Formation St Jo : cycle 2004-2005

Par le Père Philippe BERNARD

Sur Les Pas de François d'Assise

1ère rencontre du 20/11/2004 : Vivre l'Évangile dans une Europe marchande 

                                                          Intervention de Jean-Michel BoussemarT

2ème rencontre du 11/12/2004 : La Souffrance 

                                                          Intervention de Catherine BOUSSEMART 

3ème rencontre du 15/01/2005 : Attentifs à tous nos Frères 

                                                          Intervention de Soeur Lucette 

4ème rencontre du 12/02/2005 : La Paix 

                                                          Intervention de Marie-Louise Horvais 

                                                          Intervention de Bernard Horvais 

5ème rencontre du 12/03/2005 : La Joie 

                                                          Intervention de Bénédicte H. 

6ème rencontre du 9/04/2005 : L'Émerveillement 

                                                          Intervention de L. et C. Gourbeille. 

 

 

 

 

 


1ère Rencontre du 20 novembre 2004

VIVRE L’ÉVANGILE 

DANS UNE EUROPE MARCHANDE

 

I. LA BIBLE ET L’ARGENT : RAPIDE SURVOL

Dans l’Ancien Testament, globalement, la richesse est un bien. Jusque dans les textes les plus récents, l’AT vante la richesse des pieux personnages de l’histoire d’Israël : Le roi Ezékias par exemple ( 2 Ch 32,27ss ), mais aussi Abraham ( Gn 13,2 : « Abraham était très riche en troupeaux, en argent et en or ), Isaac ( 26,12s ) etc. L’intuition est simple : Dieu enrichit ceux qu’il aime. Par exemple, Job, qui sera resté fidèle au Seigneur dans les épreuves qu’il a endurées, sera récompensé : Jb 42,10.12. Car il ne faut pas que l’homme oublie que tout lui est donné par Dieu : Pr 3,9-10.

Cependant, si la richesse est un bien, et le signe de la générosité divine, elle n’est pas le meilleurs des biens : on lui préfère d’autres richesses, plus spirituelles : Pr 15,16 ; 22,1. Il faut relativiser son importance : Pr 23,4-5, la plus précieuse des richesses étant la sagesse qui vient de Dieu : Pr 2,2-6 ; 3,13-15 ; 8,11.

L’AT n’ignore évidemment pas qu’il existe des richesses gagnées malhonnêtement, et qu’elles risquent de pourrir le cœur de l’homme : Is 5,8 ; 10,1-3 ; Jr 5,26-29 ; 9,22-23. La richesse, au lieu de renforcer l’Alliance entre les hommes et Dieu, risque de la nier : Os 13,6 ; Dt 8,12-14.17-18.

La distance entre l’AT et le NT sur la perception de la richesse est l’une des plus fortes qui soient. Certes, le NT reprend à son compte toutes les réserves de l’AT à l’égard de la richesse. Les invectives de Jacques contre les riches sont dignes des prophètes de l’AT : Jc 5,1-5. L’apôtre rappelle le choix de Dieu en faveur des petits : 2,5-6.

Mais le retournement opéré par l’Evangile est brutal : Lc 6,24. Cette véritable condamnation prend tout son relief quand on met en parallèle les béatitudes et malédictions du sermon sur la montagne avec les bénédictions et malédictions de Deutéronome 28 selon qu’Israël restera ou non fidèle à la Loi de Dieu : ce sont deux conceptions de la vie radicalement opposées.

Jésus est très clair : on ne peut servir deux maîtres ( Mt 6,24 ) ; pour acquérir la perle précieuse, il faut tout vendre ( Mt 13,45s ). La richesse empêche d’entendre la Parole de Dieu : Mt 13,22 ; 19,21-22 ( l’homme riche ). Lc 12,15-21.

Jésus revient très souvent sur ce thème : Lc 14,33 ; Mt 19,23-24. Seuls les pauvres peuvent accueillir la Bonne Nouvelle : Lc 1,53 ;4,18.

L’Evangile ne demande pas de se débarrasser de la richesse comme d’un poids encombrant, mais de la donner aux pauvres : Lc 12,33-34. Le scandale n’est pas qu’il y ait un riche et un pauvre Lazare, il est que le riche ne donne rien à Lazare ( Lc 16,21 ). La vraie richesse est celle que l’on partage car cela unit à Dieu celui qui donne comme celui qui reçoit : 2 Co 9,6-12 ; Ac 20,33-35.

( source : Vocabulaire de Théologie Biblique », art. « richesse » )

 

2. AU TEMPS DE FRANCOIS D’ASSISE

A. LE TOURNANT DU XII° s

Nous sommes au XII° s. Depuis plusieurs siècles, l’Occident vit sous le régime de la féodalité, une société caractérisée par la stabilité : le vassal ne peut pas quitter sa terre, le seigneur ne peut pas la vendre. Solidement structurée et hiérarchisée, la société féodale donne à chaque personne et à chaque catégorie de personnes une place bien définie et immuable.

Quant à l’Eglise, elle est apparemment toute puissante. Les évêques et les abbés possèdent des propriétés foncières considérables : ce sont de véritables seigneurs féodaux, et ils se conduisent comme tels. La vie spirituelle de l’Eglise se ressent de cette situation de pouvoir temporel. L’évêque Jacques de Vitry, après un séjour auprès de la curie romaine, écrit : «on y est tellement absorbé par les affaires temporelles et les procès, on s’y préoccupe tellement de ce qui touche aux rois et aux Etats, que c’est à peine si l’on peut y aborder les questions religieuses ». Dès que l’Eglise se sent menacée, elle s’appuie sur sa puissance et sur l’arme de l’excommunication. C’est ainsi qu’à la fin du XII° s, le Concile de Vérone ordonnera aux évêques de Lombardie de livrer à la justice les hérétiques qui refuseront de se convertir. L’Eglise, restée féodale dans son fonctionnement, se conduit en pouvoir temporel. Cela donnera, entre autres, l’affaire de l’hérésie cathare, et la fameuse croisade dite « des Albigeois » en 1209. Le Pape Innocent III comprendra que ce n’est pas par la force que l’Eglise résoudra la crise qui la ronge. On retrouvera ce Pape plus tard, lorsqu’il accueillera François d’Assise venu lui présenter le projet de Règle de vie de sa fraternité.

Mais à partir du XII° s, tout va changer. La noblesse, dont la richesse provenait pour l’essentiel de l’exploitation d’immenses propriétés terriennes, se voit peu à peu concurrencée puis supplantée par la bourgeoisie marchande. Comme ce monde marchand est basé sur les échanges commerciaux à grande échelle, et non plus sur l’autosubsistance ou le troc, cela signifie que l’argent devient roi. Les choses sont de plus en plus estimées en monnaie, et, du même coup, la notion de richesse se transforme : le symbole de la richesse n’est plus seulement la terre, mais l’argent. Désormais, tout peut s’acheter, même les titres de noblesse, même les bénéfices ecclésiastiques. Le matérialisme montre le bout de son nez, avec tous les risques humains et spirituels que cela suppose.

 

 

B. LE MONDE DES MARCHANDS

Dans un monde immobile, fixé à la terre, les marchands font d’abord figure de marginaux. Ils ne produisent rien, ils transportent. Ils circulent et font circuler les marchandises des ports méditerranéens à ceux de l’Europe du Nord, de foire en foire. Bientôt, tout en continuant leur vie ambulante, les marchands se donnent des points d’attache : un port, un carrefour routier …. C’est le développement du monde des villes, un monde dominé par ces marchands dont le besoin essentiel est de circuler pour travailler et gagner leur vie. Et ces villes ont besoin de main d’œuvre : il faut construire et faire vivre des auberges, etc. Les faubourgs deviennent le domaine de l’artisanat : bâtiment, textile, tannerie ... C’est un nouveau marché du travail, qui attire les paysans.

Cette société va très vite donner naissance à tout un petit peuple miséreux et largement exploité, on dirait aujourd’hui un prolétariat, voire pire encore. Ces immigrés des campagnes voulaient échapper à la tutelle des seigneurs féodaux : ils deviennent des salariés précaires, soumis au bon vouloir des « donneurs d’ouvrages ». C’est parmi ces déracinés que, plus tard, François enverra ses frères.

Dans cette renaissance commerciale européenne, les marchands transportent aussi les idées. C’est ainsi qu’à Assise comme ailleurs, on avait entendu parler des villes des Flandres qui, dès la fin du XI° s, avaient contesté le pouvoir des seigneurs pour obtenir leur liberté de manoeuvre. La bourgeoisie marchande jouera un rôle décisif quand la population d’Assise mettra en place une commune libre, on va revenir sur cette notion. François d’Assise est un fils, on dirait aujourd’hui un pur produit de cette bourgeoisie marchande.

En effet, François naît en 1182, en plein dans l’âge d’or des marchands. Certains d’entre eux ont déjà accumulé des fortunes, et acquis d’énormes patrimoines immobiliers. A côté des possesseurs de la fortune foncière, les marchands sont des hommes nouveaux qui créent une richesse nouvelle. Désormais, les seigneurs doivent compter avec eux. Certains le comprennent et pratiquent une politique libérale à l’égard des marchands. Ils y gagnent évidemment en retombées économiques diverses. Mais le monde urbain, en pleine expansion, se sent de plus en plus à l’étroit dans le monde féodal. Il ne va pas tarder à vouloir se libérer de la tutelle des seigneurs.

En effet, à l’origine, les villes sont soumises à ces seigneurs sur les territoires desquels elles se construisent : elles sont la propriété d’un noble, d’un abbé, d’un évêque. Mais l’activité économique des gens des villes est basée sur la circulation des biens et des personnes. Elle se heurte à la structure féodale qui liait l’homme à un seigneur et à un domaine. Peu à peu, les bourgeois ( i.e. les habitants des bourgs ), prenant conscience de leur force économique, veulent avoir la liberté de gérer par eux-mêmes leurs affaires et leurs intérêts. Pour faire aboutir leurs revendications et réaliser leurs projets, partant du principe que l’union fait la force, à l’image des marchands organisant des confréries, les habitants des villes vont se grouper en associations appelées communes.

 

C. LE MOUVEMENT COMMUNAL

Au départ, l’objectif du mouvement communal est de libérer les villes du pouvoir des seigneurs. Ce mouvement va s’étendre à toute l’Europe, et les villes italiennes ne seront pas les dernières. La ville a son tribunal, son conseil de commune, sa tour de guet, sa milice, etc, parfois même sa propre monnaie. Aujourd’hui la place centrale d’Assise s’appelle toujours « place de la commune », et la tour est encore là.

Nous sommes à la fin du XII° s : c’est au temps de la jeunesse de François que se créent ces communes libres. En se libérant du pouvoir féodal, les hommes se libèrent aussi de tout un système social. Le pouvoir de l’Eglise est aussi battu en brèche. Avec le développement du commerce sont apparus de nouveaux rapports sociaux entre les hommes ; l’aspiration profonde du mouvement communal, c’est la liberté, liberté de circuler, de s’administrer par soi-même. Mais il y a aussi une forte aspiration à l’égalité dans les rapports humains. Pourquoi ? Parce que le monde féodal était très hiérarchisé : l’homme était toujours dépendant d’un autre homme. Les communes rejettent cela. Elles aspirent à un système basé sur l’association. A l’origine, la commune est une association de tous les habitants d’une ville pour résister au pouvoir des seigneurs et s’en libérer. Tous les citoyens d’une même localité, à égalité, s’unissent par un serment d’aide mutuelle. Dans les chartes de certaines communes, on trouve le principe de l’impôt sur le revenu, puisqu’il est dit que s’il faut instaurer une taxe, chaque habitant y participera en fonction de ses ressources. Mais, à cette époque comme aujourd’hui, le principe n’est pas toujours réellement appliqué …

Avec le mouvement communal, l’idée de fraternité est aussi dans l’air : les nouvelles formations sociales s’appellent « confrérie », « fraternité » ou « communauté ». Dans l’Eglise, un peu partout apparaissent, de manière totalement anarchique, des groupes, on dirait aujourd’hui des mouvements ou des communautés. Ils réagissent contre la puissance et la richesse du haut clergé, et veulent à la fois retrouver l’intuition des premières communautés chrétiennes, et prendre en compte les aspirations nouvelles.

La soif de puissance de l’être humain étant ce qu’elle est, les rivalités entre communes les poussent à se combattre. Dès qu’une ville s’érige en commune libre, elle construit des remparts. Le cas d’Assise est caractéristique : en 1198, François a 16 ans, les habitants rasent l’ancienne forteresse féodale de la Rocca. Immédiatement, avec les pierres de la forteresse, ils bâtissent une enceinte fortifiée autour de leur cité. Et les cités voisines en font autant. Chaque commune défie les autres. C’est ainsi qu’en 1202, François a 20 ans, la ville d’Assise se lancera dans une guerre contre Pérouse, située de l’autre côté de la vallée. François participe à cette guerre, ce qui lui vaudra de passer plusieurs mois dans les prisons de Pérouse. Première étape sur le chemin de la conversion.

Le rêve communal est beau, mais il n’en reste pas moins que dans cette société des communes, l’argent est roi. Grâce à l’argent, un fils de marchand comme François peut tout se permettre. Mais la révolution communale ne profite pas également à tout le monde : le petit peuple est à la peine. On parlerait aujourd’hui d’une société à deux vitesses ou de fracture sociale.

C’est donc dans ce contexte à la fois riche d’aspirations et plein de contradictions que naît François d’Assise. Si cet environnement socio-économique n’explique pas à lui seul le choix radical que fera François, il y a fortement contribué. François est le fils de Pierre Bernardone, un très riche marchand de tissus, qui faisait partie de ces « pieds poudreux » qui allaient jusque dans les foires de Champagne vendre les étoffes de l’Orient et acheter celles du Nord. Issu du monde marchand, François est également issu du monde des communes, et il en partage l’idéal de liberté. Mais il va découvrir l’envers du décor : le monde des pauvres et des exclus.

 

D. FRANCOIS D’ASSISE ET L’ARGENT

L’argent est devenu le symbole et la clé de la réussite. Il peut corrompre l’homme et la société. Par expérience familiale, François sait à quel point la richesse peut pervertir les relations humaines. On le constate aussi aujourd’hui, entre personnes, entre familles, entre Etats. Cette course à l’argent, François en pressent le danger. Si, après sa conversion, il manifestera un tel mépris de l’argent, c’est parce que celui-ci est devenu le symbole de la priorité donnée par l’homme aux biens matériels, au détriment de la relation aux autres et à Dieu. François et ses frères voudront retrouver l’esprit de l’Evangile dans ce monde qui annonce déjà notre système économique actuel. Pour y parvenir, François invitera ses frères à se libérer totalement de l’argent, pour être au service de l’Evangile et des personnes. « Nous ne devons pas conférer et attribuer à l’argent une plus grand utilité qu’aux cailloux » ( 1 Reg 8 ). Contrairement à d’autres, François n’a pas vocation à aller au désert : il plonge dans ce monde-là, mais en refusant ce nouveau système social dont il connaît les chances et les dangers. En appelant ses frères « minores », il reprend un terme qui désignait tous ceux qui étaient les exclus de la nouvelle société urbaine, par opposition aux « majores », ceux qui avaient le pouvoir. Dans la Règle de 1221, il demande aux frères qui vont travailler chez autrui de refuser tout emploi qui leur donnerait quelque pouvoir que ce soit sur d’autres hommes. Et si le travail ne suffit pas à les faire vivre, ils mendieront. Dans la même Règle, François écrit : « les frères doivent se réjouir quand ils vivent parmi des personnes viles et méprisées, des pauvres et des infirmes et des lépreux et des mendiants le long du chemin». ( 1 Reg 9 )

François méprise la richesse : « Que tous les frères soient vêtus de vêtements vils et puissent les rapiécer de sacs et d’autres pièces. » Mais il ne méprise pas les hommes qui la détiennent, et il ajoute aussitôt : « J’avertis ( les frères ) et je les exhorte à ne mépriser ni juger les hommes qu’ils voient vêtus de vêtements raffinés, user d’aliments délicats, mais plutôt que chacun se juge soi-même » ( 2 Reg 2 ).

Si François a eu tant d’influence, c’est parce qu’il est bien de son époque : les hommes circulent ? François abandonne les abbayes solidement installées pour vivre l’Evangile de la marche, de la mission en mouvement. L’argent est le nouveau pouvoir ? François offre la gratuité du prêcheur sans argent ni pouvoir. A la place des structures féodales, une nouvelle domination s’est mise en place ? François réinvente la fraternité évangélique, basée sur des relations égalitaires. La guerre fait rage ( en particulier avec l’Islam, ceux qu’on appelle alors les Sarrasins ) ? François redécouvre l’Evangile de la paix. A travers lui, c’est la rencontre de l’Evangile avec une époque. En résonance avec la vie de son temps, François rompt avec les seigneuries d’Eglise, avec la puissance des abbayes, avec les guerres féodales, avec les croisades. Les frères mineurs seront à l’image du Christ, qui a arpenté les routes, rencontré les petits et lavé les pieds de ses frères. C’est en s’efforçant de vivre en fraternité avec les plus petits, les plus démunis, que les premiers frères mineurs voudront apparaître comme des messagers du Christ et de son amour privilégié pour les humbles.

L’Evangile révèle donc à François le chemin d’une authentique fraternité humaine. Il va tourner le dos à son milieu d’origine, à la domination de l’argent, à la passion du pouvoir, pour suivre l’exemple du Christ humble et pauvre. Il va en fait reprendre à son compte, en les purifiant, les aspirations des hommes de son temps. Ce que le mouvement communal n’a pas réussi à faire à cause du pouvoir de l’argent, François va le réaliser en suivant un chemin de pauvreté. Il créera effectivement une fraternité, ouverte à tous. Des hommes de toute condition pourront vivre ensemble comme des frères, sans avoir entre eux aucun rapport de domination. Dans la Règle, François écrit : « que nul ne soit appelé prieur, mais que tous soient d’une manière générale appelés frères mineurs. Et qu’ils se lavent les pieds l’un à l’autre » ( 1 Reg 6 ). Sa difficulté et sa grande souffrance seront de voir cet idéal trahi, récupéré, et son intuition évangélique transformée en institution ecclésiale.

François n’oublie évidemment pas dans tout cela la transcendance de Dieu ; mais il ne se trompe pas sur sa nature : la transcendance de Dieu, à l’image de la Sainte Trinité, est communion, pas domination. François a compris que le Dieu de l’Evangile ne peut pas s’accommoder de n’importe quels rapports sociaux. A la suite du Christ, François prend résolument le parti des petits et des pauvres. Et s’il recherche la pauvreté à l’image du Christ ( « le fils de l’homme n’a pas une pierre où reposer sa tête » ) avec autant d’insistance, c’est parce qu’elle lui apparaît comme la voie qui mène à la fraternité et à la communion avec tous les êtres, se remettant totalement entre les mains de Dieu.

 

E. CONCLUSION  : L’ESPRIT DE FRANCOIS AUJOURD’HUI

Aujourd’hui, notre monde change et on ne sait pas bien où il va. Le siècle passé a inventé la bombe atomique et les camps de la mort, du Goulag à Auschwitz et au Cambodge. Le monde est un gigantesque marché, mais jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y a eu autant de pauvres. Aujourd’hui comme au temps de François, retentit le cri des affamés et des oubliés, quels qu’ils soient. Ils appellent le monde à redécouvrir les richesses de la vie selon l’Evangile. La fraternité que créerait François ne serait pas la même que celle qu’il a mise en place au XIII° s. Mais elle en porterait sans doute les mêmes traits essentiels :

- communion de vie avec les plus humbles

- rejet de la domination exercée par l’argent

- recherche d’une communauté humaine vraiment fraternelle

- sens de la transcendance de Dieu

- accueil et respect de chaque homme, de chaque créature

- tout cela vécu dans une contemplation permanente de l’humanité de Dieu, de l’humilité de Dieu.

François a eu l’intuition très forte que le Dieu de majesté s’est fait notre frère, et qu’il n’est pas un seigneur féodal qui répand ses largesses sur ses sujets. Le Christ a vécu parmi nous dépouillé de tout signe de puissance. François a découvert l’humanité de Dieu, l’humilité de Dieu.

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Sources :  E. Leclerc, « François d’Assise, le retour à l’Evangile »

                M. Hubaut, « la joie de vivre l’Evangile à la suite de François d’Assise »   

                G. Bessière et H. Vulliez, « Frère François, le saint d’Assise »

                E. Leclerc, « Exil et tendresse »

                « Ecrits de Claire et François d’Assise »