Actes des Apôtres - 4° rencontre                                                         28 Avril 2003

PLAN

1/ A l'origine, des petites communautés (9,31 et 11,19-26)

2/ L'apostolat de Pierre (9,32-43 ; 10,1-43 ; 11,1-18)

3/ L'Eglise d'Antioche prend le relais de celle de Jérusalem

4/ La conversion de Saul (9,1-31)

 


 

A la rencontre des peuples – L'Envoi aux Païens

 

Nous n'allons pas suivre exactement le récit des Actes. Nous rejetons le récit de la conversion de Paul qui est intercalée dans le récit concernant Pierre. En effet il me paraît important de suivre d'abord le cycle de Pierre qui montre la voie qui mène à l'évangélisation des non-juifs, des païens, avant de nous intéresser à Paul. Luc souligne ainsi l'importance de Pierre qui, à partir du chapitre 13, disparaîtra du récit des Actes, laissant le champ entier de la mission à Paul tandis que les Apôtres en disparaissent à peu près totalement, sauf lors du concile de Jérusalem que nous verrons la prochaine fois.

 

1/ A l'origine, des petites communautés (9,31 et 11,19-26)

    * Leur formation

Dans le chapitre 9, l'Eglise, ici, désigne pour la première fois l'ensemble des communautés chrétiennes locales envisagées globalement : celles de Judée, de Galilée et de Samarie. On peut se demander comment se sont constituées toutes ces communautés et qui les a fait entrer en communication les unes avec les autres. On a vu que le martyr d'Etienne avait été le signal d'une grande persécution à Jérusalem contre ceux qui sont appelés hellénistes. On a lu en particulier l'histoire de Philippe et son arrivée en Samarie et son apostolat sont suivis de la venue des envoyés des Apôtres qui relient donc les communautés de Samarie avec celle de Jérusalem. Puis a lieu le baptême du ministre de la reine d'Ethiopie et on peut penser que celui-ci aura fait ensuite des disciples. Tout se passe apparemment d'une façon naturelle, mais le récit insiste sur l'intervention de l'Esprit qui amène et enlève Philippe.

    Au chapitre 11, nous retrouvons la rappel de la persécution et la formation de nouvelles communautés. "Ceux qu'avait dispersé la tourmente" et qui vont créer ces nouvelles communautés, qui sont-ils ? Ce ne sont pas les Apôtres, mais des gens de toutes sortes qui vont là où ils ont des relations et où ils peuvent trouver du travail. Quand la rumeur des conversions qui ont lieu à Antioche parvient à Jérusalem, on y envoie Barnabé. Ce dernier va alors chercher Paul à Tarse et le ramène avec lui à Antioche où ils travaillent ensemble toute une année à "instruire une foule considérable". D'ailleurs Antioche avec Paul va devenir le nouveau foyer de la diffusion de la Parole et prendre le relais de Jérusalem. Ici naît en quelque sorte un nouveau type d'Eglise, en dehors de Jérusalem, suscité uniquement par la prédication de la Parole de Dieu et l'Esprit. Et ce ne sont plus Pierre et Jean qui sont envoyés, mais Barnabé qui donne sa caution à cette nouvelle communauté. 

 

2/ L'apostolat de Pierre (9,32-43 ; 10,1-43 ; 11,1-18)

* Pierre à Lydda et Joppé (9,32-43)

        Cette tournée de Pierre est marquée par deux récits de miracle. Pourquoi ? Sans doute pour bien marquer qu'il prend la suite de Jésus en reproduisant ses mêmes gestes avant d'introduire le tournant capital qu'il va faire prendre à l'histoire de l'Eglise lors sa rencontre avec Corneille. Le premier miracle reproduit celui de la piscine de Siloë, le second la résurrection de la fille de Jaïre. Les assistants ne se trompent pas sur l'auteur réel des miracles, et le texte le souligne : dans le premier, le nom de Jésus Christ est rappelé, dans le deuxième, Pierre se met en prière.

* Pierre et Corneille. L'importance de l'événement

        Entre le récit où Philippe agit sous l'impulsion de l'Esprit et celui de la fondation du centre d'Antioche, il y a le moment où deux mondes (le monde païen et le monde juif) vont se rencontrer et s'ouvrirent l'un à l'autre, ce qui va poser un énorme problème qui ne sera résolu qu'au Concile de Jérusalem au chapitre 15. Bien que la persécution ait dispersé beaucoup de chrétiens, la communauté chrétienne de Jérusalem est encore rattachée à ses racines juives bien qu'elle ait conscience qu'elle doit s'ouvrir. Or l'Esprit va fondre sur les païens. Ce qui va résulter de cette rencontre, c'est la communion entre le monde païen et le noyau de l'Eglise. Elle s'opère par la conversion de l'un à l'autre de ces deux mondes différents. Et quand Pierre raconte cette affaire à ses frères de Jérusalem, ils font eux-mêmes une conversion dans l'Esprit grâce aux païens.

    * Les deux visions (vv. 1 à 23)

        Un centurion romain en garnison à Césarée avait allié si bien sa piété avec le souci concret des besoins du pays que Dieu lui reconnaît le privilège propre d'un fils du peuple élu : ses actions sont reconnues par Dieu. Or un ange ( l'Esprit ?) lui apparaît pour lui dire que, s'il veut mieux connaître ce Dieu qu'il invoque sans cesse, il n'a qu'à envoyer chercher à Joppé un certain Simon qu'on appelle Pierre.

        Or, le lendemain, vers midi, Pierre est monté sur la terrasse de la maison où il réside à Joppé pour prier et il eut faim. Pendant que ceux qui le recevaient préparent à manger, il a une extase, une vision. Il voit descendre du ciel comme une très grande tente qui se pose sur la terre. Cette tente rappelle sans doute la tente de réunion de l'Exode où on allait écouter Dieu parler. Il voit à l'intérieur tous les animaux de la création rassemblés, les purs comme les impurs. On sait qu'il y avait des animaux impurs qu'on n'avait pas le droit de manger comme, par exemple le porc et ceux qui en mangeaient devenaient impurs, d'où l'interdiction pour un juif de manger à la même table que les païens. Une voix lui ordonne de tuer ces animaux et de les manger. Pierre clame les interdits de la Loi. Mais la voix insiste, c'est toi – un homme - qui déclare tel ou tel animal impur, mais pas Dieu. La vision disparaît et Pierre demeure perplexe, il n'a pas compris, semble-t-il. Et sur ces entrefaites, les envoyés de Corneille arrivent et cognent à la porte. Pierre est si préoccupé qu'il n'entend pas. Alors l'Esprit lui dit d'ouvrir à ces hommes et d'aller là ils veulent l'emmener…

        Les deux visions se rejoignent, toutes deux conduites par l'Esprit, un ange pour l'une, une voix pour l'autre. Il faut noter que l'Esprit n'explique pas à Pierre le sens de sa vision. Il faudra qu'il le trouve lui-même. Ce se fera grâce aux événements et aux contacts qu'il aura, donc grâce à la présence et à la parole des autres, mais aussi grâce au désir de chacun de s'ouvrir à l'autre, de communiquer et de vivre ensemble. Et, de fait, il ne comprendra que petit à petit où cela va mener l'Eglise. Mais c'est dès sa rencontre avec les envoyés de Corneille qu'il commence à comprendre.

* La parole et l'Esprit (vv 24-48)

        Quand Pierre rencontre Corneille chez lui, on remarquera qu'il y a un échange de questions. Pierre dit : " Mais maintenant j'aimerais savoir pour quelle raison vous m'avez fait venir" (10,29). Et Corneille, ayant répondu, dit alors : "Nous voici devant toi pour écouter tout ce que le Seigneur t'a chargé de nous dire " (10,33). Tous sont en attente d'un événement. Et c'est l'Esprit qui va jouer un rôle décisif et tout à fait inattendu.

        Le discours que fait Pierre est alors tout à fait original (10,34-43), car il insiste sur l'onction de l'Esprit que Jésus a reçu à son baptême (Lc 3,21-22). Luc, d'ailleurs, avait noté dès le début de son évangile, le rôle décisif de l'Esprit dans la vie de Jésus : lors de la tentation au désert, " Jésus, rempli d'Esprit Saint … (Lc 4,1) et à Nazareth au début de sa vie publique, "L'Esprit du Seigneur est sur moi …) (Lc 4,16), cet Esprit qui va l'accompagner tout au long de sa vie jusqu'à la scène finale où il envoie ses disciples (Lc 24,49 et Ac 1,8).

        Et "Pierre exposait encore ces événements quand l'Esprit tomba sur tous ceux qui avaient écouté la Parole" (10,44). Dès le début de la scène l'Esprit était là et il tombe sur l'auditoire avant même la fin du discours de Pierre. Une nouvelle Pentecôte (10,44-48) puisqu'à leur tour ces païens parlent en langues. Ils sont alors baptisés. Le commencement de l'Eglise des "gentils" est comparable au commencement de l'Eglise du nouvel Israël. Ainsi Luc montre que le pas décisif en direction des païens a été fait par Pierre lui-même sous la motion de l'Esprit. Notons que le terme "gentils" est le nom donné par les juifs aux non-juifs et le mot "païens" désigne ceux qui croient à toutes sortes d'idolâtries, ce qui fait que les deux mots ont la même signification.

            * Pierre de retour à Jérusalem (11,1-18)

        Au début du chapitre 11, Pierre, de retour à Jérusalem, est pris à partie : " Tu es entré chez des incirconcis notoires et tu as mangé avec eux ". Cela posait deux problèmes redoutables. Les chrétiens étaient-ils liés aux règles juives de la nourriture casher ? Le fait que tous les aliments soient aux yeux de Dieu rituellement purs constituait une rupture décisive par rapport à la pratique juive. Rappelons-nous que Jésus avait que le vin nouveau ne peut être mis dans de vieilles outres (Lc 5,37). Cette phrase devenait alors évidente. Par ailleurs les païens doivent-ils être circoncis pour recevoir le baptême ? Ceux qui insistaient pour que les païens le soient (c'est-à-dire deviennent juifs) estimaient en quelque sorte que le fait d'être juif (c'est-à-dire faire partie du peuple élu) était prioritaire sur la foi au Christ pour devenir chrétien. Dans cette affaire avec Corneille, Pierre rejetait ces deux exigences.

        Il y avait donc moyen d'être sauvé tout en restant païen. Voilà ce qui donne à la Pentecôte de Césarée son importance décisive dans l'histoire de l'Eglise, mais ces décisions ne seront définitivement acquises qu'au Concile de Jérusalem.Maist cela ne s'est pas fait sans mal. Il a fallu que l'Esprit envoie une vision à Pierre, puis "lui force la main" en venant sur Corneille et sa maison avant même que le baptême lui soit donné. Croire en Jésus est la seule chose qui sauve ,comme le répète Pierre dans chacun de ses discours, et sauve les Juifs comme les païens

* L'eau et le don de l'Esprit. La pratique baptismale (11,1-18)

        On a remarqué aux versets 10,47 et 48, que le baptême d'eau vient après la venue de l'Esprit et lui est liée. En trois occasions, le baptême dans l'eau et le baptême dans l'Esprit se révèlent différents. En 8,15-17, les Samaritains ont été baptisés dans l'eau, mais Pierre et Jean doivent venir leur imposer les mains pour qu'ils reçoivent l'Esprit. Dans le baptême de l'eunuque de la reine d'Ethiopie, c'est un baptême d'eau que lui donne Philippe après qu'il eut reçu l'Esprit. Ici aussi l'Esprit fond sur Corneille et sa maison et Pierre les fait alors baptiser dans l'eau. Dans 11,17, Pierre justifie le baptême d'eau et d'Esprit suivant une parole du Christ. En fait il transpose une parole de Jean Le Baptiste (Lc 3,16). Il s'agit vraisemblablement pour Luc de relier ainsi la pratique de l'Eglise primitive avec les paroles de Jésus en considérant que Jésus, par son propre baptême adoptait le geste inaugural de Jean Baptiste.

 

3/ L'Eglise d'Antioche prend le relais de celle de Jérusalem

* La fondation de l'Eglise d'Antioche (11,19-26)

        Luc reprend ici l'histoire des hellénistes qui avaient été chassés de Jérusalem vers la Samarie par une persécution. On nous dit qu'ils étaient également allé prêcher en Phénicie, à Chypre et à Antioche d'abord aux juifs puis progressivement aux païens. L'attention se porte donc maintenant sur l'Eglise d'Antioche.

        Bien que Pierre ait accepté une famille de "gentils" dans la communauté chrétienne, apparemment l'effort le plus vigoureux pour convertir les "gentils" a été d'abord celui des hellénistes. Ainsi si l'Eglise de Jérusalem en la personne de Pierre avait fait le premier pas pour admettre quelques païens, Antioche se développait comme le deuxième grand centre chrétien, plus fermement engagé dans la mission.

        Le développement de cette Eglise d'Antioche fut une grâce au moment où l'Eglise de Jérusalem va être frappée par la famine et par l'arrestation de Pierre.

* La famine (11,27-30)

        "Des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche". En Israël, le charisme prophétique avait disparu depuis longtemps lorsque Jean Baptiste lui fait reprendre vie. Il faut noter que cela correspond avec les mouvements de résurgence spirituelle qui existaient alors en Israël, comme la communauté de Qumran par exemple. Le prophétisme refleurit aussi dans les communautés chrétiennes, on le verra dans la suite des Actes, mais il était annoncé dans le discours de Pierre à la Pentecôte lorsqu'il interprète la prophétie de Joêl. Il s'agit maintenant dans les communauté chrétiennes de faire le point et de déterminer ce qu'il y a à faire dans le monde en fonction de "Celui qui doit venir".

        Ainsi cet Agabus appartient à un genre de prophètes qui sont reconnus dans les communautés comme y exerçant une certaine forme de charisme à propos d'événements et de projets. Ici il s'agit d'une situation économique : il y eut effectivement, dans les années 46-48 après Jésus Christ, une famine chronique en divers points de l'empire romain, notamment au Proche Orient. La communauté réagit en créant une nouvelle forme de partage des biens, une diakonia (un service collectif) en faveur de Jérusalem, chacun y apportant sa quote-part selon ses ressources. Ce fut une vaste entreprise dont on trouve des échos dans les épîtres de Paul.

        Ce furent Paul et Barnabé qui allèrent à Jérusalem apporter ces contributions, alors même qu'une persécution y sévissait à cause d'Hérode.

* Pierre en prison (12,1-19)

        Ce récit de l'emprisonnement de Pierre est précédé de la mise à mort de Jacques, le frère de Jean, le fils de Zébédée (et non le Jacques, frère de Jésus). Hérode voulait se faire bien voir, donc donnait ainsi des gages aux pharisiens. Cet Hérode n'est pas celui de la Passion, mais son neveu qui devient roi de Judée et du Nord d'Israël en 41 après bien des intrigues. Il mourut au printemps 44.

        L'arrestation de Pierre représentait une très grave menace pour l'Eglise commençante. Et le récit concernant cette affaire est traité à la manière des récits de l'Ancien Testament où Yahvé envoie son "ange". Plus loin (16,26), on verra comment un séisme libérera Paul quand il sera en prison à Philippes. Ces interventions divines montrent l'attention de Dieu aux grands hérauts de l'Evangile.

        Par ailleurs ce récit est parsemé de notations qui renvoient à certains traits de la Passion : on était aux jours des Azymes (ces sept jours commençaient dans la semaine pascale) ; l'Eglise prie ardemment pour Pierre, comme Jésus priait lors de son agonie. D'autres notations évoquent une résurrection : la lumière qui inonde le local où Pierre est enfermé ; le cheminement comme durant un songe éveillé de Pierre pour aller jusqu'à la maison de la mère de Marc ; l'invitation de Pierre pour qu'on aille annoncer sa délivrance à la communauté, comme les femmes annoncèrent le tombeau vide aux Onze. La mort est pour ainsi dire surmontée.

        Au verset 17, il est dit que "Pierre se mit en route pour une autre destination". Quelle est cette destination, ou destinée car le mot peut être aussi traduit ainsi ? On ne sait, en tous cas Pierre ne devait pas mourir à Jérusalem comme Jacques et, par ailleurs, ce départ de Jérusalem ne fut pas définitif puisqu'il était de retour dans cette ville lors du Concile de Jérusalem. Les Actes ne parlant plus de Pierre à partir de ce moment, on a pensé que Luc annonçait ainsi son martyr.

 

* La mort d'Hérode (12,20-23)

        Le problème posé là est celui de la guerre. Luc y voit un fléau qui tient à la liaison de l'économie à la volonté de puissance. Ici, un compromis entre les notables des deux parties permet de l'éviter. Reste la cause profonde, l'orgueil politique : le roi se laisse acclamer comme "la voix d'un dieu". On attribuera ainsi à Néron une "voie sacrée". "L'ange de Dieu" se charge encore ici du travail, il frappe Hérode d'une maladie subite. C'est un schéma traditionnel pour la mort d'un tyran et la fin des grands orgueils. L'historien Flavius Josèphe en donne une description qui ne contredit pas ces versets : "Hérode, écrit-il, entra au théâtre à l'aurore, vêtu d'une robe entièrement en argent … Il fut alors pris de maux d'intestin et mourut trois jours plus tard."

 

* Des signes

        Les trois épisodes ont donc une orientation très différente. Le problème de la famine concerne "le monde entier", mais il est raconté du point de vue des relations entre les communautés chrétiennes. Le second épisode a pour thème la prison, il est centré sur Pierre dont la délivrance par "l'ange de Dieu" a une signification qui va au-delà de sa sortie de prison. Le vrai "miracle" est dans le dépassement de la mort par la Vie du Ressuscité comme pour tous ceux qui souffrent "en son nom". La menace de guerre amenée par les conflits économiques décrits dans le dernier récit ne concerne pas directement les communautés chrétiennes mais toutes les populations. L'action de "l'ange de Dieu" aligne ce dernier récit sur les deux précédents : ils montrent que l'état du monde marqué par les forces négatives que sont la faim, la prison (ou la mort) et la guerre doit être transformé par la poussée d'une vie qui vient de Dieu par l'Esprit. Ce sont des signes où se réalise "la venue du Fils de l'homme"

 

4/ La conversion de Saul (9,1-31).

        En 9,1, on lit : "Cependant Saul, ne respirant toujours que menaces et meurtres …", comme si le récit continuait normalement. Nous sommes renvoyés à l'impression laissée par le martyr d'Etienne. Mais nous allons vivre le retournement du persécuteur qui va mener à son terme le programme confié par Jésus aux Apôtres lors de l'Ascension : "Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre", alors que lui-même ne reçoit jamais dans les Actes le titre d' "apôtre" réservé à ceux qui ont "suivi Jésus depuis le baptême de Jean".

*Le récit lui-même

        Il faut d'abord noter qu'il y a dans les Actes trois récits de la vocation de Paul : celle que nous allons lire, puis celle que raconte Paul au chapitre 22 (3-21), à Jérusalem après son arrestation et enfin celle que raconte Paul devant le roi Agrippa, le fils d'Hérode, lorsqu'il est détenu à Césarée avant d'être emmené à Rome.

        Au v.2 "la Voie", mot qui est utilisé pour désigner les chrétiens qui suivent, comme disent les Evangiles, la voie du salut. Au v.3, la "lumière". On pense naturellement à la Pentecôte avec la venue de l'Esprit sous forme d'une flamme qui a illuminé les apôtres. Cette lumière est accompagné d'une voix qui affirme être Jésus. Notons que l'expression "Je suis", employée là, est la formule de révélation classique de Jésus. Paul a toujours affirmé dans ses épîtres qu'il a vu le Seigneur ou que le Seigneur lui est apparu. Il s'agit toujours pour Paul en parlant ainsi de montrer qu'il est devenu apôtre du fait qu'il a vu le Seigneur vivant. Et, pour lui, être apôtre, c'est être capable de communiquer la vie du Ressuscité aux communautés qu'il crée. Notons aussi que le récit souligne les compagnons de Saul, eux, ont perçu un certain phénomène mais n'ont pas vu le Seigneur.

        Ensuite, la voix lui donne un ordre et un but limité. Le contenu de sa mission lui sera indiqué par un membre de la communauté chrétienne. Entre parenthèse, nous-même, c'est souvent par un des nos frères chrétiens que nous sommes aiguillés sur un service, sur notre "mission". Cette personne, Ananias, a une vision symétrique de celle de Paul. C'est le même procédé que dans l'épisode de Pierre et de Corneille que nous avons vu au chapitre 10.

        Puis un geste" concret marque que la mission est donnée immédiatement : baptême et imposition des mains. Je vous rappelle que, dans les Actes, l'imposition des mains concerne aussi bien la guérison que le don de l'Esprit.

        V. 27 : "Il s'était exprimé avec assurance au nom de Jésus". Cette assurance se présente sous de multiples formes : la reconnaissance par les disciples de Damas après quelques hésitations puis par les apôtres de Jérusalem grâce à l'appui de Barnabé.

 

* La position de Paul

        Elle peut nous intéresser dans la mesure où elle diffère considérablement de celle des apôtres et qu'elle peut nous concerner plus directement. Comme Paul, mais certes pas de la même manière, tous nous avons au moins entrevu et peut-être même vu d'une certaine façon ce Jésus dans notre propre histoire. C'est pourquoi il faut bien comprendre comment a joué cette reconnaissance surprenante de Jésus dans la vie de Saul.

        Paul est citoyen d'une ville grecque, Tarse, située dans la diaspora, un nœud de communications, en rapport avec tous les courants de pensée de l'empire romain. Et, il est en même temps citoyen romain, ce qui marque une ouverture certaine sur le monde. En outre Paul est pharisien, un des courants juifs les plus ouverts au monde, quoique disent les évangiles parfois. Or les pharisiens, contrairement aux Saduccéens, observaient certes la Loi, mais étaient aussi fortement marqués par ce qu'on pourrait appeler la loi orale qui était l'ensemble des traditions interprétatives de ladite Loi. L'existence de ces traditions montrait que la Loi pouvait être adaptée à l'évolution des situations et des idées en assumant l'apport des milieux étrangers.

        En particulier, la question s'est posée à lui (comme en témoigne l'épître aux Romains) de l'appartenance au peuple juif. Est-ce seulement selon la chair, ce qui exclut toute conversion ? Certes, c'est un élément important de la transmission de la foi, mais ce n'est pas l'élément déterminant de l'élection par Dieu. Celle-ci dépend totalement de l'action de Dieu, de "son libre choix", comme Paul l'écrira. (Nous le disons nous-mêmes en ce qui concerne la transmission de notre foi). Or, dans l'histoire, il y eut l'adjonction fréquente de populations d'origine païenne. Les prophètes, Isaïe et Osée en particulier, y insisteront.

        L'action de Saul – avant sa conversion – se situe dans le vaste débat contemporain concernant l'identité du peuple juif au milieu des déplacements géographiques et idéologiques de nombre de ses membres dans la diaspora. On peut penser qu'il se situe comme ces grands historiens et philosophes de son temps que furent Flavius Joseph ou Philon d'Alexandrie qui cherchaient comment adapter et transformer la structure ethnique et culturelles d'Israël, mais sans la détruire, ce qui peut expliquer la frénésie de Saul contre les chrétiens. Quoiqu'il en soit il s'agissait de voir venir au jour "les promesses faites aux pères" d'une extension mondiale de la foi en Dieu. Pour Paul, cela aboutit finalement à une nouvelle structure des rapports avedc Dieu, mais en rupture avec les institutions juives ; une rupture, mais suivie d'une greffe sur l'arbre ancien comme dit l'épître aux Romains.

 

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