Les Actes des Apôtres – 3è séance                                                 24 février 2003

PLAN :

Un nouvel espace pour l'Évangile : l'Église "invente" la Mission

1/ L'institution des Sept (6,1-7)

2/ Etienne (6,8-14 à 7,1-60)

3/ Le printemps en Samarie (Chap. 8)

4/ L'envoi de Paul aux nations (9,1-31)

5/ Les "miracles" dans les Actes

 


 

Un nouvel espace pour l'Évangile

(Chap. 6 à 9)

 

 

Ainsi donc, la proposition de Gamaliel (5,38-39) met la Parole en liberté, mais en liberté provisoire et nous allons voir qu'elle va se répandre jusque chez les païens. Quoique les divers épisodes ne vont pas s'enchaîner de façon logique dans le récit des Actes, j'ai préféré en suivre le déroulement car cela a l'avantage de montrer que leur caractéristique commune est l'imprévisible dans l'annonce de l'Évangile, ce qui traduit l'intervention de l'Esprit.

1/ L'institution des Sept (6,1-7)

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Notons le, il s'agit du premier conflit dans cette communauté qui paraissait si unie !

Il semble qu'il y ait eu, parmi les chrétiens, des "Hébreux", c'est à dire des juifs parlant araméen et des "Hellénistes", c'est à dire des juifs parlant grec, probablement des juifs de la diaspora revenus s'établir en Palestine dans leur vieux jours. Un conflit était inévitable, un groupe humain ne peut pas se développer sans qu'il y ait des tendances divergentes et donc qu'un choix s'impose pour rétablir l'entente.

A première vue, c'est un problème de femmes qui est en cause; en fait, il semble bien que les Hellénistes posent la question de savoir si l'Église est une simple secte juive ou si elle est une communauté qui est enracinée dans le judaïsme, mais ouverte sur l'extérieur. En tous cas il s'agit d'un problème important qui concerne l'organisation interne de la communauté, on dirait aujourd'hui l'organisation hiérarchique de l'Église …

Trois questions restent à éclairer : qu'est-ce que le "service des tables" ? Ce peut être l'organisation des repas avec eucharistie ou bien les œuvres de bienfaisance, on sait pas très bien. Ensuite le chiffre "sept" ? Sans doute est-ce parce que les villes de la diaspora étaient dirigées par sept magistrats. Enfin l'imposition des mains que l'on retrouvera en deux occasions, soit pour consacrer quelqu'un dans une fonction de service de la communauté, soit pour appeler l'Esprit sur les nouveaux baptisés.

2/ Etienne (6,8-14 à 7,1-60)

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Etienne est donc le premier nommé des "sept", leur chef. C'est un homme de feu, il tient tête à ses adversaires, il se rend insupportable à tel point qu'il sera lapidé et provoquera une violente persécution des chrétiens. Grâce à elle, l'Église sera alors obligée de se tourner vers le monde.
Voyons maintenant son discours. Il est original par rapport aux discours de Pierre et de Paul. Jésus n'y est pas nommé, mais seulement désigné à la fin comme "le Juste, celui-là même que maintenant vous avez trahi et assassiné". Il n'y a aucune allusion à la résurrection; ce qui est en premier plan, c'est l'histoire des institutions d'Israël et de ses figures-clés qui préparent la venue de Jésus. On commence par Abraham, l'homme de la promesse et de l'alliance qui se manifeste par le don d'un fils. Avec Joseph, la promesse continue de jouer de façon paradoxale, les situations négatives se retournent (Joseph sauve ses frères). Enfin Moïse, contesté par ses compatriotes, envoyé cependant comme "chef et libérateur" (v. 35) qui les introduit dans la terre promise. Enfin apparaît le thème de la "tente nomade" (v. 44) opposée aux "demeures construites par la main des hommes" (v. 48). Dieu habite dans l'histoire où les errances négatives, les trahisons et les assassinats ne manquent pas. Et cependant cette histoire arrive à son accomplissement : Jésus dans la gloire de Dieu et le salut est maintenant à l'œuvre "Ne leur compte pas ce péché" (v. 60).

Il faut noter la présence de Saul. Il va recueillir la mission que la persécution qu'il anime va susciter.

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3/ Le printemps en Samarie (Chap. 8)

Quand Philippe, chassé de Jérusalem par la persécution, arrive en Samarie et proclame le Christ, on peut constater que la seconde étape du déploiement du témoignage, annoncé en 1,8 par le Christ à l'Ascension, est atteinte : "Vous allez recevoir une puissance, celle du saint-Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre". Le témoignage va rapidement dépasser la Samarie et la conversion de Paul, que nous allons voir tout de suite après, va ouvrir à l'Évangile, de façon aussi imprévisible, un espace sans limite dont la portée est beaucoup plus que géographique.

Il y a deux récits concernant Philippe et, intercalé, un épisode concernant Pierre et Jean. nous allons commence par examiner ce qui concerne Philippe.

* Philippe. Le premier récit (8,5-13) évoque son activité évangélisatrice dans une ville de Samarie, il a l'allure d'un récit évangélique. Philippe est un vrai disciple de Jésus, il continue son apostolat à sa manière même. Notez aussi que cette activité s'adresse à des non-juifs et c'est un helléniste, c'est-à-dire un juif plus ouvert que d'autres et donc plus apte à les évangéliser, qui agit. Voyons là encore un "coup" de l'Esprit !

Le second récit (8,26-40) expose une autre extension de l'évangélisation. la route de Gaza est au sud de Jérusalem. Deux points à noter. D'abord l'aptitude de Philippe à interpréter le prophète Isaïe pour expliquer le Christ continue l'interprétation des Écritures par Jésus ressuscité à Emmaüs par exemple. D'autre part, bien que le Deutéronome exclue les eunuques de l'assemblée en Israël, Philippe n'hésite pas à répondre à la demande de l'eunuque d'être baptisé et, de ce fait, admis dans la communauté du nouvel Israël.

Ensuite, ici sont évoqués certains gestes prophétiques anciens, en particulier l'enlèvement de Philippe par l'Esprit comme il le fit pour Élie ou Ézéchiel (1 R 18,12 et Ez 3,12). On a d'ailleurs ici la seule mention explicite dans le Nouveau testament du fameux texte d'Isaïe 53 sur le "serviteur souffrant". Enfin, on a aussi ici l'une des très rares descriptions du baptême chrétien, surtout si l'on note la variante du verset 37 ajoutée au texte au 2è siècle : "Si tu crois de tout ton cœur, c'est permis. L'eunuque répondit : Je crois que Jésus Christ est le Fils de Dieu ".

* Pierre et Jean (14,9-25). Cet épisode fait ressortir des problèmes qui vont se poser avec le développement du baptême, des problèmes qui tiennent à la confusion entre les miracles opérés par l'Esprit et les pratiques magiques.

La prédication de Philippe avait entraîné la conversion et le baptême de nombreux Samaritains, dont celle d'un certain Simon le magicien. Apprenant cela les apôtres envoyèrent Pierre et Jean pour imposer les mains à ces nouveaux baptisés afin qu'ils reçoivent l'Esprit. Simon, qui a vu les miracles opérés par l'Esprit, est bientôt tenté d'acquérir ce pouvoir qui lui paraît bien plus efficace que le sien. Il propose aux apôtres de le leur acheter "à prix d'or". Or le problème était grave, simplifions-le : le spirituel donne-t-il un pouvoir, en particulier celui d'influencer les consciences ( cf. "l'émerveillement" du verset 9) ; ensuite, l'activité spirituelle a-t-elle sa source dans un savoir, connu des seuls adeptes, basé sur des techniques et qui entraîne un certain pouvoir économique ? La réponse de Pierre est sans ambages.

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4/ L'envoi de Paul aux nations (9,1-31)

* La vocation de Paul

"Cependant Saul, ne respirant toujours que menaces et meurtres …" (9,1). cette phrase semble continuer le récit en nous renvoyant à la finale du martyre d'Etienne : "Quant à Saul, il ravageait l'Église …"(8,3). Le retournement du persécuteur en porteur du Nom de Jésus va alors être vraiment ressenti comme une impulsion donnée par le Ressuscité lui-même aux expansions missionnaires au nord et au sud de Jérusalem.

Le récit de cette conversion va jouer un rôle stratégique. Nous verrons encore Pierre agir pour déblayer le terrain en vue de la conversion des païens, puis, à partir du chapitre 13 (sauf le concile de Jérusalem), on ne verra plus intervenir aucun des apôtres. Remarquez à ce sujet que les Actes ne donnent jamais le titre d'apôtre à Paul; seuls sont apôtres ceux qui ont suivi Jésus depuis son baptême. Ce récit lui donne donc en quelque sorte une investiture pour une mission de grande portée :" Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites" (9,15).

On peut noter que la vocation de Paul se rattache par deux traits essentiels à la manière dont Luc a raconté la Pentecôte : lumière et voix. D'autre part, "les signes et les prodiges" qui accompagnent les apôtres accompagneront également Paul (15,12), ceci pour attester que l'Esprit est à l'œuvre avec Paul comme avec les apôtres.

Paul affirme qu'il a vu le Seigneur ou que le Seigneur lui est apparu, pour montrer que son évangile est aussi authentique que celui des apôtres, car lui-même est devenu apôtre du fait qu'il a vu ce Seigneur vivant, comme les apôtres : avoir vu le Seigneur, c'est en même temps être capable de témoigner de la vie du Ressuscité et d'engendrer des communautés.

* Le récit de la conversion de Paul (9, 1-27)

En fait, Luc a écrit trois récits de cette conversion qui présentent de notables différences. Le premier prend place dans l'expansion de l'Église vers les païens, le second et le troisième sont utilisés par Paul comme pièces à conviction en sa faveur, d'abord dans un discours à ses compatriotes, les juifs dont il partagé leur action anti-chrétiens (chap. 22), puis, après son arrestation, dans une plaidoirie devant le gouverneur romain et le roi Agrippa pour expliquer son service des nations non-juives (chap. 26).

Le récit se construit ainsi :

- d'abord un phénomène inusité et un dialogue. Il y a une "lumière venue du ciel" qui enveloppe Saul et il entend une voix (v. 3 et 4), bruit et lumière donc comme à la Pentecôte. Ceux qui faisaient route avec Saul "entendaient la voix, mais ne voyaient personne" (v.7), Paul, seul, a vu le Seigneur ! Suit un petit dialogue en trois temps : la Voix formule un appel en utilisant le nom hébraïque de Paul, puis aussitôt une question et la Voix révèle son identité.

- L'envoi. "Relève-toi", un ordre suivi par l'indication précise d'un but (v. 6 à 9). Alors vient s'intercaler (v. 10 à 13) dans le récit principal : à Damas, un membre de la communauté chrétienne a une vision symétrique à celle de Paul. C'est par l'intermédiaire de cet homme que le contenu de sa mission sera indiqué à Paul. La répugnance de cet Ananie à avoir quelque chose de commun avec Saul en dépit des instructions du Seigneur met en relief la transformation de Saul, persécuteur vraiment redoutable.

- Le contenu de la mission de Paul (v.15) est accompagné d'un geste concret (v.15 à 19) marquant que la mission lui est donnée immédiatement : il reçoit le baptême et on lui impose les mains. Le récit insiste sur le fait que l'Esprit saint lui est donné avec abondance puisque la proclamation de Paul finira par être aussi puissante que celle de Pierre et des autres qui avaient reçu l'Esprit saint à la Pentecôte.

- L'exécution de la mission (v. 19b à 31). Saul proclame dans les synagogues de Damas que Jésus est le fils de Dieu et le Christ. Stupeur chez les juifs qui se transforme en fureur et qui complotent pour le tuer. Mais Saul réussit à s'échapper de Damas en passant par dessus la muraille. Il se rend alors à Jérusalem où il est "reconnu" par les Apôtres grâce à l'entremise de Barnabé (C'est le Barnabas qu'en 4, 36 on a rencontré parce qu'il avait vendu un champ et qu' il en avait donné le prix aux apôtres). Sa vie y est rapidement menacée par la faction qui avait mis à mort Etienne. On réussit à lui faire gagner le port de Césarée d'où il rejoint sa ville natale de Tarse. Il y reste jusqu'à nouvel ordre.

* La reconnaissance de Jésus

L'Épître aux Galates présente dès son premier verset la brusque conversion de Paul

comme le résultat d'une Apocalypse, une "révélation". Au début du chapitre 15 de la Première Épître aux Corinthiens Paul place sa propre "vision" d'une façon semblable à celle des autres apôtres et disciples. Ici tout se passe comme si Paul avait reconnu inopinément le Seigneur tout simplement au détour d'un chemin. Mais comment cette reconnaissance surprenante et si brutale apparemment a-t-elle pu se produire? En fait, elle n'est que le résultat d'une réflexion que Saul poursuivait comme certains de ses contemporains depuis un certain temps. Il faut donc essayer de comprendre qui était ce Saul.

- Tout d'abord Saul est cosmopolite. Il fait partie de la diaspora juive dont on sait combien elle est importante à l'époque de l'empereur Auguste, un époque de paix . Il est citoyen de Tarse, en Cilicie (c'est-à-dire une région située dans le sud de la Turquie actuelle), une ville grecque située à un nœud de communications. Le problème de la coexistence des différentes ethnies dans le monde romain s'y posait. Il est aussi citoyen romain de naissance, sa famille ayant reçu ce privilège. Et il sait le faire valoir. Il faut noter que c'est lors de sa première mission que le récit des Actes modifie le nom de Saul en Paul (13,9), son nom romain. Ce changement de nom sert sans doute à Luc pour noter la première rencontre de Paul avec le monde païen.

- Cependant Paul fait partie de la race juive et à un de ses courants les plus exigeants. Il a un passé pharisien et il le revendique. Mais les pharisiens étaient aussi les plus ouverts au monde extérieur, par rapport aux Sadducéens. S'ils respectaient comme tous les juifs la Loi écrite, ils suivaient aussi la loi morale faite de l'ensemble des interprétations des traditions qui se rattachaient à Moïse. C'était une tradition vivante qui permettaient d'adapter l'Écriture à l'évolution des situations et des idées et d'assumer les apports des milieux étrangers.

Une grande question se posait à cette époque, en particulier dans la diaspora. Etait-ce la "chair" qui faisait "enfant de Dieu" ou bien pouvait-on envisager une conversion qui entraînait de faire partie à part entière du peuple élu ? Les prophètes (Osée en particulier) avaient souvent rappelé que les promesses de Dieu lors de l'Alliance comprenait l'adjonction au peuple élu de populations d'origine païenne. Il y avait donc à l'époque un vaste débat concernant l'identité du peuple juif au milieu des déplacements idéologiques et géographiques qu'il subissait alors. D'ailleurs d'autre au même moment, comme Flavius Josèphe et Philon , des écrivains et philosophes juifs, ont cherché à adapter et transformer , mais sans la détruire, la structure ethnique et culturelle d'Israël. Paul, confronté aux nouvelles Églises chrétiennes aboutit à la rupture et la reconstruction d'une nouvelles structure des rapports, une greffe sur l'arbre ancien, comme dit l'épître aux Romains (RM 11,16-24).

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5/ Les "miracles" dans les Actes

Il me semble d'abord nécessaire de définir précisément le mot "miracle". On peut lui donner un sens large. On entendra alors par miracle tout fait extraordinaire, inexplicable par les lois de la nature, ce qui est la définition généralement admise (à Lourdes par exemple). Une telle définition a l'inconvénient d'être floue et amène à appeler miracle des faits aussi différents que des visions ou la mort soudaine d'Ananie et de Saphire (5,1611). Il y a donc une sélection à faire et une classification si on veut garder au récit des Actes une autre signification qu'une collection de faits merveilleux.

Alors, dans ce cas, on pourrait retenir la définition suivante : peut être considéré comme miracle tout fait qui, transgressant les lois de la nature, est l'œuvre d'un personnage considéré comme ayant une relation particulière à Dieu ou au Christ, en faveur d'une personne qui souffre. C'est un fait qui a un effet théologique : il éveille ou réveille la foi, suscitant la louange ou provoquant un sentiment un sentiment de crainte et d'effroi chez les témoins.

Le récit de miracle répond alors à deux conditions : ce ne doit pas être une forme de langage qui, quand on s'en rend compte, nie le fait que ce soit un miracle ; par exemple l'évasion de Pierre de sa prison. D'autres personnes doivent en témoigner, ce qui exclut les "visions" personnelles relèvent nécessairement de sa propre expérience et de sa manière de dire les choses. De ce fait, on ne peut pas dire que la vocation de Paul soit un récit de miracle.

De ce fait, le nombre de "faits extraordinaires" dans les Actes est plus grand que le nombre des "miracles" tels que nous venons de les définir, le nombre de "vrais" miracles ne serait alors que de treize dans l'ensemble des Actes. Mais les récits de ces miracles n'ont pas tous la même importance : il faut distinguer les généralisations et les récits de faits précis.

Les généralisations sont du type : "nombreux étaient les prodiges et les signes accomplis par les apôtres" (2,43 et 5,12) ou bien "les autres malades de l'île vinrent trouver Paul et furent guéris" (28,9, il s'agit de l'île de Malte). Le texte ne donne aucun détails ni le nom des personnes ou des maladies. il y a dans les Actes sept phrases de ce genre dont on ne peut pas dire grand chose puisque l'auteur lui-même n'en dit rien.

Il ne resterait donc que six cas répondant à la définition que nous avons proposée, avec toutes les précisions nécessaires à un récit : circonstances, nom des personnes en cause, effet produit. Soit quatre guérisons et deux résurrections équitablement réparties entre Pierre et Paul, deux guérisons et un résurrection pour chacun.

Il faut remarquer que la résurrection effectuée par Paul en faveur de l'adolescent Eutyque (20,7-12) est peut-être considérée abusivement comme telle. Le texte dit, au verset 10, "Ne vous agitez pas ! Il est vivant", littéralement : "son âme est en lui", ce qui peut vouloir dire : "en fait, il n'est pas mort". Et si on revient sur ce que j'ai dit, que le miracle comme tel devait avoir un effet sur les témoins, et ce récit, à la différence de la résurrection de Tabitha à Joppé par Pierre (9,36-42), n'en serait pas un puisqu'il a surtout pour effet de rassurer les membres de la réunion.

Quoiqu'il en soit, la question importante n'est pas le nombre des miracles véritables ou pas, mais de savoir ce qu'ils signifient et pourquoi l'auteur les a racontés. Dans deux cas, la guérison du boiteux de la Belle Porte (3,10) et du paralytique Enée (9,32-35), le miracle est explicitement fait "au nom de Jésus" . Et en ce qui concerne la résurrection de Tabitha, l'effet est que "beaucoup crurent au Seigneur" (9,42). Ces miracles renvoient donc à Jésus lui-même, ils sont accomplis en son Nom, celui qui fait le miracle n'est ici que l'instrument pour accomplir ce que Jésus lui-même aurait fait.

On peut alors comprendre l'intention de l'auteur : le disciple doit être et agir comme le Christ. On peut comprendre aussi le petit nombre effectif de miracles racontés et le nombre des généralisations. Luc ne cherche pas tellement à nous raconter la vie elle-même des apôtres (comme les évangélistes ne cherchent pas à nous raconter a vie de Jésus), mais plutôt à nous montrer comment ils ont suivi et imité leur Seigneur. C'est une leçon importante pour nous-mêmes.

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