Mieux vaut peu de biens avec la crainte du Seigneur qu’un grand trésor avec du tracas. Mieux vaut un plat de légumes là où il y a de l’amour qu’un bœuf gras assaisonné de haine (Livre des Proverbes, 15,16-17 )
Quant à ceux
qui veulent amasser des richesses, ils tombent dans la tentation, dans le piège,
dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent les hommes
dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour
de l’argent ( 1 Tim 6,9-10 )
LA RICHESSE, UN DON DE DIEU
RICHESSE ET EXIGENCE SPIRITUELLE
RICHESSE ET JUSTICE
DIEU COMBLE DE SES RICHESSES
UNE RUPTURE RADICALE AVEC L’A.T.
DONNER AUX PAUVRES : LE DEVOIR DE PARTAGE
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A. L’ANCIEN TESTAMENT
1. LA RICHESSE, UN DON DE DIEU
Dans l’Ancien Testament, globalement, la richesse est un bien. Jusque dans les textes les plus récents, l’Ancien Testament vante sans aucun complexe la richesse des pieux personnages de l’histoire d’Israël. Cela commence avec Abraham, cet habitant de la Chaldée – l’Irak actuel – appelé par Dieu : Abraham était très riche en troupeaux, en argent et en or ( Gn 13,2 ). Mais, les hommes étant ce qu’ils sont, déjà à l’époque, même dans ce peuple de Dieu en naissance, la richesse provoque des conflits : Loth, qui accompagnait Abraham, possédait lui aussi du petit et du gros bétail, ainsi que des tentes. Le pays n’assura pas les besoins de leur vie commune, car leurs biens étaient trop considérables pour qu’ils puissent vivre ensemble. Une querelle éclata entre les bergers des troupeaux d’Abraham et les bergers des troupeaux de Loth ( Gn 13,5-7 ).
Dans l’Ancien Testament, on vante la richesse, considérée comme un don de Dieu. C’est vrai par exemple d’Isaac, le fils d’Abraham : Isaac fit des semailles dans ce pays et moissonna au centuple cette année-là. Le Seigneur le bénit et il devint un grand personnage ; il continua à s’élever jusqu’à atteindre une position éminente. Il devint propriétaire d’un cheptel de petit et de gros bétail, et d’une nombreuse domesticité ( Gn 26,12-14 ). C’est vrai de Jacob, le fils d’Isaac : cet homme regorgea de biens, il posséda de nombreux troupeaux, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes ( Gn 30,43 ). Le raisonnement est basé sur une attitude de confiance envers Dieu, qui ne peut donner que l’abondance à son peuple : le Seigneur ton Dieu te fait entrer dans un bon pays, un pays de torrents, de sources, d’eaux souterraines jaillissant dans la plaine et la montagne, un pays de blé et d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d’huile d’olive et de miel, un pays où tu mangeras du pain sans être rationné, où rien ne te manquera, un pays dont les pierres contiennent du fer et dont les montagnes sont des mines de cuivre. Tu mangeras à satiété et tu béniras le Seigneur ton Dieu pour le bon pays qu’il t’aura donné ( Dt 8,7-10 ).
Lorsque la royauté sera instaurée en Israël, soit à partir du X° s avec le roi David, la richesse des rois sera bien entendu elle aussi le signe de la protection divine. Mais cette protection n’est pas accordée sans conditions : elle dépend de l’attitude religieuse des gens concernés. Le roi Ezékias par exemple, qui règne fin 8° - début 7° s : Ezékias, malgré l’orgueil de son cœur, s’humilia, lui et les habitants de Jérusalem, aussi le courroux du Seigneur ne vint pas sur eux pendant sa vie. Ezékias eut en très grande abondance la richesse et la gloire ; il se constitua des réserves d’argent, d’or, de pierres précieuses, d’aromates, de boucliers et de toutes sortes d’objets de valeur, ainsi que des entrepôts pour ses provisions de blé, de vin et d’huile, des étables pour toutes sortes de bétail et des parcs pour les troupeaux. Il se fit bâtir des villes et il posséda en quantité du petit et du gros bétail, car Dieu lui donna de grands biens ( 2 Ch 32,26-29 )
2. RICHESSE ET EXIGENCE SPIRITUELLE
L’intuition de l’Ancien Testament est simple : Dieu enrichit ceux qu’il aime ... et qui le méritent. Par exemple, dans le Ps 115 : Ils seront bénis, ceux qui craignent le Seigneur, les petits comme les grands. Que le Seigneur vous fasse prospérer, vous comme vos enfants ! ( Ps 115,13-14 ). L’exemple le plus célèbre est celui de Job, qui sera resté fidèle au Seigneur dans les innombrables épreuves qu’il aura endurées et en sera récompensé : Le Seigneur rétablit les affaires de Job tandis qu’il était en intercession pour son prochain. Et même, le Seigneur porta au double tous les biens de Job. Ses frères, ses sœurs et ses connaissances d’autrefois vinrent tous alors le visiter. Ils mangèrent le pain avec lui dans sa maison. Ils le plaignirent et le consolèrent de tout le malheur que lui avait envoyé le Seigneur. Et chacun lui fit cadeau d’une pièce d’argent et d’un anneau d’or. Le Seigneur bénit les nouvelles années de Job plus encore que les premières. Il eut quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paire de bœufs et mille ânesses. Il eut aussi sept fils et trois filles ( … ) Job vécut encore après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération. Puis Job mourut vieux et rassasié de jours ( Jb 42,10-17 ) . Car il ne faut pas que l’homme oublie d’honorer Dieu par qui tout lui est donné : Honore le Seigneur de tes biens, des prémices de tes revenus, et tes greniers seront remplis de blé tandis que le vin débordera de tes pressoirs ( Pr 3,9-10 ).
La richesse est donc un bien, et le signe de la générosité divine. Elle apparaît comme la juste récompense de l’homme intègre : les méchants seront arrachés, mais ceux qui attendent le Seigneur posséderont le pays … le Seigneur connaît les jours des hommes intègres, et leur patrimoine subsistera toujours. Ils ne seront pas déçus au temps du malheur, aux jours de famine ils seront rassasiés ( Ps 37,9.18-19 ). A l’inverse, la misère apparaît comme une honte et une punition : on sème du froment, et on récolte des ronces ; on s’épuise et on n’aboutit à rien. Rougissez donc de ce qui vous en revient, à cause de l’ardente colère du Seigneur ( Jr 12,13 ).
Les hommes de l’Ancien Testament en ont bien conscience, la richesse n’apporte pas forcément le bonheur : Qo 2,1-11. D’ailleurs, la richesse, si elle est désirée, si elle est accueillie comme un don de Dieu, n’en est pas pour autant le meilleurs des biens : l’homme sage lui préfère d’autres richesses, plus spirituelles. D’ailleurs, il y a des choses qui ne s’achètent pas : l’amour ( si quelqu’un donnait tout l’avoir de sa maison en échange de l’amour, à coup sûr on le mépriserait, Ct 8,7b ) ou être dispensé de la mort ( Un homme ne peut pas en racheter un autre, ni payer à Dieu sa rançon. Quel que soit le prix versé pour une vie, elle devra cesser pour toujours, Ps 49,8-9 ). Il est édifiant de parcourir le livre des Proverbes, cette « compilation » de sagesse populaire accumulée au fil des siècles :
Mieux vaut peu de biens avec la crainte du Seigneur qu’un grand trésor avec du tracas. Mieux vaut un plat de légumes là où il y a de l’amour, qu’un boeuf gras assaisonné de haine ( Pr 15,16-17 ) ;
Bonne renommée vaut mieux que grande richesse, faveur est meilleure qu’argent et or. Le riche et l’indigent se rejoignent, le Seigneur les a faits tous les deux ( Pr 22,1-2 ).
Il faut relativiser l’importance de la richesse : ne te fatigue pas pour acquérir la richesse, cesse d’y penser. Tes regards se seront à peine posés sur elle qu’elle aura disparu. Car elle sait se faire des ailes ! Comme un aigle elle s’envolera vers les cieux (Pr 23,4-5 ). La plus précieuse des richesses est la sagesse qui vient de Dieu : Mon fils, si tu acceptes mes paroles, si mes préceptes sont pour toi un trésor, si, prêtant une oreille attentive à la sagesse, tu soumets ton cœur à la raison ; oui, si tu fais appel à l’intelligence, si tu invoques la raison, si tu la cherches comme l’argent, si tu la déterres comme un trésor, alors tu comprendras ce qu’est la crainte du Seigneur, tu trouveras la connaissance de Dieu. Car c’est le Seigneur qui donne la sagesse, aux hommes droits il réserve le succès ( Pr 2,2-7 ) ; Plus loin : Heureux qui a trouvé la sagesse, qui s’est procuré la raison ! Car sa possession vaut mieux que possession d’argent et son revenu est meilleur que l’or. Elle est plus estimable que le corail, et rien de ce que l’on peut désirer ne l’égale ( Pr 3,13-15 ); ou encore : Acceptez ma discipline et non l’argent, la connaissance plutôt que l’or de choix ( Pr 8,10 ).
La richesse, au lieu de renforcer l’Alliance entre les hommes et Dieu, risque donc de la renier, de la faire oublier : Aussitôt arrivés au pâturage, ils se rassasièrent, une fois leur cœur rassasié, il s’est enflé, c’est pour cela qu’ils m’ont oublié ( Os 13,6 ) ; Les rappels en forme d’avertissements sont très clairs : si tu manges à satiété, si tu te construis de belles maisons pour y habiter, si tu as beaucoup de gros et de petit bétail, beaucoup d’argent et d’or, beaucoup de biens de toute sorte, ne va pas devenir orgueilleux et oublier le Seigneur ton Dieu. C’est lui qui t’a fait sortir d’Egypte et de la maison de servitude … c’est lui qui, dans le désert, t’a donné à manger la manne que tes pères ne connaissaient pas, afin de te mettre dans la pauvreté et de t’éprouver pour rendre heureux ton avenir. Ne va pas te dire : « c’est à la force du poignet que je suis arrivé à cette prospérité », mais souviens-toi que c’est le Seigneur ton Dieu qui t’aura donné la force d’arriver à la prospérité ( Dt 8,12-14.16-18 ).
L’Ancien Testament n’ignore évidemment pas qu’il existe des richesses gagnées malhonnêtement, et que l’abondance matérielle risque de pourrir le cœur de l’homme. Ce sera un des rôles majeurs des prophètes que de dénoncer l’injustice : Malheur ! Ceux-ci joignent maison à maison, champ à champ, jusqu’à prendre toute la place et à demeurer seuls au milieu du pays ( Is 5,8 ); Malheur à ceux qui prescrivent des lois malfaisantes et, quand ils rédigent, mettent par écrit la misère : ils écartent du tribunal les petites gens, privent de leur droit les pauvres de mon peuple, font des veuves leur proie et dépouillent les orphelins. Que ferez-vous au jour du châtiment, quand de loin viendra la tempête ? Chez qui fuirez-vous pour trouver du secours ? Où déposerez-vous vos richesses ? ( Is 10,1-3 ) ; Même discours chez Jérémie : Dans mon peuple se trouvent des coupables aux aguets comme l’oiseleur accroupi, ils dressent des pièges et ils attrapent … des hommes. Tel un panier plein d’oiseaux, leurs maisons sont pleines de rapines : c’est ainsi qu’ils deviennent grands et riches, gras et reluisants. Ils battent le record du mal, ils ne respectent plus le droit, le droit de l’orphelin ; et ils réussissent. Ils ne prennent pas en main la cause des pauvres. Ne dois-je pas sévir contre eux ? – oracle du Seigneur. Ne dois-je pas me venger d’une nation de cette espèce ? ( Jr 5,26-29 ) ; et, plus loin : Ainsi parle le Seigneur : Que le sage ne se vante pas de sa sagesse ! Que l’homme fort ne se vante pas de sa force ! Que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Si quelqu’un veut se vanter, qu’il se vante de ceci : d’être assez malin pour me connaître, moi, le Seigneur qui mets en œuvre la bonté fidèle, le droit et la justice sur la terre. C’est cela qui me plaît, -oracle du Seigneur ( Jr 9,22-23 ).
La possession de biens matériels ne doit donc pas non plus faire oublier l’exigence fondamentale de la justice et du respect dû aux petits, aux faibles : Tu n’exploiteras pas un salarié malheureux et pauvre, que ce soit un de tes frères ou l’un des émigrés que tu as dans ton pays, dans tes villes. Le jour même, tu lui donneras son salaire ; le soleil ne se couchera pas sans que tu l’aies fait ; car c’est un malheureux, et il attend impatiemment ; qu’il ne crie pas contre toi vers le Seigneur : pour toi ce serait un péché ( Dt 24,14-15 ) et Dt 17-22. Même discours chez les prophètes, par exemple Isaïe : Is 58,3b-11.
En résumé, le peuple de l’Ancien Testament croit à la générosité de Dieu et en voit le signe dans ses dons : sept jours durant, tu feras un pèlerinage pour le Seigneur ton Dieu au lieu que le Seigneur aura choisi, car le Seigneur ton Dieu t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions ; et tu ne seras que joie ( Dt 16,15 ). Et le commandement de l’aumône repose sur l’imitation de la générosité divine : mon fils, ne prive pas le pauvre de sa subsistance, ne fais pas languir les yeux de l’indigent … ne fais pas attendre tes dons à qui en a besoin ( Si 4,1.3 )
1. DIEU COMBLE DE SES RICHESSES
Tout comme l’Ancien Testament, le Nouveau développe une foi en un Dieu qui comble l’homme. Mais c’est dans un domaine beaucoup plus spirituel que matériel. Jésus déclare : c’est moi qui suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura pas faim, celui qui croit en moi jamais n’aura soif ( Jn 6,35 ). Saint Paul écrira aux Corinthiens : je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus. Car vous avez été, en lui, comblé de toutes les richesses, toutes celles de la parole et toutes celles de la connaissance ( 1 Co 1,5 ). Mais ces richesses spirituelles viennent elles aussi de la générosité divine, et lorsque Paul invite les chrétiens de Corinthe à la générosité financière, c’est parce qu’ils ont beaucoup reçu spirituellement : Puisque vous avez de tout en abondance, foi, éloquence, science et toute sorte de zèle et d’amour que vous avez reçus de nous, ayez aussi en abondance de la générosité en cette occasion ( 2 Co 8,7 ). Et il ajoute : Dieu a le pouvoir de vous combler de toutes sortes de grâces, pour que, disposant toujours et en tout du nécessaire, vous ayez encore du superflu pour toute œuvre bonne …. Vous serez enrichis de toutes manières par toutes sortes de libéralités qui feront monter par notre intermédiaire l’action de grâce vers Dieu ( 2 Co 9,8.11 ). Paul insistera sur la liberté des disciples du Christ par rapport aux richesses matérielles : pauvres, et faisant bien des riches, n’ayant rien, nous qui pourtant possédons tout ! ( 2 Co 6,10 )
Dans le même sens, on trouve la réponse de saint Pierre au mendiant du Temple de Jérusalem : quand il vit Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, il les sollicita pour obtenir une aumône. Pierre alors, ainsi que Jean, le fixa et lui dit : regarde-nous ! L’homme les observait, car il s’attendait à obtenir d’eux quelque chose. Pierre lui dit : de l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ, marche ! ( Ac 3,3-6 )
2. UNE RUPTURE RADICALE AVEC L’ANCIEN TESTAMENT
La distance entre l’Ancien et le Nouveau Testament sur l’appréciation de la richesse est l’une des plus fortes qui soient.
Certes, le Nouveau Testament reprend à son compte toutes les réserves de l’Ancien à l’égard de la richesse. Les invectives de Jacques contre les riches sont dignes des prophètes de l’AT : alors, vous, les riches, pleurez à grand bruit sur les malheurs qui vous attendent ! Votre richesse est pourrie, vos vêtements rongés des vers ; votre or et votre argent rouillent et leur rouille servira contre vous de témoignage, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous vous êtes constitués des réserves à la fin des temps ! Voyez le salaire des ouvriers qui ont fait la récolte dans vos champs : retenu par vous, il crie et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur Sabbaoth. Vous avez eu sur terre une vie de confort et de luxe, vous vous êtres repus au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez assassiné le juste : il ne vous résiste pas ( Jc 5,1-5 ). A noter que ce qui est en jeu n’est pas tant la possession de la richesse que l’égoïsme et l’injustice qu’elle génère. L’apôtre rappelle le choix de Dieu en faveur des petits : Ecoutez, mes frères bien-aimés ! N’est-ce pas Dieu qui a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour les rendre riches en foi et héritiers du Royaume qu’Il a promis à ceux qui L’aiment ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité ( 2,5-6 ).
Mais le retournement opéré par l’Evangile va plus loin que cela, et est à vrai dire quelque peu brutal : Malheureux, vous, les riches : vous tenez votre consolation. Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ( Lc 6,24-25 ). Il ne s’agit pas de malédictions ( « malheur à vous » ) ni de condamnations irrévocables, mais plutôt de plaintes et d’avertissements. Cela prend tout son relief quand on met en parallèle le sermon sur la montagne ( Lc 6,20-26 ) avec les bénédictions et malédictions de Deutéronome 28,1-68, selon qu’Israël restera ou non fidèle à la Loi de Dieu : ce sont deux conceptions de la vie radicalement opposées.
Jésus est très clair : nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ( Mt 6,24 ) ; pour acquérir la perle précieuse, il faut tout vendre : le Royaume des cieux est comparable à un marchand qui cherchait des perles fines. Ayant trouvé une perle de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il avait et il l’a achetée ( Mt 13,45-46 ). La richesse empêche d’entendre la Parole de Dieu : celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole et il reste sans fruit ( Mt 13,22 ) ; Jésus lui dit : « si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens suis-moi ! » A cette parole, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens ( Mt 19,21-22 ). Jésus met en garde contre la vanité des richesses matérielles : Lc 12,15-21.
Jésus revient très souvent sur ce thème : quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ( Lc 14,33 ); Jésus dit à ses disciples : « en vérité, je vous le déclare, un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. » A ces mots, les disciples étaient très impressionnés et ils disaient : « qui donc peut être sauvé ? » Fixant sur eux son regard, Jésus leur dit : « aux hommes, c’est impossible, mais à Dieu tout est possible » ( Mt 19,23-24 ). Seuls les pauvres peuvent accueillir la Bonne Nouvelle : il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides ( Lc 1,53 ).
Tout ceci ne se comprend qu’à la lumière des Béatitudes : Jésus ne dit pas « heureux ceux qui crèvent de faim », il dit : heureux les pauvres de cœur ( Mt 5,3 )
3. DONNER AUX PAUVRES : LE DEVOIR DE PARTAGE
Jésus ne méprise pas l’argent. Dans son entourage, il y a des personnes aisées, y compris le propriétaire d’Arimathie qui recevra dans son tombeau le corps du Seigneur ( Mt 27,57 ). Des femmes accompagnent Jésus et ses disciples et, précise saint Luc, les aident de leurs biens ( Lc 8,2-3 ).
L’Evangile ne demande pas de se débarrasser de la richesse comme d’un poids encombrant, mais de donner aux pauvres : Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses inusables, un trésor inaltérable dans les cieux ; là ni voleur n’approche ni mite ne détruit. Car, où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ( Lc 12,33-34 ).
Le scandale n’est pas qu’il y ait un riche et un pauvre Lazare, il est que le riche ne donne rien à Lazare : Il y avait un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins. Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au porche de sa demeure. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères ( Lc 16,19-21 ).
Biens matériels ou biens spirituels, le chrétien est appelé à tout considérer comme des richesses dont il n’est que l’intendant, et qui lui sont remises pour le service des autres : Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement, dit Jésus ( Mt 10,8 ). Et saint Pierre de commenter : Mettez-vous, chacun selon le don qu’il a reçu, au service les uns des autres, comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu ( 1 P 4,10 ).
En fait, la générosité elle-même est un don de Dieu, dont on ne peut par conséquent s’enorgueillir. On retrouve la fameuse collecte organisée par saint Paul : Nous voulons vous faire connaître, frères, la grâce que Dieu a accordée aux Eglises de Macédoine. Au milieu des extrêmes détresses qui les ont éprouvées, leur joie surabondante et leur pauvreté extrême ont débordé en trésors de libéralité. Selon leurs moyens et, j’en suis témoin, au-delà de leurs moyens ( 2 Co 8,1-3 ). Ce n’est pas une question de quantité : pensez à l’offrande de la veuve du temple de Jérusalem : cette veuve pauvre a mis plus que tous les autres, observe Jésus ( Lc 21,1-4 ). Et saint Jean fera de la générosité une condition incontournable de la vie chrétienne : Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? ( 1 Jn 3,17 ).
La vraie richesse est celle que l’on partage car cela unit à Dieu celui qui donne comme celui qui reçoit. Depuis Milet, Paul s’adresse aux anciens de la ville d’Ephèse : Je n’ai convoité l’argent, l’or ou le vêtement de personne. Les mains que voici, vous le savez vous-mêmes, ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. Je vous l’ai toujours montré, c’est en peinant de la sorte qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir de ces mots que le Seigneur Jésus lui-même a prononcés : il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ( Ac 20,33-35 ).
Une belle conclusion pourrait être celle de la 1° épître de Paul à Timothée : Aux riches de ce monde-ci, ordonne de ne pas s’enorgueillir et de ne pas mettre leur espoir dans une richesse incertaine, mais en Dieu, lui qui nous dispense tous les biens en abondance, pour que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent avec largesse, partagent avec les autres. Ainsi amasseront-ils pour eux-mêmes un beau et solide trésor pour l’avenir, afin d’obtenir la vie véritable ( 1 Tim 6,17-19 )
Ph. Bernard Nov 2008