Formation St Jo : cycle 2004-2005

Par le Père Philippe BERNARD

 

Sur Les Pas de François d'Assise

Retour sommaire des rencontres 


3ème Rencontre du 15 janvier 2005

 

ÊTRE ATTENTIFS A TOUS NOS FRÈRES

 

    L’ATTENTION A L’AUTRE, UN ACTE ESSENTIEL DE LA VIE CHRÉTIENNE

L’ACCUEIL de tous les hommes, quels qu’ils soient, L’ATTENTION à chaque personne, cela fait partie de la vie chrétienne. Cela va sans dire, cela va mieux en le disant. En sachant que chacun de nous fait ce qu’il peut avec ce qu’il est.

Accueil, attention aux autres … Au fond, d’où cela vient-il ? Cet impératif ne vient pas forcément de l’homme. Il vient plutôt de Dieu, qui ne cautionne pas la loi de la jungle. L’accueil de tous les hommes, l’attention à chaque personne, on en trouve bien sûr la trace dans d’innombrables commandements de l’Ancien Testament portant sur le respect dû aux personnes. Ces commandements, on les trouve dans les grands textes législatifs, dans les livres de l’Exode, du Deutéronome et surtout du Lévitique, dans ce qu’on appelle la loi de Moïse. Un exemple en Lév 19,13-16 : n’exploite pas ton prochain et ne le vole pas ; la paye d’un salarié ne doit pas rester entre tes mains jusqu’au lendemain ; n’insulte pas un sourd, et ne mets pas d’obstacle devant un aveugle ; c’est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu. C’est moi, le Seigneur. Ne commettez pas d’injustice dans les jugements : n’avantage pas le faible, et ne favorise pas le grand, mais juge avec justice ton compatriote ; ne te montre pas calomniateur de ta parenté, et ne porte pas une accusation qui fasse verser le sang de ton prochain. C’est moi, le Seigneur.

On retrouve le même souci chez les prophètes, qui constituent le 2° socle de l’Ancien Testament après les livres dits « de la loi ». Les prophètes ne cessent de réclamer à temps et à contretemps le respect et la mise en application de cette loi de Moïse, l’attention à porter aux autres en général et aux plus faibles en particulier : veuves, orphelins, etc. Un exemple parmi d’autres : le texte bien connu du prophète Isaïe : Vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute et en frappant du poing méchamment ! Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, n’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras : devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas. Alors ta lumière pointera comme l’aurore, alors tu appelleras et le Seigneur répondra ( Is 58,4ss )

Ces commandements de l’Ancien Testament sont et resteront d’actualité. Jésus les reprend et les résume : un légiste lui demanda pour lui tendre un piège : Maître, quel est le grand commandement dans la loi ?Jésus lui déclara : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes ( Mt 22,35-40 )

Cette réponse de Jésus associe deux textes de l’Ancien Testament : la 1° phrase concernant Dieu est tirée du livre du Deutéronome ( 6,5 ), elle fait partie de la grande prière juive appelée le « Shema » ; on peut se demander où est le piège : il est évident que Jésus connaissait la réponse à la question du légiste, puisque comme tous les autres Juifs il récitait cette phrase chaque jour ! Mais Jésus y associe cette 2° phrase concernant le prochain, qui vient du livre du Lévitique ( 19,18 ) et qui est aussi un texte bien connu des rabbins. L’originalité de la réponse de Jésus vient de l’égale importance qu’il accorde à l’un et à l’autre de ces commandements.

Cette nécessité de l’accueil, de l’attention à l’autre, trouve donc sa source dans la Loi de l’Ancien Testament, mais, pour nous, chrétiens, elle la trouve aussi et surtout dans les actes et les paroles de Jésus. Dans l’évangile de Matthieu, le début de la vie publique de Jésus est une démonstration de ce lien entre l’attention aux autres et l’annonce de la Parole de Dieu : il enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Règne et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Sa renommée gagna toute la Syrie, et on lui amena tous ceux qui souffraient, en proie à toutes sortes de maladies et de tourments, et il les guérissait ( Mt 4,23-24 ) Enseignement, mission et charité sont donc intimement liés. Et on sait qu’à l’autre bout de l’évangile de Matthieu, dans la célèbre parabole du jugement dernier, partiellement inspirée d’ailleurs du texte d’Isaïe 58, Jésus rappellera que nous serons jugés sur nos actes, sur notre comportement vis-à-vis de nos frères ( Mt 25,31-46 )

 

ÊTRE ATTENTIF COMME JÉSUS

Pour comprendre ce que veut dire « être attentif comme Jésus », il suffit de regarder les rencontres que nous rapportent les évangiles. Deux composantes essentielles s’y retrouvent, non pas contradictoires mais complémentaires :

- d’une part une attention sans exclusive

- d’autre part une attention privilégiée pour les petits

1. Une attention sans exclusive : Jésus accueille les gens de toutes origines, de toutes conditions de vie, de toutes conditions sociales, de tous âges, hommes comme femmes. Ce qui n’avait rien d’évident, du moins dans la pratique, pour le monde juif dans lequel il vivait, et qui était de fait très cloisonné. Voici une liste, loin d’être exhaustive ! de quelques uns de ceux que Jésus rencontre, guérit, accueille :

- Des étrangers : la Samaritaine Jn 4,1-42 ; la syro-phénicienne Mc 7,24-30 ; les possédés en pays païen de la Décapole Mt 8,28-34 ; la cananéenne Mt 15,21-28.

- Des notables de son pays : les pharisiens chez qui il se rend pour partager leur repas Lc 11,37 et 14,1 ; Jaïre, le chef de la synagogue, dont il guérit la fille Mc 5,21-43 ; Nicodème, important personnage religieux, membre du Sanhédrin Jn 3,1-21

- Des personnes de toutes situations financières : l’homme riche Mc 10,17-25 comme la veuve du temple Lc 21,1-4

- Des personnes liées à l’occupant romain : Zachée le publicain Lc 19,1-10 ; le centurion romain Lc 7,1-10

- Des personnes à la vie douteuse : la femme adultère Jn 8,3-11 ; la pécheresse Lc 7,36-50 ; les deux larrons Lc 23,39-42 

- Les enfants, personnages très secondaires dans la vie sociale de l’époque : ceux qu’il accueille et bénit Mt 19,13-15 ; l’enfant possédé qu’il guérit Lc 9,37-42

- Hommes et femmes font partie de ceux qui accompagnent Jésus Lc 8,1-3 : Jésus faisait route à travers villes et villages ; les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries, Marie dite de Magdala, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens.

C’est donc un accueil tous azimuts, Jésus ne sélectionne pas. On pourrait faire une vraie litanie de ces rencontres. Un exemple : rien que dans les deux premiers chapitres de l’évangile de Marc, voici ceux auxquels Jésus se rend présent et attentif : Jean-Baptiste ; des pécheurs galiléens, que Jésus appelle pour en faire ses premiers disciples ; les gens rassemblés pour le sabbat dans la synagogue de Capharnaüm ; un homme possédé par un esprit impur ; la belle-mère de Simon ; tous les malades et démoniaques de Capharnaüm et de sa région ; un lépreux ; un paralysé ; Lévi et une brochette de collecteurs d’impôts ; les disciples de Jean le Baptiste ; des pharisiens, le tout sur fond de foule en permanence : c’est quand même assez impressionnant de quantité et de diversité, même si on sait que saint Marc a placé au début de son évangile une sorte de journée-type de Jésus, qu’on appelle « la journée à Capharnaüm ».

2. Une attention non exclusive mais privilégiée aux petits et aux pauvres : lépreux, paralytiques, muets, sourds, aveugles, démoniaques, personnes rejetées par la société pour une raison ou une autre … Cet aspect de l’Évangile que nous connaissons bien est quand même d’une ampleur impressionnante. Il prend tout son relief, et même sa dimension révolutionnaire, quand on se rappelle que, dans le monde juif de l’époque, toute maladie ou toute catastrophe était peu ou prou considérée comme un malheur voulu par Dieu, en punition de telle ou telle faute commise par soi-même ou par ses ancêtres. Ces pauvres sont les premiers invités : quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis ni tes frères … invite des pauvres, des estropiés … ( Lc 14,12-13 ) Allez donc aux places d’où partent des chemins et convoquez à la noce tous ceux que vous trouverez. Les serviteurs s’en allèrent par les chemins et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvaient, mauvais et bons ( Mt 22,9-10 )

 

UN PEUPLE ET DES PERSONNES. Le peuple de Dieu, aujourd’hui l’Église, est à la fois un peuple et des personnes. Un peuple est autre chose que l’addition des individus qui le composent. L’attention de Jésus porte sur les personnes, mais il la manifeste aussi à des populations entières : Jésus a pitié des foules sans berger ( Mt 9,36 ), il nourrit les foules affamées ( Mc 6,30-44 et // ), il enseigne des foules considérables ( Mt 4,23-25 ), il pleure sur Jérusalem qui refuse de l’écouter ( Lc 13,34 et 19,41 ). Avec Jésus, ce sont à la fois des individus et des groupes qui sont pris en considération. On ne peut pas séparer l’individu de ses relations.

L’accueil, la rencontre, le souci de l’autre, sont donc impératifs, et Jésus l’explique ainsi : « Qui vous accueille m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé » ( Mt 10,40 ). Plus tard, saint Paul redira la même chose avec d’autres mots : « Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu » ( Rom 15,7 )

 

        CHEZ SAINT PAUL

On vient de citer saint Paul. Il est par essence l’apôtre de l’ouverture à l’autre, à l’étranger, au païen, pour reprendre les mots de l’époque. Paul, ce passionné de l’annonce de l’Évangile, explique lui-même le sens de cette ouverture :

Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, pour en gagner le plus grand nombre. J’ai été avec les Juifs comme un Juif, pour gagner les Juifs, avec ceux qui sont assujettis à la loi, comme si je l’étais – alors que moi-même je ne le suis pas -, pour gagner ceux qui sont assujettis à la loi ; avec ceux qui sont sans loi, comme si j’étais sans loi – alors que je ne suis pas sans loi de Dieu, puisque Christ est ma loi -, pour gagner ceux qui sont sans loi. J’ai partagé la faiblesse des faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver sûrement quelques-uns ( 1 Co 9,19-22 )

Chez un saint Paul issu des milieux pharisiens les plus fervents et les plus fermés, cette importance de chaque personne, quelle que soit son histoire, n’est pas seulement une conviction humaniste, ou une conviction éthique, c’est aussi et d’abord une conviction spirituelle : aucun de nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même. Car, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. Car c’est pour être Seigneur des morts et des vivants que Christ est mort et qu’il a repris vie. Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Et toi, pourquoi mépriser ton frère ? Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu ( Rm 4,7-10 )

Saint Paul, et à partir de lui la tradition chrétienne, développe cette intuition de l’importance fondamentale de chaque être humain, fondamentale parce que sacrée. C’est ce que nous chantons parfois à l’église : «  tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ». C’est ce que Paul écrira à la communauté chrétienne de Corinthe, qui était massivement composée de gens issus des couches les plus pauvres de la société : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Le temple de Dieu est saint et ce temple, c’est vous ( 1 Co 3,16-17 )

        DANS L’ÉGLISE PRIMITIVE

Un des plus beaux textes parlant de l’égale dignité de tous les êtres humains et de l’universalité de l’accueil est le récit de la Pentecôte ( Actes 2 ) : chacun est rejoint par la Parole de Dieu dans ce qu’il est, avec son identité propre, symbolisée par la langue.

Très vite, malgré les réticences de certains, les disciples de Jésus vont aller à la rencontre de gens très différents d’eux. C’est par exemple le cas de la rencontre entre Philippe et l’eunuque éthiopien ( Actes 8 ). C’est, à Antioche de Pisidie, le célèbre coup de gueule de saint Paul envers ses frères Juifs : C’est à vous d’abord que devait être adressée la Parole de Dieu ! Puisque vous la repoussez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, alors nous nous tournons vers les païens ( Ac 13,46-47 ). A la suite du Christ, comme Lui, les premiers chrétiens vont aller vers tous les hommes ( pensons aux voyages missionnaires de saint Paul ), et donner eux aussi toute leur attention aux petits : l’infirme de la Belle Porte que guérit Pierre ( Ac 3 ), les malades en tous genres que guérissent les apôtres ( Ac 5 ), les Samaritains évangélisés par Philippe, puis par Pierre et Jean ( Ac 8 ), etc.

* * * *

FRANÇOIS ET LES PETITS

François, fils de riches, de notables, découvre la pauvreté. Dans cette découverte de la pauvreté, François commence, il n’est pas le seul, par donner. Beaucoup, puisqu’il est riche. Il a le geste princier. Mais il se rend compte que ça sonne faux. Pour vraiment connaître le monde des pauvres, il n’y a pas d’autre solution que de s’y plonger totalement, corps et âme. Après avoir rendu ses vêtements somptueux à son père, François, revêtu de haillons, va se mêler à ce peuple des gueux.

Il découvre aussi qu’il n’y a pas que ces exclus, les mendiants, lépreux, etc., qui souffrent : il y a aussi tout le peuple des ouvriers, le peuple des ateliers. Les minores, les petits, les sans grade, les sans voix. C’est parmi eux que François enverra les premiers frères. « Frères mineurs ».  Plus grandit sa soif de Dieu, plus François est attentif à la misère.

Un exemple : celui des lépreux. Comme beaucoup d’autres, pendant très longtemps, François fut incapable de supporter la vue d’un lépreux. Un jour, poussé par un irrésistible élan intérieur qu’il ne sait pas encore nommer, croisant un lépreux dans les environs d’Assise, François descend de cheval, donne une pièce au lépreux et lui baise la main. Il ne le sait pas encore, mais sa vie est en train de basculer. Par la suite, il se rendra régulièrement auprès des lépreux pour les visiter et les soigner. Plus tard, dans son testament, il écrira : « quand j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai avec compassion. Et quand je les quittai, ce qui m’avait semblé amer s’était changé pour moi en douceur, pour l’esprit et pour le corps ».

 

LA RÈGLE DE SAINT FRANÇOIS

Cette intuition spirituelle doit prendre forme. Nous sommes autour de l’an 1220. François rédige sa première Règle. Ne lisons pas ce texte avec notre regard mondialisé. François et ses contemporains ignorent l’existence des Amériques, ignorent probablement à peu près tout de l’Asie, sans parler de l’Océanie ou des pôles. Et pourtant, dans cette première règle, François développe une extraordinaire universalité :

« Et tous ceux qui dans la sainte Église catholique et apostolique veulent servir le Seigneur Dieu, et tous les ordres, tous les religieux et toutes les religieuses, tous les convers et tous les enfants, les pauvres et les indigents, les rois et les princes, les travailleurs et les agriculteurs, les serviteurs et les seigneurs, toutes les vierges et celles qui gardent la continence et celles qui sont mariées, les laïcs, hommes et femmes, tous les petits enfants, les adolescents, les jeunes et les vieux, les bien portants et les malades, tous les petits et les grands, et tous les peuples, les races, les tribus et les langues, toutes les nations et tous les hommes, partout sur la terre, qui sont et qui seront, humblement nous les prions et supplions, nous tous frères mineurs, serviteurs inutiles, que nous persévérions tous dans la vraie foi et dans la

pénitence » ( 1 Reg 23 )

 

FRANÇOIS ET LES NON CROYANTS

François avait déjà tenté une mission en Syrie en 1211, voyage interrompu semble-t-il pour des raisons météorologiques, des vents contraires qui l’empêchent d’aller jusqu'au bout. En 1219, il s’embarque pour Acre et Damiette. La 5° croisade, lancée par Innocent III, fait rage. François va prendre le contre-pied de cet esprit de conquête ou de reconquête. « Il était en paix avec tous, il vivait de plain pied avec les êtres et portait sur chacun d’eux un regard plein de respect et de lumière. Les êtres avaient cessé d’être pour lui des objets de possession et de domination ( … ) Son horizon n’était pas la Chrétienté temporelle avec son prestige et ses frontières à défendre ou à étendre, mais Jésus Christ à aimer et l’homme à sauver.

Cela le mena loin : hors des frontières de la Chrétienté. En pleine croisade, il partit pour l’Orient, non pour prendre part aux combats, ni même pour remplir une fonction de chapelain auprès de l’armée, mais pour rencontrer les autres, ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il eut avec le sultan plusieurs entrevues ( … ) il put l’entretenir en ami des choses de la religion. Si celui-ci ne se convertit pas à la foi chrétienne, du moins un pont était-il jeté entre l’Occident et l’Orient. Ce fut certes un grand moment dans l’histoire des hommes » E. Leclerc, « Exil et tendresse », p. 7 ) Ne sommes-nous pas appelés à être des poseurs de ponts ?

FRANÇOIS ET LA VIE FRATERNELLE

Vivre avec les autres  ? Le prochain ne me dérange pas trop s’il est à l’autre bout du monde … Mais … « Aime-les, tels qu’ils sont. L’essentiel à ses yeux était là. Les aimer vraiment, et par cette avance de tendresse et d’estime, mériter de devenir leur père, de les éveiller à une vie nouvelle et à une conscience d’eux-mêmes plus profonde, plus haute. François ne recherchait ni sa paix ni leur gratitude. Il avait compris que la vraie paternité, celle de l’esprit, ne se recherche ni ne s’impose ; elle s’offre et se donne librement ( … ) Sans triomphe dans la réussite, comme sans amertume dans l’échec, cette paternité n’a de regard que pour l’autre, pour son bonheur et sa dignité ». Id° p. 156

Sainte Claire, ne l’oublions pas ! Sainte Claire, elle aussi, va lier l’amour de Dieu et l’amour fraternel. Dans son testament, elle écrit ceci : « en vous aimant les unes les autres dans la charité du Christ, l’amour que vous avez au-dedans, montrez-le au dehors par des actes, afin que, provoquées par cet exemple les sœurs croissent toujours dans l’amour de Dieu et la charité mutuelle » ( § 59-60 )

FRANÇOIS ET L’ANNONCE DE L’ÉVANGILE

Dans notre société où on est très vite accusé de prosélytisme, comme si partager ce qui nous fit vivre était sujet à soupçon, François d’Assise nous ouvre un chemin. Éloi Leclerc le présente ainsi : « Le Seigneur nous a envoyés évangéliser les hommes. Évangéliser un homme, c’est lui dire : Toi aussi, tu es aimé de Dieu dans le Seigneur Jésus. Et pas seulement le lui dire, mais le penser réellement. Et pas seulement le penser, mais se comporter avec cet homme de telle manière qu’il sente et découvre qu’il y a en lui quelque chose de sauvé, quelque chose de plus grand et de plus noble que ce qu’il pensait, et qu’il s’éveille ainsi à une nouvelle conscience de soi. C’est cela, lui annoncer la Bonne Nouvelle. Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton amitié. Une amitié réelle, désintéressée, sans condescendance, faite de confiance et d’estime profondes ». Sagesse d’un pauvre pp. 138-139.

« Essayez de laisser ce monde un peu meilleur qu’il ne l’était quand vous y êtes venus » ( Baden Powell )

retour début  

Finale 1 Jn 3,14-18 . 23 ; 4,7-12 . 20-21

 

Sources :

Éloi Leclerc, « François d’Assise, le retour à Évangile », DDB éd.

Éloi Leclerc, « Exil et tendresse » édit. franciscaines

Éloi Leclerc, « Sagesse d’un pauvre », DDB éd.

G. Bessière et H. Vulliez, « le saint d’Assise » éd. Découvertes Gallimard

Écrits de François et Claire d’Assise, éd. du Cerf, coll. « Trésors du christianisme »

T.O.B. ( Traduction Oecuménique de la Bible )