12/01/2003                    Les Actes des Apôtres - 2è séance

1/ La Pentecôte (chapitre 2,1-13)

2/ Le premier discours de Pierre (2,14-41)

3/ La vie en communion (2,42-47)

4/ La dimension économique (4,32-35)

5/ L'argent peut tuer (5, 1 -11)

6/ Le premier affrontement (Chapitres 3 à 5)

Première sortie – Premiers problèmes

(Chapitres 2 à 5)

 

 

 

1/ La Pentecôte (chapitre 2,1-13)

Le terme grec de la Pentecôte signifie «une cinquantaine ». Dans le calendrier juif il désignait une fête célébrée cinquante jours après la Pâque. A l'origine, c'était la fête de la moisson, puis, à partir de l'exil à Babylone, les juifs en firent la commémoration du don de l'Alliance à Israël au Sinaï, lorsque Dieu donna à Moïse le décalogue dans une manifestation d'éclairs, de feu et de tonnerre. C'était le moment où Israël avait été appelé à devenir le peuple de Dieu. C'était une grande fête qui rassemblait des foules, des habitants d'Israël, mais aussi des juifs venus de tous les pays où ils avaient émigré.

Ici Dieu se manifeste comme au Sinaï pour une nouvelle Alliance, un renouvellement de la première Alliance. Il y a d'abord un grand coup de vent qui évoque le souffle de Yahvé, son Esprit, car en hébreux, on peut traduire le mot esprit par souffle. Et puis des langues de feu, ce feu qui purifie c'est aussi l'Esprit. Au Sinaï, le feu brûle, efface toutes les représentations de dieux, toutes les croyances aux forces obscures de la terre ou du ciel. Ici, le feu balaie tout le passé, tous les faux espoirs des disciples comme l'espoir mis en Jésus pour recréer la puissance terrestre d'Israël, etc. Le texte dit : « Ils furent tous remplis d’Esprit Saint », il s'agit d'une espèce d'effusion intérieure.

Cet Esprit manifeste alors sa présence par un effet sensible, le parler en langues. On a dit des tas de choses sur ce phénomène. On a parlé d'un miracle de diction: il aurait été donné aux apôtres de parler en langues étrangères. Ou un miracle d'audition : les apôtres parlent en araméen, mais chacun les entend dans sa propre langue. On a parlé aussi de glossolalie, un phénomène courant dans l'Eglise primitive et que l'on retrouve aujourd'hui chez les charismatiques : on loue Dieu dans une langue incompréhensible faite d'onomatopées. Je crois plutôt que Luc a voulu nous faire comprendre que la Pentecôte est l'anti-Babel : la confusion des langues avait rendu les hommes incapables de se comprendre. L'Esprit donne maintenant à l'Eglise le pouvoir de se faire comprendre par tous les peuples. On peut y voir aussi l'annonce de la réussite de la mission que les premiers chrétiens vont entreprendre. L'annonce de l'Evangile va les mener jusqu'aux extrémités de la terre et ils vont être capables de proclamer la Bonne Nouvelle dans toutes les langues et toutes les cultures de la terre. Tous les hommes, malgré leur diversité culturelle, vont pouvoir s'unir dans la foi en Dieu et dans sa louange.

Enfin les disciples sortent de leur enfermement, ils se mêlent à la foule et se mettent à parler à tous de celui qui a transformé leur vie.

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2/ Le premier discours de Pierre (2,14-41)

* Les discours dans les Actes

En fait, ce ne sont pas de simples résumés de la prédication primitive. Luc se conforme ici à la tradition des historiens antiques qui placent souvent des discours dans la bouche de leurs héros. Ces discours ne veulent donc pas reproduire ce qui a été effectivement dit, mais ils veulent renseigner le lecteur sur le sens que l'historien attribue aux événements. Luc reprend dans ces discours des matériaux anciens, on peut donc y retrouver le reflet de la prédication chrétienne au début de l'Eglise.

On compte, dans les Actes, 24 discours : 8 de Pierre, 9 de Paul et 7 de différents personnages. C'est dire que les discours occupent une place majeure dans ce texte. Si on les enlevait, il ne resterait pas grand chose.

La structure du premier discours de Pierre est semblable à ceux qui suivront. Après une introduction qui rattache le discours à la situation concrète, on présente l'événement Jésus-Christ en distinguant son ministère, sa mise à mort et sa résurrection. Enfin le discours invite à la conversion et au baptême. Notez qu'il n'y a rien sur l'enfance de Jésus ; les récits sur cette période de la vie de Jésus sont le fruit d'une réflexion théologique plus tardive. Ici, on signale la double activité de Jésus dans sa vie publique, ses actes et ses paroles. Les miracles sont utilisés comme preuves que Dieu prend à son compte le message délivré par Jésus. Les habitants de Jérusalem et leurs chefs sont accusés d'avoir condamné Jésus à mort, mais cette mort, finalement, est conforme au dessein de Dieu exprimé dans les Ecritures. Luc y insiste pour essayer de faire comprendre comment cette mort a pu être possible. Il en est de même pour la Résurrection. C'est à l'Ecriture qu'on en demande la signification, c'est par elle qu'on comprend que Jésus est réellement le Messie attendu.

En ce qui concerne les discours qui s'adressent aux non-juifs, vous verrez que la personne du Messie n'occupe pas le premier plan et le nom de Jésus parfois n'est même pas prononcé. C'est la résurrection des morts qui est la Bonne Nouvelle annoncée. Mais chaque discours marque un tournant dans la vie des communautés chrétiennes et dans l'intelligence de Dieu, du Christ, de leur rapport avec le monde.

Prenons maintenant le discours de Pierre

* L'analyse de la situation: l'ouverture du temps (versets 14 à 21)

Une citation du prophète Joël sert de base à cette première partie du discours. C'est une annonce de l'événement dans l'Ancien Testament. Avec le don d'un langage universel, «le jour du Seigneur, le grand et glorieux jour » (v.20) est inauguré et tous les jours en feront désormais partie, la vie quotidienne a subi une mutation. Le dernier verset du texte dit le pourquoi de cette mutation: la promesse du salut. Et le verset 1 dit le comment: l'effusion de l'Esprit en est à l'origine et non le vin, «je répandrai mon esprit sur toute chair » (v. 17). ; la prophétie s'épanouit (visions de jour, songes de nuit) sans tenir à l'âge ni au sexe. Tous participent de la même bénédiction puisqu'elle met en oeuvre des relations d'un type nouveau (cf le parler en langues). Les prodiges et les signes éclipsent tout ce qu'ont pu faire avant le Christ les plus hautes figures d'Israël. Se produit une grande éclipse, la présence du Seigneur devient salut. Il suffira d'invoquer son Nom, c'est-à-dire croire en vérité que Jésus est Seigneur.

 

* Les deux développements dont David est le centre. (versets 22 à 36)

Les premiers éléments de cette seconde partie (versets 22 à 25) sont l'exposé des « faits et gestes» de Jésus. Mais noter que Pierre dit que le ministère de cet «homme », s'est exercé «au milieu de vous », et c'est bien un homme puisqu'il a vécu parmi nous. Mais cet homme était un envoyé de Dieu et Dieu l'a ressuscité et en a fait son égal.

Puis, après la citation du psaume 16, Pierre déclare que cet homme est monté aux cieux et qu'il a accompli la promesse en répandant l'Esprit. Et il ajoute «comme vous le voyez et l'entendez » (v 33). L'entendre, c'est entrer dans le témoignage et, d'une certaine façon, participer à la vision.

Ces deux développements concernent donc essentiellement la Résurrection. C'est cela la Bonne Nouvelle : Christ est vivant. C'est l'objet fondamental de la foi chrétienne : Jésus a été crucifié et il est mort, mais Dieu l'a ressuscité et, par lui, il apporte au monde le salut. Mais il fallait traduire ce mystère qui se situe au-delà de l'expérience humaine et, en particulier, de celle des premiers disciples, alors les textes de l'Ecriture fournissent un ensemble d'expressions qui en montrent les différents aspects. Paul y reviendra sans cesse, par exemple dans 1 Co, 15,3-5 : « Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. Il a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ... », puis au versets 13 et 14 : « S'il n y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi ».

Les deux passages font allusion à David et font appel à l'Ecriture. Les deux psaumes cités, le psaume 16 donc et le psaume 110, se rattachent au thème central de la promesse de Dieu à David par l'intermédiaire du prophète Nathan (2 Samuel 7). Nathan révèle à David la promesse de Yahvé à sa dynastie : une descendance qui durera à jamais et un trône à l'abri de toute attaque étrangère. Le Christ ressuscité accomplit cette double promesse : il est cette descendance en qui le patriarche David vit toujours et, par sa montée dans la sphère céleste, il est celui qui fait dominer la paix sur la guerre.

Ces deux ensembles, déclarations de Pierre et citations de l'Ecriture, constituent deux façons différentes d'envisager la résurrection de Jésus.

- L'une est centrée sur le comportement incorruptible du corps de Jésus. Jésus est bien descendu au plus profond de la terre, dans la mort où descendent tous les humains, mais le pouvoir de la mort n'a pu le retenir, car son corps était incorruptible ; elle l'a rejeté. Il faut noter ici l'allusion au signe de Jonas (Mt 12,40), ce prophète qui fut avalé par un monstre marin et rejeté sur le rivage là où précisément il devait se rendre selon le désir de Yahvé (Jon 2,1-14).

- L'autre se situe dans une perspective inverse : au lieu de descendre dans la terre, Jésus est monté aux cieux et assis à la droite de Dieu (v 34). Dans cette représentation, c'est son élévation dans la sphère divine qui est mise en relief et la fonction qu'il a désormais : Seigneur (le titre de Dieu) et Christ (Messie).

Ainsi on voit que c'est en réfléchissant aux traditions d'Israël et aux expériences que ce peuple a vécues que la première communauté a trouvé, progressivement sans doute, une manière d'exprimer et de représenter dans un discours la présence actuelle du Ressuscité et sa Résurrection.

* Les questions et réponses (Versets 37 à 41)

Et la foule entend effectivement bien ce que Pierre dit et accueille cette parole au point que trois mille personnes se firent baptiser. Mais ce qui est important est la question : « Que faire ? » et la réponse : « Convertissez-vous ... », c'est-à-dire changez d'orientation dans votre existence ; ce n'est pas rien que d'admettre que l'accès à Dieu n'est plus ouvert par l'appartenance au peuple juif, avec sa culture, ses institutions et ses lois, mais seulement par un rapport avec des témoins de la vie de Jésus.

L'avenir du peuple de Dieu se construit désormais sur la base du témoignage, c'est-à-dire du dialogue et de la parole d'une communauté de témoins qui ont cherché ensemble (v.32, «nous en sommes tous témoins ») les moyens d'exprimer l'événement inoui qui ouvre des temps nouveaux

C'est exactement le schéma que le concile Vatican Il remettra en honneur. Le geste missionnaire doit se déployer en trois étapes : le témoignage, la prédication de l'Evangile, la formation de la communauté chrétienne.

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3/ La vie en communion (2,42-47)

Cette description de la première communauté chrétienne correspond à un genre littéraire qu'on appelle «sommaire ». On la trouve à trois reprises dans les Actes des Apôtres. Elle permet de décrire à grands traits une situation et sert de transition entre deux récits, ici la Pentecôte et la guérison d'un infirme par Pierre. Ce n'est pas un pur document historique. Si Luc répète à plusieurs reprises ce sommaire, c'est avec une intention. Je crois qu'il veut montrer qu'il décrit un milieu vivant en le regardant de différentes manières. Enfin on peut penser qu'il s'agit d'une situation idéale, mais on verra plus loin que la vie des communautés ne se passait pas en fait sans incidents.

Voyons ce premier sommaire. Il faut d'abord remarquer que Luc s'inspire de l'Ancien Testament, du livre de l'Exode très précisément qui souligne à plusieurs reprises combien le peuple était unanime à recevoir les paroles divines, celles de la première Alliance. Et il reprend sans doute une sentence célèbre dans le judaïsme d'avant le Christ qui disait: « Le monde repose sur trois piliers : la Loi, le culte et les oeuvres de miséricorde ». Donc le premier pilier, c'est la Loi où Dieu se révèle libérateur, créateur et pasteur. C'est par la Loi qu'Israël reçoit son identité de peuple élu. Son étude est indispensable car il y va de la foi et des repères pour vivre. Vient ensuite le culte qui consiste à honorer et louer le Seigneur, par la sanctification des fêtes, les sacrifices du Temple et les prières. Enfin, la miséricorde. Aimer Dieu se vérifie dans l'amour des autres. Les oeuvres de miséricorde sont la solidarité, la justice et la fraternité.

* « Ils étaient assidus ..._» (versets 42 et 43).

On voit là quatre éléments fondamentaux de la communauté primitive l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières. Il faut noter que le verbe «étaient » est à l'imparfait, ce qui indique un état durable et non une action passagère.

L'enseignement des apôtres : on pourrait penser qu'il s'agit de l'instruction des baptisés. Il semble plus probable que Luc veut dire que la foi de la communauté s'approfondit grâce à la parole de ceux qui ont été les témoins directs de la vie et de l'enseignement de Jésus.

La prédication des apôtres s'accompagne de «signes et de prodiges ». Mais comment comprendre que «la crainte gagnait tout le monde » ? C'est sans doute qu'ils y voyaient une manifestation de Dieu, de sa gloire. Dans le chapitre suivant, Pierre guérit un infirme et, devant ce miracle, «les gens étaient et remplis d'effroi et de stupeur » comme traduit la Bible de Jérusalem.

La communion fraternelle évoque aussi bien la solidarité matérielle entre les nouveaux croyants que leur entente entre eux sur le plan spirituel.

La fraction du pain est le terme utilisé pour désigner l'eucharistie. Luc avait déjà employé cette expression dans le passage des pèlerins d'Emmaüs qui avaient reconnu Jésus «à la fraction du pain » (Lc 24,35).

Les prières. Pourquoi le pluriel ? Sans doute parce que les premiers chrétiens continuaient à participer à certaines célébrations liturgiques au Temple, mais aussi parce qu'ils priaient également entre chrétiens dans leurs maisons.

* « Ils étaient unis ... » (versets 44 et 45)

Ces deux versets reprennent certains aspects de la vie communautaire ou évoquent les sentiments de ceux qui voyaient vivre la communauté de Jérusalem, On y apprend que l'unité des croyants n'est pas seulement spirituelle, ils mettent en commun tous leurs biens. La communion ne peut pas rester uniquement spirituelle, elle implique aussi l'économique.

* « Ils louaient Dieu ... » (versets 46 et 47)

Luc nous dit qu'ils se rendaient au Temple et rompaient le pain chez eux. Cela montre qu'ils restaient attachés à leur judaïsme bien qu'ils soient devenus chrétiens. Cela posera des problèmes dès que la foi nouvelle touchera des païens, nous le verrons. Ainsi l'union entre eux, la joie et la louange de Dieu caractérisent cette première communauté. C'est pourquoi certainement «ils trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier ». Luc montre ici comment une communauté vivante, composée de croyants heureux de croire, porte en soi témoignage. Mais, juste après cela, on peut se demande pourquoi Luc rappelle que la force d'attraction de la communauté était surtout due à l'action du Seigneur ? Peut-être que certains oubliaient que le Seigneur et lui seul est le maître de la mission.

La sentence juive rappelée plus haut disait que la Loi, le culte et les oeuvres de miséricorde font tenir le monde. Pour Luc, dans ce passage, ces trois piliers portent désormais le nom de Jésus Christ. Le peuple de Dieu est enseigné, purifié et nourri une fois pour toute, par lui. Et c'est pour le salut du monde que les apôtres et les premiers disciples, conduits par l'Esprit vont être les témoins du Ressuscité jusqu'aux extrémités du monde.

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4/ La dimension économique (4,32-35)

Au chapitre 4, nous trouvons une description semblable d'une des premières communautés chrétiennes. Ce sommaire insiste sur l'union des croyants entre eux, la preuve c'est qu'ils mettaient en commun tous leurs biens. Les Actes insisteront dans bien d’autres passages sur cette dimension économique dans la vie des premières communautés chrétiennes.

S'agit-il d'un modèle à actualiser ? Ces descriptions, en effet, ont exercé depuis les premiers siècles une véritable fascination. Elles ont été un modèle pour le monachisme. Mais comment actualiser un modèle de ce genre dans la vie actuelle de nos sociétés ? Je crois plutôt qu'il s'agit pour Luc de montrer que la communion des chrétiens entre eux doit, pour être visible et pour porter témoignage, reposer sur des bases concrètes. Il en avait des exemples dans l'histoire et dans la société de son temps.

Il y avait, en effet, des formules célèbres de vie commune idéale et même utopiques transmises par les écoles philosophiques grecques depuis des siècles. "Tout est commun à des amis", disait Platon ou "Personne n'estimait sien ce qui lui était propre". Il y avait, contemporaine des premiers chrétiens, le style de vie de la communauté de Qumran. Les membres de cette communauté, après une période d'initiation, faisaient don de leurs biens et organisaient le travail en commun. On note également à Qumran les repas rituels, les prières communes et la lecture assidue de l'Ecriture.

Par ailleurs, peut-on prendre au pied de la lettre le verset 45 du chap 2 : "Ils vendaient

leurs propriétés et leurs biens pour en partager le prix entre tous... » Si telle était la pratique

générale on peut s'étonner que Luc note la vente d’un champ par un paysan de Chypre et le

propose comme un modèle de générosité (4,36). En fait, chacun était libre de garder ses biens

et, s'il les vendait, d'en disposer du prix à sa guise (Cf 5,4). Plus loin dans les Actes (11, 27 -

30), on apprend que lors de la famine qui s'était abattu sur le Moyen Orient vers l'an 42

« les disciples décidèrent alors qu'ils enverraient, selon les ressources de chacun, une contribution

pour les frères qui habitaient la Judée". Pour être vraie, la communion de tous au Ressuscité

exigeait, en cas d’urgence, d'aller jusqu'à vendre champs et maisons. Ceux qui ont de quoi

vivre peuvent-ils conserver allègrement leur superflu tant qu'un membre du Christ, est dans le

dénuement, sans que soit rompue la communion ? La fraternité doit être effective.

En fait, on s'aperçoit que la préoccupation économique est partout présente dans les Actes, mais les rapports économiques perdent leur valeur d'absolu. L'échange économique doit substituer à la figure mensongère de l'argent des rapports vrais entre les personnes. La forme naturelle du lien entre les hommes, ce n'est pas la relation marchande, la relation basée sur l'argent.

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5/ L'argent peut tuer (5, 1 -11)

Cet épisode d'Ananias et de Saphira paraît tout à fait énigmatique. Je crois que c'est d'abord une occasion de montrer que les premières communautés chrétiennes n'étaient pas idylliques comme on aurait tendance à le croire. Et puis il veut montrer effectivement que la relation basée sur l'argent n'est pas une relation vraie, que l'argent pourrit tout.

Entre un homme et une femme qui sont un bon ménage chrétien, naît le projet de cacher une certaine somme d'argent, mais on ne sait quel démon les pousse à annoncer cependant à la communauté qu'ils ont vendu leurs biens et qu'ils en ont donné la somme aux apôtres. Pierre n'est pas dupe et découvre la tromperie. Du coup Ananias et Saphira tombent morts. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Tout d'abord, bien que Ananias ait été libre dans l'usage des biens, il a menti, « il a menti à l'Esprit ». Il en est mort. Sa femme, Saphira, en s'associant à ce mensonge, « a provoqué l'Esprit ». Elle aussi mourra. C'est un peu dur apparemment, mais il y avait un précédent: un certain Akan qui, au temps de Josué, à l'entrée de la Terre promise, retint une part du butin fait dans une bataille, ce qui avait été formellement interdit par Dieu par la voix de Josué, la dissimula et attira ainsi la colère de Dieu sur le peuple (Jos 7, 1). Ici, le texte veut souligner, un peu de la même manière, qu'aucune vie chrétienne, personnelle ou communautaire, ne saurait se fonder sur le mensonge. Il était bon que « toute l'Église » le sache et s'en souvienne ...

Ce petit récit présente l'argent comme doué d'un pouvoir fascinant dès qu'on le considère comme une valeur qui ne tient pas compte des personnes. Il bloque les rapports humains et pourrait pervertir les relations dans l'Eglise. Ce récit dit à sa manière que le pouvoir fascinant de l'argent rend les personnes qui s'y laissent prendre aveugles en ce qui concerne le vrai contenu des relations sociales et d'abord à l'intérieur de l'Eglise. L'argent n'est jamais neutre et il tend à se substituer à la personne dans ses relations avec les autres. Il est véritablement aliénant. Et il risque de contaminer toute l'Eglise.

L'importance donnée dans les Actes à l'économique n'est pas étonnante. Ils annonccent que dorénavant Résurrection et le don de l'Esprit constituent l'événement fondamental dans les rapports entre les hommes et non plus l'économique comme c'est la cas dans la société de cette époque (et de toute époque d'ailleurs). C'est pourquoi on peut s'étonner que dans nos civilisations qui se disent chrétiennes, il y ait tant de pauvres et d'exclus. On peut vraiment constater ici que les Actes sont porteurs d’une violence révolutionnaire, d'abord au sein de l'Église et ensuite pour chaque chrétien selon ses moyens. L'Église, et nous les chrétiens, se montre capable, aux yeux de tous, de se révéler comme porteuse de l'espérance de tous et, en particulier, des pauvres.

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6/ Le premier affrontement (Chapitres 3 à 5)

* La mise sur pied de l'homme qui ne pouvait pas marcher (3,1-10)

C'est vraiment la conclusion des versets que nous venons de lire : la Pentecôte, le discours de Pierre et la description de la première communauté chrétienne. Cette mise sur pieds est racontée comme sont racontés les miracles de l'Evangile, sauf que, à l'homme qui demande l'aumône, Pierre et Jean proposent d'abord leur visage à découvrir : "Pierre le fixa …", comme si lui-même était fasciné par cette main tendue et de regard absent. "L'homme les observait …", le regard réciproque est le premier élément pour se retrouver en communion.

Il y a à vrai dire un abîme à franchir entre cet estropié et les deux apôtres, mais il est franchi grâce à un certain regard et une certaine parole, une écoute réciproque qui est la condition première de toute participation. et la communication véritable et qui peut s'établir une fois que le plus grand obstacle est ôté, celui de l'or et de l'argent qui constituent un faux rapport entre les hommes (comme on l'a vu avec l'histoire d'Ananias et de Saphira).

On voit bien ici comment la connaissance de Jésus comme Seigneur, la foi en lui, fait que l'énoncé du Nom divin peut être l'acte d'invocation propre aux chrétiens et être capable de donner la vie dans la vie en communion.

* Le second discours de Pierre (3,12-26)

Il se compose de trois parties :

· Celui qui a opéré ce retour à la santé c'est Jésus, le "serviteur" (cf Isaïe 52,13 – 53,12), "le saint et le juste", des titres qui, comme le précédent, sont tirés de l'AT. C'est aussi "le Prince de la Vie", celui qui donne et redonne la vie. C'est par la foi en son Nom. Le Nom est équivalent à la personne. Un double aspect joue dans ce terme : l'identité et la fonction.

· Jésus est le Messie annoncé par les prophètes. "Vous avez agi par ignorance, mais Dieu va tout reconstruire, comme le proclamaient les prophètes, et va susciter une nouvelle alliance en Jésus pour vous".

· Mais il s'agit de changer de perspective, de se convertir.

Le mouvement de ce discours est simple : le Nom de Jésus a remis sur pied l'homme "qui est là" – comme le Dieu de vos pères avait suscité Moïse pour former son peuple et comme il ressuscite son "serviteur" pour répandre sur la terre les bénédictions promises à Abraham sur "toutes les populations de la terre".

Il faut noter qu'ici comme dans tous les discours des actes la résurrection apparaît comme un acte de Dieu. Ce n'est pas Jésus qui se ressuscite, mais Dieu qui lui donne vie. Le rappel de l'AT est très important , c'est à lui qu'on demande la signification de la Résurrection et qu'on comprend que Jésus est le Messie annoncé. Enfin on fait toujours appel aux "témoins de la résurrection".

* Le procès (4,1-22)

Il porte sur la question de l'autorité : "A quelle puissance ou à quel nom avez-vous eu recours pour faire cela ?" (4,7). L'autorité sacerdotale (le Sanhédrin) reconnaît qu'une autorité est à l'œuvre dans cette guérison, différente de la leur et qu'on ne peut nier (4,16). Les membres du Sanhédrin reconnaissent qu'il ne s'agit pas d'un simple pouvoir de guérison comme il en existait fréquemment à l'époque. Pierre et Jean affirment la puissance du Nom de Jésus et renvoient à son histoire. Cette profession de foi affirme la puissance de salut de ce Nom au même titre que celle de Dieu, elle proclame qu'il n'y a pas d'autre Nom que les hommes puissent invoquer pour trouver leur salut (4,12).

Alors agir par ce Nom n'est-ce pas le substituer à celui de Dieu ? Pour les représentants des institutions juives, ce n'est pas un mince problème, il a des implications pratiques immédiates sur le plan juridique et social. Si Yahvé donne à ce Jésus sa prérogative divine de "sauver" l'homme, le salut est alors offert à tous ceux qui invoquent son Nom. Le salut n'est plus le privilège du seul "peuple élu". Dès lors il n'y a plus de peuple élu et le sacerdoce d'Israël est donc mis en question radicalement par cette foi au Nom de Jésus !

* La prière de la communauté (4,23-31)

Ces versets vont nous montrer que, si leur adhésion à Jésus Christ a donné un sens nouveau à leur relation à Dieu, cependant les premiers croyants sont restés profondément juifs.

Libérés, les deus apôtres racontent à leurs compagnons ce qui s'est passé. Alors de cet incident concret naît une prière qui est l'expression de toute la communauté "unanime". On invoque Dieu comma "Maître" de l'histoire et Seigneur du monde et on se réfère à l'Esprit Saint pour interpréter les Ecritures, en l'occurrence le psaume 2, dont on fait une interprétation actuelle, "chrétienne" qui donne sens aux événements récents (en particulier à la passion du Christ), qui sont situés dans le dessein de Dieu. L'oraison finale demande à Dieu "d'étendre sa main" afin que les croyants sachent dire la Parole, une Parole qui s'accompagne de "signes et de prodiges".

Le fruit de cette prière, c'est à nouveau, la venue de l'Esprit qui transforme les participants comme à la Pentecôte.

* Les miracles (5,12-16)

Il y a comme cela dans les Actes de multiples phrases parlant de signes et de miracles. On a l'impression de verser un peu dans le merveilleux. Mais, à l'époque, cela ne posait pas de problèmes. Il faut bien voir que Luc veut dire ainsi que ces miracles signifient que cette première Eglise n'est pas que paroles, elle est actes aussi. Si on voulait dire la même chose sur la vie de l'Eglise aujourd'hui, on citerait ce qui "fait signe", par exemple le partage ou l'accueil des sans papiers,…par exemple.

* Reprise du procès (5, 17-42)

L'autorité sacerdotale se raidit et agit pour museler le Nom selon les phases juridiques habituelles en pareil cas : mise en garde, puis constat de récidive et arrestation. L'intervention de Gamaliel provoque une décision provisoire de non-lieu : s'il s'agit d'une secte, elle sera sûrement promise à l'usure et à la disparition rapide ? La porte reste ouverte pour quelques temps encore à Jérusalem pour la Parole.

* La primitive Eglise, une secte ?

Que pensait un juif, un pharisien comme ce Gamaliel de ce groupe de juifs, disciples de ce Jésus qui venait d'être mis à mort ? Pour s'en faire une idée on pourrait le comparer à un bon catho d'aujourd'hui qui parle de certains groupes extrémistes de notre Eglise d'aujourd'hui, qu'ils soient charismatiques et traditionnels.

Au début, de fait, les premiers chrétiens sont apparus comme une secte (parmi d'autres d'ailleurs), celle des Nazoréens. Cette secte peut paraître assez aberrante, elle vénère ce Jésus qui a été jugé et mis à mort par les responsables du Temple et, en même temps, ses chefs continuent à aller au Temple et à pratiquer la loi juive. On comprend la perplexité des autorités juives et l'honnêteté de Gamaliel

Il faut reconnaître que les thèses de ce nouveau groupe qui continue à vivre au sein du judaïsme paraissent en contradiction avec lui. Mais les responsables sont des pécheurs et des artisans et guère des théologiens. Saul, le rabbi, percevra vite ce que ce nouveau groupe a de révolutionnaire et c'est parce qu'il avait compris qu'il remettait en cause sa foi juive qu'il le persécutera.

 

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