psalmistes méditent sur cette question : Ps 73,1ss. Ce problème ne trouvera une réponse qu’avec la croyance ( très tardive dans l’histoire d’Israël ) en une vie éternelle et personnelle : les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra plus. Aux yeux des insensés, ils passèrent pour morts, et leur départ sembla un désastre, leur éloignement, une catastrophe. Pourtant, ils sont dans la paix ( Sg 3,1-3 )

 

Le temps passant, la paix, conçue d’abord comme un bonheur terrestre, apparaît donc de plus en plus comme un bien spirituel, en raison de son origine divine. Heureux ceux qui font œuvre de paix, ils seront appelés fils de Dieu.

Celui qui se confie en Dieu peut s’endormir en paix : Ils sont nombreux à dire : qui nous fera voir le bonheur ? Fais lever sur nous la lumière de ta face, Seigneur ! Tu m’as mis plus de joie au cœur qu’au temps où abondaient leur blé et leur vin. Pareillement comblé, je me couche et m’endors, car toi seul, Seigneur, me fais demeurer en sécurité ( Ps 4,7-9 ). Ouvrez les portes : qu’elle entre, la nation juste, qui se garde fidèle ! D’une manière ferme tu assures la paix parce qu’en toi elle se confie ( Is 26,2-3 ). Pour les chrétiens, Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix ( 1 Co 14,33 ) Pensons au vieux Syméon, prenant l’enfant Jésus dans ses bras au temple de Jérusalem :  maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples ( Lc 2,29-31 )

 

C’est tout cela qu’il faut avoir en arrière-plan  pour comprendre toute la force de la formule de saint Paul : Maintenant en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ. C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité ( Eph 2,13-14 ). Plus tard, François d’Assise reprendra cette intuition biblique. Dans son testament, il écrit : « comme salutation, le Seigneur me révéla que nous devions dire : que le Seigneur te donne la paix ». Après sa conversion, tout au long de sa vie, François saluera les gens en leur disant : « pax et bonum ». Il ouvrira sa « lettre aux chefs des peuples » en leur souhaitant « salut et paix », et sa lettre à tous les fidèles par ces mots : « à tous les chrétiens, frère François leur serviteur et leur sujet, hommage avec révérence, vraie paix du ciel et charité sincère dans le Seigneur ».

 

Ce don divin de la paix, l’homme l’obtient par la prière confiante, mais aussi par une activité de justice, car l’homme doit, selon le dessein de Dieu, coopérer à l’établissement de la paix sur terre : heureux les artisans de paix.

 

Le 27 Octobre 1986, le cardinal Etchegaray disait aux représentants des religions du monde présents à Assise : « chacune des religions que nous professons vise à la paix intérieure, et à la paix entre les individus et les nations. Chacune le fait à sa manière propre, irremplaçable. Mais toutes veulent la paix, et toutes invitent leurs membres à rechercher la paix à travers leur propre transformation intérieure, l’esprit de réconciliation, le service de la justice, et surtout la prière et la méditation ».

 

Ce même jour, dans l’introduction de la prière chrétienne, on entendait ceci : «  Nous sommes conscients que la paix est intrinsèquement liée à la justice. Notre engagement religieux envers la paix implique que nous nous engagions, d’un même mouvement, pour la justice, non seulement pour le respect, mais encore pour la promotion de la vraie dignité de tous les hommes et de toutes les femmes, créés à l’image de Dieu ( Gn 1,26 ) »

 

En effet, la paix est toujours fragile, et, dans la Bible, les raisons politiques ou militaires de l’absence de paix sont en réalité le résultat d’une défaillance spirituelle. En ce sens, le grand roi de la Bible n’est pas David, mais Salomon. Dieu dit en effet à David : Tu as répandu beaucoup de sang et tu as fait de grandes guerres. Tu ne construiras pas de Maison pour mon nom, car tu as répandu beaucoup de sang sur la terre devant moi. Voici, il t’est né un fils qui sera, lui, un homme de paix et auquel j’accorderai la paix vis-à-vis de tous ses ennemis d’alentour, car Salomon sera son nom ( n.b. « Salomon » est de la même racine que « shalom » ), et je donnerai paix et tranquillité à Israël pendant ses jours ( 1 Ch 22,8-9 )

 

LA PAIX MESSIANIQUE

Les prophètes annoncent une paix à la fin des temps, ce qu’on appelle la « paix messianique ». Isaïe rêve du prince de la paix ( Is 9,5 ), qu’annonce aussi Zacharie : tressaille d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des acclamations, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi ; il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne. Il supprimera d’Ephraïm le char de guerre et de Jérusalem, le char de combat. Il brisera l’arc de guerre et il proclamera la paix pour les nations ( Za 9,9-10 ). Même chose chez Michée : Et toi, Bethléem, de toi sortira celui qui doit gouverner Israël … lui-même sera la Paix ( Mi 5,1 ss ). Cette paix, qui inclut la libération du peuple en déportation à Babylone, la réconciliation des deux royaumes Israël et Juda, l’acceptation de l’alliance divine, etc., cette paix sera accomplie par le Serviteur de Dieu, ce Serviteur souffrant dont parle Isaïe : mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités ; la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui et dans ses plaies se trouvait notre guérison ( Is 52,5 )

 

Le paradis retrouvé sera un univers de paix, dont l’avènement dépend de l’écoute que les hommes accordent à la parole de Dieu : Is 11,6-9.

 

 

IV. LA PAIX CHEZ st LUC, st PAUL ET st JEAN : REGARDS CROISES

 

Tant que le péché n’est pas mort en tout homme, tant que le Seigneur n’est pas venu au dernier jour, la paix demeure un bien espéré, un bien attendu, un bien à venir, objet d’un combat incessant : Le fruit de la justice est semé dans la paix pour ceux qui font œuvre de paix ( Jc 3,18 ) : tel est le message du Nouveau Testament.

-     Dans l’évangile de Luc, on trouve le portrait d’un roi pacifique : Zacharie, le père de Jean Baptiste, dans un psaume prophétique, disait :  Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas sur la route de la paix ( Lc 1,79 ). C’est bien cela que les anges annoncent à Noël : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix pour ses bien-aimés ( Lc 2,14 ). En bon Juif, Jésus annonce et souhaite la paix ( Va en paix ! ) mais pour Jésus c’est plus qu’un souhait, plus qu’un vœu pieux : il met cela en actes en guérissant et en pardonnant. Comme lui, ses disciples offrent aux gens, avec leurs salutations de paix, le salut en Jésus : Lc 10,1-9. Mais Jésus vient bouleverser la paix du monde : pensez-vous que ce soit la paix que je suis venu mettre sur la terre ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ( 12,51 ). La paix que Jésus apporte est une paix exigeante, sur laquelle les hommes ont à se prononcer, d’où la division.

-     Chez Paul, on trouve une insistance sur l’union de tous les hommes en Christ : Eph 2,14ss. Il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix ( Col 1,19-20 ). C’est donc parce que nous sommes rassemblés en Christ que nous pouvons être en paix : que règne en vos cœurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés en un seul corps ( Col 3,15 ). Tout comme la charité et la joie, la paix est un don de l’Esprit Saint ( Ga 5,22 ). Elle est la vie éternelle dès ici-bas : la chair tend à la mort, mais l’Esprit tend à la vie et à la paix ( Rm 8,6 )

-     Chez Jean, la paix est le fruit du sacrifice de Jésus : Je vous ai dit cela pour qu’en moi vous ayez la paix. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde ! ( Jn 16,33 ). Jean voit  dans la présence de Jésus la source et la réalité de la paix. Quand la tristesse tombe sur ses disciples, il les rassure :  je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (14,27 ). Mais, comme chez Luc, on retrouve le caractère spécifique de la paix apportée par Jésus : Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne ( id° ). La paix sera le premier souhait, la première parole de Jésus à ses disciples après sa résurrection : La paix soit avec vous ( 20,19 ). Cette paix n’est pas liée à la présence terrestre de Jésus, mais à sa victoire sur le mal : victorieux de la mort, Jésus donne, avec sa paix, l’Esprit Saint et le pouvoir sur le péché : Jn 20,21-23.

 

 

V. FRANCOIS D’ASSISE,  APÔTRE DE LA PAIX

La Paix en Dieu ! Voilà donc un des axes forts du message de la Bible. Ce sera tout naturellement un des axes forts du message de François d’Assise. Il a la conviction qu’évangéliser, c’est avant tout annoncer la paix, la grande paix de Dieu, celle qui réconcilie les hommes avec Dieu. Mais elle doit aussi réconcilier les hommes entre eux, en transformant leurs relations, en les libérant de toute servitude. Dans l’esprit de François, cette paix ne peut être annoncée que par des hommes ayant renoncé à toute volonté de puissance, à tout esprit de domination. A toute époque et en tout lieu, le monde des hommes est un champ de lutte, voire de guerre : le messager de l’Evangile ne doit pas y apparaître comme un rival ou un concurrent dans la course à la richesse ou au pouvoir.

 

Thomas de Celano raconte : « François circulait à travers villes et bourgades, il annonçait le règne de Dieu et il prêchait la paix … Il commençait chacun de ses sermons par ce souhait de paix : « Que le Seigneur vous donne sa paix ». Cette paix, il l’offrait toujours et avec conviction aux hommes et aux femmes, à tous ceux qu’il rencontrait ou croisait sur sa route. Et cela eut souvent pour effet, avec la grâce du Seigneur, d’amener ceux qui, réfractaires à la paix, étaient ennemis de leur propre salut, à embrasser la paix de tout leur cœur et à devenir eux aussi fils de la paix » ( 1° biographie ).

 

Jusqu’à la fin de sa vie, François restera fidèle à cette mission de paix. C’est le sens profond de son expédition en terre musulmane pour rencontrer le sultan. Un témoin, Thomas de Spalato, nous décrit une prédication de François : « cette année-là ( en 1220 ), à Bologne, le jour de l’Assomption, j’ai vu François prêcher sur la place, devant le palais public. Presque toute la ville s’y était rassemblée. Sa prédication ne relevait pas du grand genre de l’éloquence sacrée. Pendant tout son discours, il parla du devoir d’éteindre les haines et de conclure un nouveau traité de paix. Dieu conféra tant de pouvoir à ses paroles qu’elles ramenèrent la paix dans maintes familles seigneuriales, déchirées jusque là par de vieilles haines » ( Lemmens, Testimonia minora ).

 

A Assise, lorsque surgit un conflit entre le podestat et l’évêque et que la petite cité est une fois de plus déchirée, François réunit les deux hommes et fit chanter son Cantique des Créatures devant eux ; il y avait ajouté, pour la circonstance, une strophe dans laquelle il chantait le pardon et la paix. La fraternité universelle que chante François n’est pas d’abord un spectacle à contempler : c’est une œuvre à accomplir.

 

A Arezzo, ville bouleversée par une émeute, François rétablit la paix. Thomas de Celano conclut par cette remarque capitale : « c’est en toute sérénité  que fut désormais respectée la charte établissant les droits de chacun » ( 2° biographie ). Car il n’y a pas de paix sans justice, les Béatitudes ne peuvent pas être séparées les unes des autres. La paix que prêche François ne se réduit pas à un sentiment, à un état d’âme. Il n’y a de paix effective et durable que dans le respect des droits de chacun, droits reconnus et inscrits dans une charte ou un traité. En 1986, à Assise, la prière d’intercession, lors du temps de prière entre chrétiens à la cathédrale saint Rufin, se terminait ainsi : « Père du ciel, apprends-nous à éliminer la pauvreté, les préjugés et l’oppression, afin que la paix l’emporte avec la droiture, la justice avec l’ordre ».

 

Partout où il passe, François lance un appel à la paix, à la réconciliation, à la fraternité. La célèbre histoire de la conversion du loup de Gubbio illustre cette action de François en faveur de la paix sociale. ( Fioretti chap. 21 ) Cette histoire est en fait la transposition poétique d’une paix conclue, grâce à François, entre la petite république italienne de Gubbio et l’un des ces féroces gentilshommes dont le brigandage faisait trembler de peur les habitants du pays. Et Eloi Leclerc de commenter : « ce loup, nous avons appris à mieux le connaître ; il est de tous les temps ; il ne court pas les bois ; il se cache en chacun de nous et en chaque groupe humain, prêt à déchire et à dévorer » ( p. 248 )

 

 

ASSISE, D’HIER A AUJOURD’HUI

Au terme de la journée de prière du 27 Octobre 1986 à Assise, un des participants catholiques concluait : « comme il aurait été heureux, le pauvre d’Assise, d’assister à une telle rencontre, lui qui n’a cessé de travailler pour la paix, aussi bien auprès du podestat et de l’évêque du lieu, qu’auprès des musulmans et des croisés qui se faisaient la guerre en Orient ! Comma sa joie aurait été parfaite en entendant le Pape réaffirmer « son humble conviction que la paix a pour nom Jésus Christ » ! Car la vie, la paix éternelle, c’est que tout homme connaisse le seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé. Le chemin est long pour que chaque homme se reconnaisse frère de tout homme dans le Christ. Une partie de ce chemin a été parcourue à Assise, et dans la conscience des croyants s’est affermie la conviction que là où est Dieu, là se trouve la paix ».

 

 

CONCLUSION

C’est bien ce que nous disons dans notre prière : cf. préface et 2° prière eucharistique pour la Réconciliation.

 

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                                                                                                                      … / …

Sources :

- « Vocabulaire de Théologie Biblique », éd. du Cerf

- « Paix aux hommes de bonne volonté : les grandes religions au rendez-vous d’Assise », éd. du Centurion

- E. Leclerc, « François d’Assise, le retour à l’Evangile », éd. DDB

- « Fioretti de saint François »

- T.O.B. ( Traduction Oecuménique de la Bible )

- Missel Romain